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Le ministre congolais de l’Intérieur, décentralisation et sécurité, Denis Kalume Numbi, a enfin pris son courage avec ses deux mains pour procéder à l’annulation des deux arrêtés illégaux, édictés, le 21 mai dernier, par le maire de Lubumbashi, Floribert Kaseba Makunko. La réaction de ce membre du gouvernement national date seulement du mardi 12 août. Un petit calcul mental montre bien que les autorités de Kinshasa ont attendu exactement 82 jours avant d’exercer leur droit de regard sur une entité décentralisée à l’origine d’un précédent dangereux. Il a donc fallu, au gouvernement du Premier ministre Gizenga, quatre-vingt-deux jours pour réaliser que "la Constitution est claire : la réglementation des migrations est une prérogative exclusive du pouvoir central". Le président de la République et le chef du gouvernement ont, durant trois mois, brillé par leur «absence» frisant une fuite de responsabilité malgré le tollé provoqué par ce que le juriste Mukadi Bonyi a qualifié, dans une tribune, comme une «rébellion contre la Constitution et les lois de la République». Aux termes de ces arrêtés controversés, tout visiteur, congolais ou étranger non-résident au chef-lieu de la province du cuivre, devait montrer patte blanche en signalant, dans un délai de trois jours, sa présence auprès du bureau de la population de sa commune de résidence avant de recevoir une «attestation de séjour». Une attestation qui rappelle vaguement le «Pass» délivré aux Noirs d’Afrique du Sud sous le régime d’apartheid. L’acte posé par le «bourgmestre» de Lubumbashi est révélateur d’au moins trois phénomènes préoccupants. Primo : la RD Congo est dirigée dans la grande majorité de cas par des hommes et des femmes qui n’ont pas été à l’«école de l’administration publique» pour s’imprégner des notions essentielles telles que l’intérêt général et le respect de la légalité. Deux principes fondamentaux censés être l’Alpha et l’Oméga dans tout Etat qui se veut "de droit". Force est de constater que la détention d’une parcelle du pouvoir est toujours et encore perçue dans ce pays comme un droit de faire n’importe quoi. Alors que tout acte émanant d’une autorité publique doit être conforme à la Constitution et aux lois. Secundo : tous les Congolais ne sont pas égaux devant la loi. Les auditeurs de radio Okapi ont été stupéfaits d’entendre le président de l’Assemblée provinciale du Katanga, Gabriel Kyungu wa Kumwanza, défendre, à cor et à cri, les errements administratifs du maire de Lubumbashi. Kyungu invoquait à tort le troisième alinéa de l’article 3 de la Constitution lequel stipule : «Elles [les entités décentralisées, ndlr ] jouissent de la libre administration et de l’autonomie de gestion de leurs ressources économiques, humaines, financières et technique.» Il a malicieusement omis l’article 30 de la même Constitution qui proclame la liberté de circulation, aux quatre coins de la République, pour les citoyens. Ignorance ? Mauvaise foi ? Les deux ? Kyungu a également perdu de vue que l’article 32, protège les étrangers séjournant en RD Congo en toute légalité. Depuis la prise du pouvoir par l’AFDL, le Katanga, province d’origine de Laurent-Désiré Kabila, est devenu le nouveau «Gbado-lite». Kyungu, qui est un des poids lourds politiques dans les milieux des Balubakat, passe pour un intouchable. A preuve, l’homme a, à maintes reprises, défié Joseph Kabila sans que les sicaires de la Présidence ne se lancent à ses trousses pour l’embastiller à Buluo. Ce n’est pas la première fois que cet homme politique se livre impunément à des frasques. Joseph Kabila a sans doute besoin de lui pour «tenir» le fief kabiliste du Katanga. Enfin : la recréation continue. Dans son discours d’investiture, le 6 décembre 2006, le «président élu» Joseph Kabila annonçait sur un ton démagogique «la fin de la récréation». Deux années après, la recréation n’a jamais été aussi bruyante. Elle risque d’ailleurs de se perpétuer aussi longtemps que la séparation des pouvoirs restera une simple évocation philosophique dans la Constitution de la RD Congo. Il est illusoire d’escompter l’avènement d’un "Etat de droit" dans un pays où le pouvoir de gérer, de contrôler et de sanctionner est l’apanage d’un seul homme : le président de la République. Point n’est besoin de rechercher ailleurs, la cause profonde des "atermoiements funestes" du ministre Kalume connu jusqu’ici pour ses méthodes musclées et expéditives pour "rétablir l’autorité de l’Etat". Sous d’autres cieux, le maire de Lubumbashi et le président de l’Assemblée provinciale du Katanga auraient été poussés à la démission. Seulement voilà : les deux hommes font partie du cercle très fermé des intouchables... B. Amba Wetshi
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