En 48 ans, l’habileté des politiciens les a métamorphosés en politiciens-menteurs. L’expression a ses équivalents en langues et dialectes locaux : muéena tshídiidi (jongleur, en Tshiluba), moto ya politíki (fieffé menteur, en Lingala), muntu wa luvúnu (menteur, en Kikongo), mútu ya bóngo (trompeur, en Swahili).
De juin 1960 à juin 2008, les techniques du politicien-menteur pour tromper ou manipuler sont restées les mêmes, fossilisées. Les pionniers de l’indépendance y ont recouru. Les Mobutistes les ont utilisées. Les Kabilistes s’en sont inspirés. Les Néo-kabilistes, synthèse de toutes les générations, se sont formatés au modèle. Y compris les oppositions et les rébellions. Faut-il s’en féliciter ? Passons.
A l’occasion du 30 juin 2008, la population a légitimement raison d’interroger ses «leaders» politiques. A qui a donc profité l’indépendance ? Réponse sans nuance : seule la minorité a droit aux honneurs et aux commodités de la vie grâce à la générosité du Trésor public. La majorité, elle, doit se morfondre dans le paupérisme institutionnalisé, fleuri de tonnes des discours populistes, démagogiques, faussement nationalistes.
Les 48 ans d’indépendance démontrent que le mensonge politique donne des fleurs mais pas de fruits. Les électeurs, eux, sont prévenus : «la politique est la conduite des affaires publiques pour le profit des particuliers», foi d’Ambrose Bierce (1842-1914).
Question : sont-ils réellement menteurs, nos politiciens, depuis 1960 ? L’Italien Federico Fellini (1920-1993) peut leur inspirer la ligne de défense que voici : «Beaucoup prétendent que je suis menteur, mais eux aussi affabulent. Les plus grands mensonges me concernant, c’est de la bouche des autres que je les ai entendus. Je pourrais les démentir mais, comme je suis menteur, personne ne me croirait». Ouf !
Electeurs congolais, sachez, parlant de vos élus qui ont traversé la rue, que le pouvoir, telle une ravageuse pestilence, pollue tout ce qu’il touche. Et Sénèque vous rappellera sans cesse qu’«un ami au pouvoir est un ami de moins». Avez-vous une protestation ? Faites-la valoir.
Ben-Clet