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Qui est ce Congolais qui se regarderait dans le miroir, pas le miroir d’alouettes, les yeux dans les yeux, qui serait fier de lui et de son pays ? Sincèrement ! Nul ne pouvant tricher face à sa propre conscience, quel est cet ex-Zaïrois, gouvernant ou gouverné et même non gouverné, qui pavoiserait pour souligner la communion d’esprit et d’action avec les pères de l’indépendance dans l’engagement solennel de bâtir un pays plus beau qu’avant dans la paix ? Si le mobutisme s’est caractérisé par la gestion hasardeuse de l’Etat doublée de la violation systématique des libertés fondamentales, le régime du dernier maréchal président d’Afrique a pu, au moins, sauvegarder l’unité territoriale de l’ex-Zaïre dans ses limites héritées de la colonisation.
Quant au kabilisme qui s’est emparé du pouvoir d’Etat de la manière qu’on sait, il s’est empressé non seulement d’imiter le mobutisme jusqu’au délire, mais il s’emploie avec un rare cynisme à la déliquescence de l’Etat et de la Nation. Au point qu’aujourd’hui la fierté nationale et le sentiment d’appartenir à la même nation se liquéfient, le pays étant menacé dans son existence même comme Etat par les convoitises extérieures et la non gestion de l’Etat faute d’un leadership responsable. Aujourd’hui comme hier, les libérateurs autoproclamés se sont révélés de pires aliénateurs de notre souveraineté. Des pans entiers du territoire national sont sous la coupe réglée des forces étrangères. Le Kivu est particulièrement dans la tourmente depuis 1996. La très médiatisée conférence de paix sur le Kivu a fini par mettre fin à toutes les illusions du rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. Le programme Amani censé conduire à la normalisation politique pacifique a pris eau de toute part avec à la clé des assassinats et autres violences abjectes au quotidien. Le Kivu n’a pas le monopole de l’insécurité institutionnalisée dont les auteurs impunis sont généralement ceux qui abusent de la puissance publique. A Kinshasa comme à Mbuji-Mayi, l’insécurité se porte comme un charme et il devient fastidieux de compter les victimes des violences perpétrées par la soldatesque que l’on qualifie, toute honte bue, d’éléments incontrôlés. Où va-t-on et quelles sont les perspectives d’avenir d’un pays qu’un pouvoir d’essence étrangère ne peut que tirer vers le bas ? Quarante huit ans d’indépendance après, quel bilan le Congo peut-il faire de sa gestion, mieux de sa non gestion, par ses enfants ? Quarante huit ans après, a-t-on bâti un pays plus beau qu’avaient comme cela ressort de l’engagement solennel pris en notre nom à tous par les pères de l’indépendance ? Même par l’absurde, on ne peut raisonnablement répondre par l’affirmative car, comme par une sorte d’envoûtement collectif, les immenses ressources naturelles du sol et du sous-sol qui font pâlir d’envie le monde n’ont pas été utilisées à bon escient pour sortir le Congo du sous-développement où il s’est embourbé. La mal gouvernance gangrène toutes les institutions de la République et s’est installée comme la règle de gestion de la cité, encouragée par le laxisme d’une certaine communauté internationale affairiste. Ce serait très simpliste de considérer que l’enfer c’est toujours les autres en se dédouanant de toute responsabilité dans la gestion prédatrice du Congo à démocratiser. Pour avoir choisi majoritairement la résignation comme action politique face au pouvoir voyou de Kinshasa, le peuple congolais devient victime consentante et complice de sa propre déchéance. Les leaders d’opinion, politiques et religieux, ont certes une importante part de responsabilité dans la résignation de ceux qui, Dieu sait s’ils sont nombreux, croient dans leurs discours politiciens. Les médias officiels et privés, par manque d’audace et ou de lucidité ont aussi leur part dans l’asservissement de la nation. Que les ingénieurs d’âme vivent généralement de la pitance, c’est un secret de polichinelle. Mais, cela ne les exonère pourtant pas de l’autocensure qu’ils s’imposent pour ne pas mettre à la lumière du soleil les dérives totalitaires et la gestion prédatrice des gouvernants. Dans un pays où les journalistes sont soumis à une douloureuse alternative : se soumettre ou se saborder, on ne peut choisir comme métier d’assurer le droit du peuple à l’information sans intérioriser les vertus du contrôle social reconnu à la profession en tant que service d’utilité publique. S’il est évident qu’à des degrés divers les Congolais sont coresponsables de la banqueroute de leur pays, la part des intellectuels ou ceux qui se veulent comme tels est prépondérante car, contrairement au commun des Congolais, ils ont le devoir de trouver des solutions aux problèmes et de tout mettre en œuvre pour que le Congo soit doté d’un leadership responsable au service de ses citoyens de manière à bâtir un pays plus beau qu’avant, et ce dans la paix. Ainsi, pour n’avoir pas agi par action ou par inaction voire par omission, tout le monde a fauté. Le serment des pères de l’indépendance a été violé et le pays est passible d’une malédiction qu’il importe de conjurer en redressant nos fronts longtemps courbés. Ce n’est malheureusement pas l’option choisie par les fêtards de Kananga qui vont s’exhiber le lundi 30 juin 2008 en véritables matamores dans une ville rongée par des érosions et privée d’eau et d’électricité. PPRD oyée ! Raymond LUAULA |