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Chut, Karel de Gucht pourrait écouter |
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On a, souvent, que la grandeur que notre petitesse nous offre. Disons-le clairement, la Belgique aujourd’hui est menacée de nanisme dans ce concert des nations où des dragons asiatiques ont un poids financier et économique considérable. Au regard, par exemple, de ce que la Chine va investir en RDC, l’aide au développement de la Belgique à ce pays ressemble à l’argent de poche d’un adolescent. C’est sans doute aussi pour cela que son ministre des affaires étrangères veut s’offrir un supplément de poids géopolitique avec des mots et des propos chocs. Reprocher vertement la corruption au gouvernement congolais entretiendrait, en effet, l’illusion d’une Belgique puissance tutélaire. La sainte colère de Kinshasa a cherché à occulter le fond du problème en infligeant notamment au Royaume de Belgique la fermeture réciproque de deux consulats. Mais là où la colère des autorités congolaises devient presque risible, c’est quand, dans la foulée, le ministre des hydrocarbures est interdit de parler désormais au nom du pays et quand deux députés de la majorité présidentielle sont pris en flagrant délit de tentative d’extorsion de fonds à un industriel libanais.
Comme pour donner raison à l’« outrancier » ministre belge, la majorité présidentielle congolaise a fourni à l’opinion une illustration de la banalisation d’une corruption multiforme et rare. Ainsi, Lambert Mende, ministre des hydrocarbures, a pris des participations dans une société qu’il a choisie pour une exploitation pétrolière attribuée précédemment à une autre société. Résultat : Kabila le maintient à son poste et lui demande tout juste de ne plus s’exprimer ni prendre des engagements au nom de la RDC. La même semaine, deux députés de la majorité présidentielle tentent d’extorquer de l’argent à un sujet libanais. Pris la main dans le sac, désavoués par le parlement et leur parti le PPRD, les deux députés menacent leur parti du grand déballage. En guise de réponse, le parti s’est fendu d’un communiqué enjoignant les deux parlementaires à « placer l’intérêt du parti au dessus des leurs ». Le message est sans équivoque : « Souffrez le martyr mais préservez le parti, épargnez-le du grand déballage ». Quelle idée effectivement d’étaler des choses qui donneraient raison à Karel de Gucht ? En prêtant serment Kabila avait annoncé « la fin de la recréation », mais le maître d’école est effarant de mansuétude comme dans le dossier de Lambert Mende. Comment peut-on maintenir à son poste un ministre interdit d’engager son pays ? Comment peut-on demander à deux députés voyous de « privilégier l’intérêt du parti » au lieu de se réjouir de leur menace de tout déballer ? Autre scandale, la coopération technique belge avait fourni du matériel à l’hôpital général de Kinshasa, ce matériel est en train de pourrir depuis le début de l’année dans des containers dans l’enceinte même de l’hôpital attendant le feu vert du ministre de la santé. La raison : le ministre de la santé serait en train de monnayer sa signature faute de pouvoir détourner ce matériel. Un autre don égyptien au même hôpital avait été détourné pour la campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Le parti de Joseph Kabila a le grand tort de penser que l’exaspération de la population due à cette corruption se diluerait dans l’émerveillement face au gigantisme des cinq chantiers : leur démarrage ne se répercuterait pas instantanément dans le panier de la ménagère. Le côté ostentatoire de la corruption ressemble à une attitude de pyromanie politique dont Kabila devrait prendre la juste mesure, sinon il se trouvera demain face à un opposant qui se contenterait d’un programme politique dénonçant cette mafia aux sommets de la nation. Cela lui réussirait comme ce fut le cas avec Bemba qui ne vendait que la « congolité » aux Congolais. Il peut déjà s’estimer heureux que Karel de Gucht n’ait pas été mis au courant de ses dernières turpitudes (j’avoue que le mot est faible) de l’AMP. Botowamungu Kalome |