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La corruption en RDC : son sens, ses manifestations, ses enjeux et les moyens de la combattre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Pour comprendre le phénomène de la corruption tel qu’il est de plus en plus décrié publiquement dans notre pays et tel qu’il est perçu à l’étranger dans les milieux politiques et financiers internationaux, il est nécessaire de le resituer dans l’histoire récente de la nation.

Il est également nécessaire d’étudier attentivement les mécanismes par lesquels il se manifeste et voir comment il s’est imposé progressivement chez nous au point de devenir un principe profond de structuration de la vie nationale et une tumeur dans le fonctionnement de nos institutions. Sur cette base, il sera possible de poser la seule question qui ne devrait plus quitter nos esprits désormais : que nous faut-il faire pour vaincre cette pathologie profonde en chacun de nous et dans toute notre société ?

ANCRAGES HISTORIQUES

Lorsque notre pays accède à l’indépendance en 1960, le mot et la pratique de la corruption ne font pas partie des réalités qui mobilisent les consciences contre elles. Ils n’existent pas comme dynamique sociale nuisible ni comme mal collectif qui attirerait une quelconque attention particulière de la part de la nation ou de la part du monde. Dans l’euphorie de la liberté retrouvée, dans la joie d’entrer dans une nouvelle ère, le pays tout entier s’est lancé dans des joutes politiques et a plongé dans des combats tribalo-politiciens qui nous ont conduits aux sécessions et à la guerre civile. Notre vrai problème résidait là : dans les luttes pour le pouvoir entre les ténors politiciens, Lumumba et Kasa-Vubu en tête. Les partis politiques de l’époque se battaient et se déchiraient pour la conquête de l’espace public, convaincus que nous étions entrés dans l’ère d’une démocratie dont les populations seraient les vraies arbitres.

Dans cette atmosphère, personne n’a vu venir le venin inoculé dans notre nouveau corps politique et social par ceux qui conçurent l’élimination politique et l’assassinat de Patrice Emery Lumumba. Ce sont eux qui, les premiers, introduisirent la corruption dans le Congo indépendant : ils achetèrent un homme, Joseph-Désiré Mobutu, ils détruisirent en lui le sens des valeurs morales de fidélité, de loyauté, de conscience civique et du respect de la vie humaine. Ils l’incorporèrent dans les réseaux du crime organisé à l’échelle mondiale et en firent un homme de paille, prêt à vendre son âme pour mener le train de vie des anciens colonisateurs et se mettre à leur service en vue de maintenir le Congo sous le joug de ses anciens maîtres.

Si je situe l’irruption de la corruption au Congo à ce moment précis de notre histoire, ce n’est pas pour diviser le temps entre une période qui serait paradisiaque et se situerait avant 1960, et une période des ténèbres qui se serait installée depuis lors dans notre pays. Il s’agit plutôt de mettre en lumière les caractéristiques spécifiques du phénomène tel qu’il va prendre corps, se structurer et s’imposer peu à peu dans une configuration particulière chez nous, à partir d’un acte que je considère comme un acte vraiment fondateur : la trahison de Lumumba par Mobutu et son exécution de Lumumba par Tchombé au Katanga en janvier 1961. Avant cet événement, même s’il y avait eu ça et là des actes que l’on pourrait classer sous la rubrique de corruption dans la sphère de la vie des Congolaises et des Congolais au cours de l’ère coloniale, ces actes n’avaient pas les caractéristiques de la corruption qui s’est développée depuis lors.

Pour comprendre la corruption dans la forme qu’elle a prise dans notre pays, il est bon de mettre dans la clarté de la pensée ces caractéristiques liées à son émergence comme problème politique et sociale au matin de notre indépendance.

En premier lieu, il est clair que le néocolonialisme fait le lit de la corruption en achetant les élites locales, comme l’avait vu Frantz Fanon. Dans la manière dont Mobutu a été « approché » pour torpiller le projet de l’indépendance incarné par Lumumba, la Belgique et les Etats-Unis d’Amérique ont posé les bases d’un système qui allait se développer plus tard au point de devenir l’essence nuisible de la deuxième République d’hier et de la troisième République d’aujourd’hui. Ce système consiste à « acheter » des personnes, à constituer avec elles une élite assoiffée d’argent et de pouvoir, manipulable à merci, qui accepte de détruire tout le projet de liberté pour la nation et de vivre consciemment ou inconsciemment selon les attentes des forces néo-coloniales. Notre corruption en RDC, c’est cette corruption des élites, c’est-à-dire de la nouvelle classe dirigeante dont Mobutu a forgé et moulé les esprits, une classe dont les mécanismes du pouvoir politique alimentent encore aujourd’hui encore, l’énergie négative et destructrice. En ces élites, c’est notre vitalité créatrice même qui est pourrie dans sa tête. Nous nous devons de reconnaître que ce pourrissement de la tête est l’une des caractéristiques fondamentales de notre national depuis que notre projet d’indépendance a été dévoyé par Mobutu, sous l’impulsion des puissances néo-coloniales.

En deuxième lieu, il faut dire que ce système néo-colonial de corruption a fait de celle-ci une dynamique de trahison dont Moïse Tchombé, autant que Joseph-Désiré Mobutu, est l’un des parangons les plus détestables dans notre histoire.

Au moment où nous accédons à l’indépendance, Tchombé trahit la cause nationale par la « sécession katangaise », une opération de division du pays conçue par certains milieux belges qui ambitionnent de mettre la main sur les fabuleuses richesses du Katanga. Ces milieux trouvent en Tchombé une âme faible, un esprit malsain que l’argent peut rendre criminel et monstrueux. Dans cet être moralement pourri les Belges corrupteurs vont semer l’esprit de trahison en brandissant tous les avantages que donnent le pouvoir néo-colonial pour un individu qui trahit son peuple. Comme Mobutu, Tchombé incarne l’esprit de traîtrise et de décomposition morale que l’on voit encore à l’œuvre chez beaucoup de nos élites dirigeantes.

En troisième lieu, on doit dire que la trahison et la pourriture morale ne sont devenues un mode d’être qu’à partir du moment où les élites ont entrepris de créer notre peuple à leur image. C’est quand Mobutu a mis sur pied le système du parti unique où il a embrigadé nos élites dirigeantes que le peuple s’est rendu compte de tout ce qu’il pouvait tirer comme avantage en imitant les pratiques de ses princes du pouvoir : il a appris à voler, à détourner les fonds publics, à vendre ses services contre espèces sonnantes et trébuchantes, à sacraliser l’argent et à lui sacrifier toutes les valeurs. Le pays tout entier s’est pourri : il a perdu et le sens du bien commun et la référence aux normes transcendances qui fondent l’être-ensemble d’une nation. A ce niveau de dépérissement de la société, le système, comme dit le philosophe camerounais Guillaume Henri Ngnepi « pervertit les individualités, dissout les liens sociaux et pulvérise les valeurs ».

En quatrième lieu, il faut fortement affirmer que la perversion des individualités, la dissolution des liens sociaux et l’effondrement des valeurs font système et se vivent comme structure fondamentale de la vie d’une société. De même qu’il a été pervertit par les agents de la CIA qui l’ont conduit à la trahison, Mobutu a perverti les élites qu’il a conduites à trahir la nation. Ces élites ont également perverti le peuple qui a trahi les idéaux de l’indépendance. Comme le poisson qui pourrit par la tête, notre pays a été pourri à partir de ses dirigeants dans un système qui est toujours à l’œuvre jusqu’à l’époque actuelle où la troisième République se manifeste comme aussi corrompue, sinon plus, que la deuxième.

Si l’on en croit le dires de ceux qui sont dans les arcanes de la connaissance de notre système de pouvoir comme l’étrange Karel De Gucht, nos dirigeants, en tant qu’individus, n’ont rien à envier aux élites du mobutisme en manière de vol, des détournements des fonds publics, de gabegie, de dilapidation de la richesse nationale et de l’art de planquer leur argent dans des comptes en Occident. En réalité, ils ont perdu leur être, leur âme, pour la plupart. ils n’ont que l’argent et l’argent les rend insensibles et inhumains. D’où la rupture des liens profonds, en matière de l’esprit du bien, entre le peuple et eux. D’où, du même coup, l’esprit de dissolution des liens sociaux qu’ils répandent partout. Un esprit où le « chacun pour soi » a triomphé sur l’esprit communautaire », où la nation vit désormais sans aucun projet réellement crédible en tant que nation, où les individus ne se pensent plus en termes de communautés ou de collectivités. Cela nous conduit à être un pays dont personne ne se soucie plus vraiment de construire notre être-ensemble. Dans une telle société, comme dit le langage populaire, « les valeurs foutent le camp », elles se dissolvent et se pulvérisent en inhumanités indicibles. On peut ici aussi, reprendre la belle description que le philosophe Guillaume-Henry Ngnepi donne de l’être corrompu par un système comme celui que je suis en train de décrire : l’être y devient « une chose mise à prix », une marchandise, de telle sorte que s’opère en lui une « aliénation » collective « en impersonnalité et en inhumanité des relations économiques », où des relations humaines tout court. Relations dans lesquelles l’argent, devenu Roi ou Diable, sème partout impersonnalité et inhumanité, tuant en cela tout sens éthique et toute dynamique de construction d’une destinée commune. Avec un tel être, le pays devient un véritable sépulcre : il est complètement pourri de « l’intérieur et à l’intérieur », comme dirait Aminata D. Traoré, malgré la blancheur extérieure de ses discours politiques, de ses bavardages religieux, des charivaris de ses populations et des bruits de botte de ses forces de l’ordre et de la sécurité.

Pour le dire autrement, l’histoire de notre pays a été jusqu’ici l’histoire de notre pourrissement par la corruption de l’être et la destruction de notre sens éthique fondamentale. C’est là notre problème de profondeur.

LES MECANISMES DE NOTRE CORRUPTION

Si l’on souhaite, comme diraient Jean-Pierre Cot et Jean-Pierre Mounier, « dépasser l’appréhension immédiate et quotidienne » du phénomène de la corruption en RDC pour réfléchir sur sa signification profonde, on doit inventorier six mécanismes par lesquels s’opère le pourrissement de notre nation.

Deux de ces mécanismes peuvent être considérés comme des mécanismes de profondeur.

Le premier est constitué par notre adhésion collective au système même qui détruit notre pays. Cette adhésion relève de notre responsabilité en tant que société dans la mesure où, dans tous les secteurs de la vie nationale, nous avons accepté, en conformité avec la logique de survie pour échapper à la misère et à la crise, de vendre notre être en faisant de la corruption la chose du pays la mieux partagée au quotidien. De la logique du « madesu ya bana » (le haricot pour les enfants) au bakchich le plus éhonté, de l’achat des consciences aux distributions de l’argent pour les élections, de la vente des épreuves d’examens aux « notes sexuellement transmissibles » dans les universités, nous avons fait le choix de ne pas penser d’autres mécanismes de sortie de crise que la destruction du tissu vital du pays. Cela s’appelle un suicide collectif.

Ce suicide est nourri par l’esprit d’esclave qui se développe en nous et fertilise notre démission face à la dictature de l’argent et aux despotismes politiques et financiers, ceux qui poussent nos élites à être des élites dominées par la réduction de leur être à une marchandise que l’on peut acheter et dont la valeur est monnayable selon les circonstances. Lorsque l’esprit des dirigeants d’une nation est déterminé par une telle tournure qui les pousse à se vendre aux conglomérats militaro-industriels, aux maîtres du profit économique et aux intérêts étrangers qui détruisent leur pays, cela a un nom clair et précis : le crime. La corruption apparaît ici comme l’acte criminel par excellence, celui par lequel l’élite néo-coloniale coupe le souffle à son propre peuple et détruit sa vie.

Cette double dimension de crime et de suicide collectif constitue la signification la plus profonde de la corruption en RDC.Un peuple qui se suicide par conformité à une élite dirigeante criminelle, telle est la réalité de notre pays. C’est cela notre corruption, au sens radical du terme.

Mais ce sens n’est efficace que par quatre mécanismes de surface auxquels je suis de plus en plus sensible dans la vie de notre pays depuis que j’ai lu un remarquable texte du théologien français Francis Grob qui en expose la substance avec une extraordinaire érudition. Quels sont ces mécanismes ?

Il y a d’abord la capacité des dirigeants à fragiliser le peuple en le divisant. Cette force de division a un nom : le tribalisme. A partir du moment où cet fait croire à certains groupes ethniques qu’ils sont les maîtres du pays et qu’ils peuvent s’emparer de la richesse nationale en se partageant les richesses nationales, il crée du même coup une caste de corrupteurs formatée pour acheter les populations afin de se maintenir au pouvoir. Cette caste coopte les membres de quelques autres tribus qu’elle s’allie à coup de billets de banque et de quelques postes fortement contrôlés. Dans le contexte de misère comme celui de la RDC aujourd’hui, il n’est pas difficile de trouver des traîtres qui s’adonnent à ce jeu en faisan croire qu’ils sont de nouveaux leaders alors qu’ils ne font que perpétuer le système néo-colonial à l’échelle locale. Corrupteurs et corrompus de haut niveau se soudent dans un système qui va se défendre, par tous les moyens, pour ne pas perdre le pouvoir. Mobutu était passé maître dans cettte machinerie destructrice. Le pouvoir actuel dans notre pays et en train de lui emboîter allègrement le pas, avec l’ambition de le dépasser et de durer plus longtemps que lui dans un pays qu’il ruinera de plus en plus, sans aucun doute.

Il y a ensuite le mécanisme d’appauvrissement du peuple. Qu’on ne s’y trompe pas : la misère des populations en RDC n’est pas un phénomène dû au hasard. Elle fait partie d’un processus d’appauvrissement volontairement entretenu, pour permettre aux élites corrompues et corruptrices de corrompre le plus profondément qu’elles peuvent des populations sans défense économique d’aucune sorte. Quand on a rien et qu’on est entre les crocs d’une politique dévastatrice ; quand on se sent tous les jours humiliés par cette politique prédatrice et que l’on se convainc qu’on ne peut rien faire contre elle, on devient misérable dans son propre être et on se trouve acculé à vivre selon des principes misérables de corruption : on se laisse corrompre, on devient corruptible, on fait allégeance au système de corruption. Mobutu était un génie maléfique dans cet art J’ai l’impression que le pouvoir actuel cherche à lui emboîter le pas, pour le dépasser, si cela est possible.

Il y a, à ce stade du pourrissement de la vie collective, un véritable phénomène de démoralisation, au sens que Francis Grob donne à ce terme : on perd le moral et on perd la morale. On perd le moral en se persuadant qu’il n’y a rien à faire et que la corruption est invincible. On perd la morale en s’accommodant de l’anomie, de la destruction des normes et des valeurs. Le système du mobutisme nous avait fait perdre le moral. C’est pour cela qu’il a duré plus de trois décennies. Il nous avait pourris dans l’amoralisme et l’immoralité. C’est pour cela que nous n’avions aucune énergie du bien pour l’affronter. N’avez-vous pas l’impression que nous glissons avec la troisième République sur la même pente de la démoralisation profonde ?

Il y a, enfin, la terreur que les élites au pouvoir mettent en œuvre pour maintenir le peuple dans le système global de corruption. Museler l’opposition, en décapiter les ténors, casser les ressorts de la société civile, instaurer des mécanismes stricts de surveillance et de renseignement, régner en semant la peur, tout se met en œuvre pour que les populations ne manifestent aucune velléité de révolte. Là où une telle révolte s’avère possible, la répression est sans pitié. Dans ce domaine, Mobutu fut un monstre incomparable. Le pouvoir actuel lui emboîte le pas, dans l’espoir de le dépasser sans doute et de devenir un repères de monstres plus redoutables dans la politique machiavélique de la terreur.

En mettant en lumière ces quatre mécanismes, je décris le système de corruption de l’être social. Je cherche, en fait, à dire comment, dans notre pays, la corruption fait partie d’une vision globale de domination, dont les structures néo-coloniales de notre société, les déterminismes mobutistes et les pesanteurs actuelles de la troisième République participent pour détruire l’avenir. C’est contre cette structure globale qu’il est nécessaire et urgent de lutter de toutes nos forces, pour sauver notre pays d’un irrémédiable effondrement.

QUE FAIRE ?

Malgré l’impression que j’ai donnée sur le pourrissement de la nation aujourd’hui, il ne faut pas croire que tout est perdu : le Congo a en son sein des forces spirituelles et éthiques qui nous ont permis de résister au système mobutiste et à ses affres néo-colonials de corruption de l’être.

Sans l’action des Eglises qui ont représenté le mieux cette dynamique de résistance, notre pays serait déjà « mort et enterré », comme dirait le langage populaire. Nous ne pouvons pas sauver notre pays si nous ne prenons pas conscience du fait que l’énergie spirituelle des communautés de foi est indispensable à la conversion de l’esprit pour une nouvelle société. Je parle ici des communautés de foi qui ont une orientation de conscientisation, de formation et d’éducation politiques et sociales claires. Ce sont elles qui peuvent lutter contre la corruption par une parole, des actions et des initiatives décisives, loin des forces d’imbécillité que représentent certains mouvement pseudo spirituels qui enfoncent le pays dans la tombe de l’inconscience et des délires mystificateurs. Il est clair qu’une nouvelle évangélisation du pays est urgente, qui vise autant les individus que les structures et institutions, afin d’impulser un nouvel esprit et un nouveau génie congolais : l’esprit d’une politique d’humanité, le génie d’une politique du bien, dans l’émergence de nouvelles élites qui auraient vraiment foi dans l’avenir de notre nation.

En pensant à cette élites, j’ai également en tête toutes les forces intellectuelles que le système n’a pas encore cassées dans leur ardeur rationnelle ni pourris dans leurs convictions de fond. Partout dans le monde comme au cœur même de notre pays, je suis sensible à la présence de ce Congo de l’intelligence qui est encore disposée à ne pas capituler devant le système néo-colonial. J.P. Mbelu les appelle « le petit reste », mais je crois qu’elles sont plus nombreuses, plus vastes et plus agissantes qu’un petit « reste ». Ces forces réfléchissent, échangent, collaborent et inventent au jour le jour une vision nouvelle Congo et de son avenir. Il leur reste à bâtir des organisations endogènes solides pour des actions en profondeur en matière d’éducation, de formation et de transformation sociale. Dans l’état de pourrissement avancé où se trouve notre pays, il n’est pas possible d’ouvrir des horizons d’espoir sans ces forces de l’intelligence en tant que structures organisées pour le salut de la nation.

Comment ne pas penser également ici aux énergies d’une opposition politique qui devrait être pensée aujourd’hui non pas en termes politico-politiciens de « politique du ventre » ou du partage du « gâteau » national, mais en termes d’alternative globale au système de corruption, au sens fondamental et global que je donne à ce mot. Je pense ici aux forces politiques traditionnelles comme l’UDPS dont il convient de repenser les stratégies pour un autre destin à imaginer et à construire, avec la prise du pouvoir par la voie démocratique en ligne de mire. Je pense également à toutes les initiatives politiques des Congolaises et Congolais qui cherchent à créer un nouvel espace d’action publique pour une politique de la grandeur nationale. Sans l’énergie de toutes ces forces qui veulent bâtir un nouvel ordre politique et dont le site Internet Congoone est devenu le grand symbole, nous ne pourrons pas lutter efficacement contre la corruption, c’est-à-dire contre le pourrissement de notre être et la décomposition morale, intellectuelle et spirituelle de notre pays.

Je pense aussi aux mouvements de défense et de promotion des droits humains, qui n’ont jamais baisser les bras devant les forces de la terreur dictatoriale, depuis Mobutu jusqu’à nos jours. L’Azadho en est sans doute l’emblème le plus connu dans le monde, mais elle n’est pas la seule force qui lutte pour le Congo des droits humains. Il existe partout dans notre pays des hommes et des femmes, des associations et organisations qui veulent pour chaque Congolaise et chaque Congolais un destin de dignité. Ils veulent un ordre politique juste et un système où tous les droits et tous les devoirs des citoyens soient protégés et garantis. Dans leur lutte se joue notre victoire sur la corruption de notre être et sur la vénalité de nos institutions. L’engagement de chaque Congolaise et de chaque Congolais dans des mouvements de ce type est l’une des meilleures voies de destruction du système qui fait le lit des mentalités des corrupteurs et des comportements corruptibles aujourd’hui.

Si tant de force existent dans notre pays pour renverser la vapeur du pourrissement de notre être et de notre pays, pourquoi n’arrivent-t-elles à transformer en profondeur le pays ? La réponse à cette question est celle-ci : ces forces ne sont pas encore clairement organisées à large échelle pour imposer leur vision, matérialiser leurs rêves dans des initiatives communes, ancrer leur action à l’échelle locale et proclamer partout qu’elles vivent, à travers des personnalités concrètement visibles, une éthique de la grandeur du Congo, une rationalité de l’intelligence organisatrice et une spiritualité d’humanisation des liens sociaux.

Quand ces forces prendront conscience de cette exigence d’organisation, nous vaincrons la corruption et la face du Congo changera. C’est là le vrai défi aujourd’hui.

Kä Mana

 
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