Alors que l’on croyait que d’ultimes manœuvres politiques étaient engagées pour contraindre à la retraire le premier ministre Antoine Gizenga, pour des raisons humanitaires, (le gourou du PALU a plus de 84 ans), c’est plutôt le président de l’Assemblée nationale qui risque de se voir défenestrer à la suite d’une motion qui circule dans les couloirs du Palais du Peuple de Kinshasa.
Et pour cause, la fameuse motion curieusement initiée par l’Alliance pour la majorité présidentielle, plate-forme au service de Kabila Kabange, a été initialement signée par le député Mukonkole de l’opposition ( ?)avant de recueillir un nombre substantiel des signatures d’autres députés dont ceux de la fameuse AMP. Dès lors, il ne faut pas un dessin pour souligner que la guerre aux couteaux est au rendez-vous chez les Kabilistes et que Vital Kamerhe ne semble plus en odeur de sainteté au sein de sa famille politique.
Mais quel péché Kamerhe a-t-il commis pour que soit ouverte la voie du bannissement ce fidèle des fidèles de Kabila Kabange ? Il nous revient que la fameuse motion est une conséquence de l’implication de Vital Kamerhe dans les opérations de fourniture d’armes et munitions de guerre à Thomas Lubanga via Beni où trônait un certain Mbusa Nyamwisi. Le nom de Ntumba Luaba Lumu est aussi cité dans ce trafic qui se faisait au moment où Kamehe était commissaire général du gouvernement chargé des relations avec la MONUC. On rappelle que Kamerhe se déplaçait souvent, au nom des Kabila, vers Beni pour ravitailler le RCD-KML de Mbusa Nyamwisi, qui fut une rébellion contre la rébellion, ainsi que Thomas Lubanga. C’est d’ailleurs ce dernier, signale-t-on, qui a dévoilé tous ces trafics illicites dans un livre blanc en signe de sa coopération avec la CPI. Un geste qui pourrait aider à diminuer la durée de la peine qu’il risque d’encourir à l’issue de son procès.
On explique que c’est cette diarrhée verbale de Thomas Lubanga qui expliquerait l’empressement de Jean Pierre Bemba de collaborer avec la CPI pour dénoncer aussi les autres seigneurs de guerre complices dont Olivier Kamitatu, ancien n°2 du MLC, et d’autres tels que Tambwe Mwamba et tous ceux qui ont été de loin ou de près impliqués dans la guerre absurde qui a déchiré et continue à déchirer le Congo à démocratiser.
Un conseiller de Kamerhe contacté par Congoone a confirmé l’information sur la motion visant son chef, mais s’est abstenu de se prononcer sur le fond de l’affaire. Il reste que si la motion de destitution de Vital Kamerhe aboutit, c’est que le dossier CPI est sérieux et va nul doute compromettre beaucoup de gens impliqués dans l’achat d’armes dans l’entourage de Kabila Kabange comme son mentor Augustin Katumba Mwanke. Il ne pourrait en être autrement étant donné qu’une source autorisée à Kinshasa révèle que le procureur près la Cour Pénale Internationale, Luis Moreno Ocampo, a lancé un mandat d’arrêt international contre Antipas Mbusa Nyamwisi, ministre des Affaires étrangères de Joseph Kabila. A présent, on attend la coopération de Joseph Kabila dont on dit qu’il a promis de faire le jeu à l’issue d’un remaniement gouvernemental annoncé comme imminent.
Toutes choses restant égales par ailleurs, les autres seigneurs de guerre n’ont qu’à bien se tenir quand on sait qu’il y a juste une semaine, le 29 mai dernier sur RFI, le belge Louis Michel, commissaire européen à l’aide et au développement, affirmait son souhait( ?) de voir la CPI allait jusqu’au bout de la logique pour préserver sa crédibilité auprès de l’opinion congolaise et internationale, en oeuvrant de manière à ce que tous les seigneurs de la guerre en RDC aujourd’hui tapis dans les institutions, alors qu’ils ne sont pas de politiciens, répondent de leurs actes, de leurs crimes.
Dans ces conditions, la communauté internationale qui a octroyé une prime de guerre aux seigneurs de guerre congolais en faisant de la gestion de la transition leur chasse gardée, à travers la formule 1+4 égale zéro, à tel point qu’avant élections égale après élections, devra ôter les Congolais d’un doute, celui de l’impunité garantie à ceux qui, sans qualité ni droit, ont versé inutilement le sang de leurs compatriotes.
Il semble évident que Bemba Gombo étant poursuivi par la CPI pour des péchés commis par les militaires du MLC à Bangui, Kabila Kabange ne pourra ne pas être tenu pour auteur intellectuel des crimes commis par ses lieutenants, sous ses ordres. L’éviction de Kamerhe aura l’avantage d’ouvrir la boîte à pandore.
Pierre Kalambayi Misasa