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Quels bilans pour la « Troïka » Kabila - Gizenga et Nzanga après plus de 100 jours de gouvernement? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Le « ticket gagnant » des élections présidentielles en RDC

Au lendemain de la publication des résultats du premier tour de l’élection présidentielle le 30 juillet 2006 annonçant un deuxième tour entre J. Kabila et J.P. Bemba, beaucoup de Congolais étaient surpris d’apprendre la naissance de la coalition J.Kabila, A. Gizenga et Nzanga Mobutu. C’est du reste ce « ticket » piloté par le « candidat de l’espoir » qui a « gagné » les élections, battant ainsi en brèche l’idée nationaliste véhiculée à l’époque par le sigle « TSK » (Tout sauf Kabila).

D’après certains « experts » et politiques francophones belges, ce « ticket gagnant » était une chance pour le Congo parce que, à les suivre, pour la première fois, « Lumubistes », « Kabilistes » et « Mobutistes » allaient se retrouver dans un gouvernement pour sauver le pays de l’instabilité politique ! Avec emphase, Paul Wolfowitz, alors Président de la Banque Mondiale et Louis Michel, le Commissaire européen à l’action humanitaire et au développement, en visite officielle à Kinshasa, proclamèrent un soutien appuyé aux nouvelles autorités en place et annoncèrent des sommes importantes pour le Congo (180 millions de dollars sur un paquet de 380 millions pour l’année 2007 pour la Banque Mondiale et 161 millions d’Euros pour 2007 pour l’Union Européenne). Mais, plus de 100 jours après l’investiture du gouvernement  Gizenga, quels bilans peut-on tirer pour cette troïka ?  

J. Kabila et la gestion des dossiers chauds

Avant les élections, beaucoup de Congolais reprochaient à J. Kabila de ne pas communiquer assez avec le peuple. Ils remettaient aussi en cause sa « congolité » d’origine ainsi que sa capacité à défendre l’indépendance et l’intégrité territoriale du pays, notamment face aux incursions de l’armée rwandaise dans l’ex-Kivu.

Plus de 100 jours après l’investiture du gouvernement de Gizenga, taciturne, Kabila l’est resté, même lorsqu’il préside le gouvernement. En réalité, c’est lui qui est le patron de l’Exécutif congolais. En effet, conformément à la Constitution (art. 79), c’est lui qui convoque et préside le Conseil des Ministres. Des indiscrétions des Ministres qui se confient aux membres de leurs familles et à leurs connaissances, il nous revient que lorsqu’ils se réunissent en Conseil des Ministres, c’est Kabila qui parle en premier. Il le fait brièvement et cède ensuite la parole à Gizenga qui dirige les débats. Le Président, lui, ne dit rien mais note tout ce qui se dit dans un petit carnet. Taciturne, il l’est resté puisque depuis son « élection », il ne s’est adressé aux Congolais que trois fois : le 6 décembre 2006, jour de son investiture où l’opinion retient surtout ses cinq chantiers qui tardent à prendre racines (infrastructures, emplois, éducation, eau et électricité, santé) ; le 26 mars 2007 au lendemain des affrontements armés des 22 et 23 mars 2007 entre la garde de J.P Bemba et les militaires de la GSSP (garde présidentielle), rebaptisée « Garde républicaine ». Ce jour là, il a notamment eut ces propos : « Le Président de la Transition que j’ai été avant les élections a privilégié la voie du consensus comme règlement des différends politiques, aujourd’hui, vous avez face à vous un président élu, garant de la Constitution » Il ajouta aussi que « ce n’est pas par la négociation qu’on va assurer la sécurité de 60 millions de Congolais sur toute l’étendue du territoire national ». Enfin, la veille du 17 mai 2007, dans un discours radio diffusé où il a invité les Congolais au travail. En d’autres termes, il est resté le même : distant du peuple.

La première « casserole » à laquelle il a fait face était le dossier de la double nationalité de près de 150 députés nationaux. Il n’a pas agi en tant que garant de la Constitution et des lois de la République et n’a rien fait lorsque par la négociation ou plutôt par…  « Compromis politique », l’Assemblée nationale a accordé un moratoire de trois mois aux intéressés pour « régulariser » leurs nationalités. Quels sont les députés qui, depuis lors, ont renoncé à leurs nationalités étrangères ? On ne le sait pas. Pourtant les étrangers ne sont pas qu’à l’Assemblée nationale, ils se retrouvent aussi au sein du gouvernement et dans les autres institutions de la République. Comme toute réponse à cette question juridique et constitutionnelle, il s’est contenté de dire que « la nationalité congolaise est une et exclusive ». Pourtant, par ce moratoire dont le peuple ignore toujours les conclusions, l’Assemblée nationale a modifié la loi sur la nationalité puisque la question soulevée à l’époque par la motion Makila n’était pas une opération de « régularisation » mais une fraude à la loi. Comme l’avait du reste relevé le professeur A. Mampuya au sujet de cette question, «  un étranger n’avait pas à se faire élire pour, après, régulariser la situation de sa nationalité ». J. Kabila a raté là une occasion de se conformer à son serment constitutionnel

Vint ensuite l’affaire « Budu -dia- Kongo » (tueries massives de 134 morts) fin janvier et début février 2007. Pas de déplacement dans le Bas-Congo ni un mot de compassion à l’endroit des victimes. Sous d’autres cieux, les dirigeants se mobilisent pour leurs nationaux, même s’il s’agit d’un seul otage. A peine élu, Nicolas Sarkozi n’a-t-il pas reçu la famille d’Ingrid Betancourt et entrepris des démarches auprès du président colombien pour que des concessions soient faites aux FARC afin que celle-ci ne soit libérée ? Au Congo, rien en faveur des victimes qui sont considérées comme des chiens. Pourtant des questions ne manquent pas. Qui avait donné l’ordre à l’armée de tirer sur la population civile alors que la situation relevait de la police chargée du maintien de l’ordre public ? Combien de gens ont-ils perdu la vie ? Plus de quatre mois après ces tueries, la seule réponse à laquelle la population a eu droit, c’est la décision prise par le Conseil des Ministres de réglementer le secteur des sectes religieuses. Aucune indemnisation des victimes, aucune prise en charge des familles éprouvées. Alors que pour des événements comme des match de football ou des défilés saugrenus, on mobilise la télévision nationale, l’Assemblée nationale a décidé d’auditionner le rapport y relatif à huis clos. Et quand on sait que dans quatre jours, la session ordinaire en cours prend légalement fin, on voit mal comment J. Kabila pourrait mettre dans l’ordre du jour de la session extraordinaire qu’il faut absolument convoquer en raison des matières non encore traités par l’Assemblée nationale les points relatifs aux dossiers Budu-dia-Kongo et Kahemba. S’agissant de cette dernière affaire, il est bon de rappeler qu’elle touche à l’intégrité territoriale et pourrait, en cas de procédure initié par le Congrès, aboutir à la mise en cause de J. Kabila pour haute trahison. En effet, aux termes de l’article 214 de la Constitution, « les traités de paix, les traités de commerce, les traités et accords relatifs aux organisations internationales et au règlement des conflits internationaux, ceux qui engagent les finances publiques, ceux qui modifient les dispositions législatives, ceux qui sont relatifs à l’état des personnes, ceux qui comportent échange et adjonction de territoire ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi.

 

Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans l’accord du peuple congolais consulté par voie de référendum. L’Assemblée nationale, c’est le peuple congolais réuni à travers ses représentants. Ils sont légitimes alors que certains membres du gouvernement n’ont pas été élus. Alors qu’elle n’a pas encore rendu publique sa conclusion sur cette affaire, le gouvernement a décidé de classer cette affaire sans suite. A-t-on le sens de l’engagement que l’on prend dans un serment solennel ? Il y a aussi la situation sécuritaire dans le Kivu. A la suite d’autres organisations de la société civile, l’Eglise catholique vient d’invoquer le « droit d’ingérence humanitaire » pour sauver encore ce qui peut l’être. Le Kivu avait massivement voté pour le « faiseur de paix », mais voilà qu’il pleure ses fils et ses filles tous les jours. Alors que pour J.P Bemba, J. Kabila avait soutenu qu’on ne peut pas assurer la sécurité des Congolais par la négociation, voilà qu’il le fait avec Laurent Nkunda et ce, à … Kigali. C’est absolument incroyable.

A. Gizenga et la léthargie de son gouvernement

Alors qu’on s’attendait qu’il mette dans son gouvernement des chefs des partis ou des vertébrés qui, logiquement comme cela se fait dans toute bonne démocratie, avaient fait campagne pour la victoire de la « troïka », voilà qu’il met des menus fretins dans son équipe. Les propos tenus par Mbusa Nyamuisi, Ministre congolais des affaires étrangères, au cours de sa récente visite à Bruxelles, sont à ce sujet assez symptomatiques : « Nous sommes nombreux au gouvernement à encore apprendre ». Les premières mesures de Gizenga furent de … récupérer des véhicules de l’Etat et … d’organiser des séminaires de formation pour son équipe. Peu accessible, il n’a pipé un mot au sujet des différents dossiers chauds que nous avons évoqués. La seule action d’éclat qu’il a réussi à engranger jusque là c’est l’acceptation, par l’Assemblée nationale, du budget de la République. Mais pour combien de temps ? A défaut de tomber, Gieznga évitera-t-il un remaniement ministériel sous peu ? On lui prête l’intention de vouloir contrôler les régies financières de l’Etat et la Banque nationale, ce qui est tout à fait légale, mais il semblerait que les faucons qui entourent Kabila ne l’entendent pas de cette oreille. S’il n’y parvient pas, aura-t-il la probité morale de rendre son tablier ?

Nzanga Mobutu entre discrétion et effacement

Ministre d’Etat et, en théorie, troisième personnalité du gouvernement, on ne le voit pas, on ne l’entend pas. Chargé par Gizenga et Kabila du secteur stratégique de l’agriculture en vue d’assurer la sécurité alimentaire aux Congolais, c’est pourtant son ministère qui a été l’objet de l’exécution forcée d’un jugement ordonnant non seulement la restitution de la parcelle qu’occupe le ministère de l’Agriculture mais aussi son déguerpissement de cet endroit. Sans attendre, le 23 mai 2007, un huissier de justice accompagné de plusieurs policiers, ont procédé à cette exécution mais en jetant dehors des ordinateurs, détruisant des archives, des intrants, des mobiliers de bureaux, etc. Quand il s’est présenté sur les lieux, Nzanga Mobutu a eut ces mots : « C’est inadmissible…Inadmissible… ». Aurait-il été puni pour n’avoir pas assisté, cinq jours plus tôt, au défilé du 17 mai qui avait consacré la victoire de ceux qui avaient poignardé son père dans le dos ? Ne dit-on pas que la vengeance se mange froid ? 

En conclusion

Le bilan de cette troïka est négatif plus de 100 jours après l’investiture du gouvernement Gizenga. Le dossier de la double nationalité des députés n’a pas encore été résolu bien que traité politiquement, mais il reviendra un jour, tôt ou tard. Le dossier de J. P Bemba non plus. Proclamé comme chef de l’opposition institutionnelle, rentrera-t-il au Congo au pas. Dans la négative, quel crédit accordera-t-on à la démocratie congolaise où l’opposition sera décapitée ? Quant aux dossiers Budu-dia-Kongo, Kahemba et l’ex_kivu sans oublier ceux du village de Kapungu dans le Katanga occupé par la Zambie ou des Mbororo qui occupent une partie de l’Equateur, on ne décèle aucune volonté de défendre les intérêts du pays ni dans le chef de J. Kabila n dans celle d’A. Gizenga. Puissent-ils en prendre conscience et prouver le contraire ?

Fidèle Zegbe Zegs

 
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