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Aujourd’hui, si j’ai honte, c’est parce que rien n’a changé et que personne ne le dit assez fort. Le 30 juin 2010, le Congo et la Belgique se rappellent et célèbrent les 50 ans d’indépendance du Congo. Depuis des jours déjà, en Belgique, les chaînes de télévision, les radios, les journaux et les revues en tous genres reviennent sur l’évènement historique, se rappellent la colonisation, dissertent sur les 50 années qui viennent de s’écouler et analysent le Congo d’aujourd’hui. Moi, j’écoute, je regarde, je lis et j’ai honte d’être belge ! Je suis belge et j’ai honte. Si j’ai honte, ce n’est pas de l’avidité sanglante de Léopold II se prenant pour un empereur à l’époque où les empereurs s’en prenaient au monde. Ce n’est pas non plus de ces 80 ans de régime colonial belge; de ces trop nombreuses années d’injustice, d’oppression et d’exploitation. Non, je n’ai pas honte de ces 80 années d’un humiliant esclavage, ni de ce discours pathétique, paternaliste et méprisant prononcé par Baudouin le 30 juin 1960. Je n’ai pas honte non plus de ces Belges organisant la sécession de la province la plus riche du Congo, stimulant l’embrasement du pays fraîchement indépendant et collaborant à l’assassinat d’un jeune premier ministre congolais plein de foi en l’avenir de son pays. Je trouve tout cela profondément déplorable mais comment pourrais-je en avoir honte, moi qui suis né bien plus tard ? Aujourd’hui, si j’ai honte, c’est parce que rien n’a changé et que personne ne le dit assez fort, au contraire. J’ai honte de ces articles montrant Albert II dans une école belge de Kinshasa. J’ai honte de ce reportage sur l’héritage belge que ces "incapables" congolais n’ont pas su faire fleurir à sa juste valeur. J’ai honte de ces interviews, que l’on multiplie, et lors desquelles on cherche à faire dire à chaque Congolais que "c’était mieux au temps béni de la colonie belge". J’ai honte de cette société belge nombriliste qui ne voit dans le Congo que son ancienne colonie. J’ai honte aussi de tous ces journalistes et de tous ces responsables politiques qui discutent de l’échec de 50 ans d’indépendance en revenant inlassablement sur la corruption et la cupidité d’une classe politique congolaise jugée incompétente. Cela ne fait-il pas 50 ans que la Belgique et les autres puissances économiques mondiales "organisent" le coffre-fort congolais à leur profit ? Cela ne fait-il pas 50 ans que les richesses congolaises continuent à nourrir le développement de nos pays au mépris de tous les droits élémentaires des populations congolaises ? Cela ne fait-il pas 50 ans que le Congo n’est toujours pas pleinement indépendant ? Malheureusement, cet anniversaire est manqué. Ces commémorations auraient pu être l’opportunité d’une analyse autocritique et constructive sur le passé et sur le présent. Elles auraient dû constituer l’occasion de mieux apprendre à connaître le Congo et surtout les Congolais tels qu’ils sont et tels qu’ils vivent aujourd’hui. Enfin, elles auraient dû incarner l’instant où l’on jette de nouveaux ponts afin de s’enrichir mutuellement de ce que chacun de nous a à apprendre de l’autre pour grandir dans un monde où se multiplient les défis à résoudre ensemble. Je n’ai rien entendu de tout cela, ou si peu. Occasion manquée, j’ai honte d’être belge ! Jean-Yves Buron, employé dans une ONG
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