A Kinshasa, le colonel Daniel Mukalay, chef des services spéciaux de la police est passé, samedi 5 juin, aux aveux : il avait bien reçu l’ordre de son chef hiérarchique de «recevoir» Floribert Chebeya Bahizire, le directeur exécutif de «la Voix des Sans Voix» (VSV). Ce «chef hiérarchique» n’est autre que l’homme le plus redouté de la RD Congo. Il s’agit du «général» John Numbi Banza Ntambo, le «bras droit militaire» de Joseph Kabila. L’homme fait peur à tout le monde y compris à "Joseph". Celui-ci l’aurait suspendu de ses fonctions. Vraiment?
Selon des sources, Chebeya a été tué non pas à Mitendi, dans la commune de Mont Ngafula, mais bien dans un des locaux au siège de l’Inspection générale de la police nationale lors du rendez-vous fatal du mardi 1er juin. A en croire Mukalay, l’élimination physique de ce défenseur des droits de l’Homme a été décidé par Numbi. Tueur aux mains propres, celui-ci s’est par la suite fabriqué un alibi en béton… non-armé en allant passer sa journée dans la Ferme présidentielle à Kingakati. Ce qui s’est passé le mardi 1er juin à l’Inspection générale de la police nationale a un nom : meurtre avec préméditation. Autrement dit, un assassinat.
Qui a commandité ce crime odieux? Quel en est le mobile? Seule une commission d’enquête indépendante pourrait donner des réponses à ces deux questions. Des observateurs osent à peine imaginer que «John» ait pu proprio motu s’en prendre à un homme de l’acabit d’un Chebeya sans avoir reçu le «go ahead» de la «haute hiérarchie» et surtout une garantie d’impunité. Plusieurs «meurtres sur ordonnances» camouflés en crimes crapuleux n’attendent-ils pas à être élucidés depuis plusieurs années?
On apprenait dimanche 6 juin que Joseph Kabila ne serait pas «chaud» à l’idée de mettre sur pied une commission d’enquête indépendante. Aurait-il des craintes que les investigateurs remontent jusqu’à lui ? Une chose paraît désormais sûre : la RD Congo est dirigée par des voyous. Des hommes sans foi ni loi. Il suffit de voir les manœuvres de diversion qui ont été mises en œuvre pour imputer cet homicide à quelques «têtes brûlées» de la police nationale. La journaliste Colette Braeckman du «Soir» de Bruxelles écrivait - sous la forme interrogative – dans l’édition datée 4 juin que «Floribert» a bien pu être «victime de l’une ou l’autre police parallèle soucieuse de faire du zèle et d’intimider les opposants potentiels» ou pour « torpiller » les festivités du 30 juin. Qui cherche-t-on à disculper?
Notre confrère kinois «Le Soft» a donné de la nausée à certains de ses lecteurs en relayant de manière servile les «premières constations» prétendument faites par la police. Ces «indices» orientaient l’enquête vers une affaire de mœurs. A en croire ce confrère le pantalon et les sous-vêtements de la victime étaient rabattus jusqu’aux genoux. Des préservatifs, une perruque et des faux ongles traînaient dans la voiture. Un travail de professionnels.
C’est ici que le grain de sable est venu tout gâcher. Chebeya avait, en effet, la réputation d’un homme sobre et surtout d’un bon père de famille. Que conclure sinon que ceux qui ont ôté la vie au défenseur de droit humain ont tenté désespérément de souiller sa mémoire. John Numbi avait menti. Il a joué et perdu. Les passages ci-après contenus dans «Le Soft» n’étaient que de l’affabulation : «Toute la journée de mardi 1er juin, le général John Numbi Banza Tambo se trouvait à Kingakati, à la ferme présidentielle située non loin du village de Menkao, banlieue Est de la Capitale, sur la route de Bandundu.» «Quand il (Ndlr, John Numbi) a appris que son nom avait été cité comme l’homme avec qui l’activiste trouvé sans vie avait un rendez-vous, «le général Numbi n’a rien compris, a paru troublé». L’affaire Chebeya pourrait se muer dans les jours et semaines à venir en une bombe à retardement au sein du clan kabiliste. On peut gager que Daniel Mukalay et John Numbi se refuseront de "mourir seul"... Baudouin Amba Wetshi |