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Avant son entrée en fonction - et conformément à l’article 74 de la Constitution -, Joseph Kabila a fait le serment notamment d’«observer et de défendre la Constitution et les lois de la République», de «sauvegarder l’unité nationale», de ne se «laisser guider que par l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine» et de «consacrer toutes» ses «forces à la promotion du bien commun et de la paix». A ce jour, l’homme qui avait battu campagne lors de la présidentielle 2006 sur le thème d’«Artisan de la paix» n’a honoré aucun de ces engagements. La RD Congo ressemble plus à un «Etat hors-la-loi» qu’à une société moderne et pacifiée. Des millions de Congolais de l’Est vivent dans la peur au quotidien. La Constitution et les lois sont allégrement violées ; les deniers publics et les ressources naturelles sont pillés ; l’unité nationale et les droits humains sont mis à mal; l’intérêt général reste une notion méconnue.
Depuis l’installation des institutions issues des urnes, la population assiste à un spectacle affligeant de la part des «élus du peuple». En province, les parlementaires passent le clair de leur temps à s’empoigner avec le gouverneur. La pomme de discorde tourne généralement autour de la gestion des sous et non sur les questions touchant à l’amélioration de la qualité de vie de la population. Au plan national, le chef de l’Etat consacre l’essentiel de son énergie à étendre son emprise sur l’appareil d’Etat. On se demande bien pour quoi faire au regard du bilan à une année de la fin de la législature. Il a vidé le principe de séparation des pouvoirs de sa substance. Il a fait décapiter le Bureau de l’Assemblée nationale en mars 2009. La magistrature a subi une véritable purge digne de l’époque stalinienne par des nominations, révocations et mises à la retraite fantaisistes en violation de la Constitution.
Non préparé à assumer les lourdes charges de président de la République et surtout mal entouré, Kabila peine à se mettre au-dessus de la mêlée. C’est-à-dire au service de la Nation congolaise tout entière. Il est resté l’homme d’un parti (le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie) et d’un cartel politique (l’Alliance de la majorité présidentielle). «Joseph» s’affiche comme l’homme d’une province (le Katanga) et d’une ethnie (Balubakat). «Joseph Kabila est un Molubakat à 100%», déclarait le Grand Chef Kasongo Nyembo à la sortie d’une audience chez Abdoulaye Yerodia Ndombasi, alors un des vice-présidents de la République.
Au total, la RD Congo est «dirigée» par un homme qui ignore la culture de paix et du dialogue. Ce n’est pas de sa faute. Il a été moulé dans la violence, le mensonge et la ruse. Il a été moulé dans la culture du non-respect de la vie et de la dignité de la personne humaine. «Joseph» est incapable de se dépouiller de ses vieux habits de «seigneur de guerre» pour revêtir les «habits neufs» d’un homme d’Etat. Un vrai. C’est à dire un «chef» soucieux de promouvoir la paix, la sécurité, la justice et le progrès économique et social.
Depuis la «libération» du 17 mai 1997, l’instabilité a élu domicile dans les deux provinces du Kivu et la Province Orientale. Il y a lieu de craindre que le Katanga soit «contaminé» par ce même phénomène du fait de la haine qui couve entre le Nord, essentiellement agricole, et le Sud, riche en minerais, au moment où se pose la question du découpage du territoire national en 25 entités et surtout les échéances politiques de 2011.
Tentés par le pouvoir pour le pouvoir, Joseph Kabila et son entourage jouent à un jeu ambigu consistant à laisser pourrir la situation dans ces régions quand ils ne mettent pas de l’huile sur le feu en envenimant des rivalités dérisoires entre politiciens provinciaux. C’est en tout cas ce qui passe présentement au Katanga.
Les Congolais ont besoin d’un chef d’Etat capable de les conduire sur le chemin de la concorde, de la justice et du progrès. Ils n’ont nullement besoin d’un pyromane au sommet de l’Etat… Baudouin Amba Wetshi |