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La session plénière de l’Assemblée nationale congolaise de ce mercredi 19 mai était fort attendue. Elle était attendue parce que les députés devaient procéder au vote de la motion de censure déposée vendredi dernier contre le gouvernement du Premier ministre Adolphe Muzito. A l’initiative de 126 députés. Votre serviteur écrivait dans ces colonnes qu’aucun observateur de la vie politique congolaise ne pensait sérieusement que Muzito allait être étêté.

Il reste que la motion initiée par le député national Jean-Lucien Bussa avait fait rêver les Congolais. Ceux-ci avaint eu le sentiment - l’illusion ? - d’être les citoyens d’un Etat engagé résolument sur la voie de la démocratie avec ce que cela comporte de souci de transparence, de bonne gouvernance et de l’éthique dans la gestion des affaires publiques. Dans sa question orale aux allures de réquisitoire, le député Bussa avait littéralement crucifié Muzito en dénonçant l’immobilisme et l’inefficacité qui caractérisent le gouvernement actuel mais aussi des faits constitutifs d’enrichissement personnel dans le chef du «Premier». Les experts de la Banque mondiale ont étendu la définition du vocable «corruption». Selon eux, il y a corruption chaque fois qu’un agent public arrive à se bâtir une fortune personnelle grâce à l’exercice d’une fonction publique. Les Congolais croyaient que plus rien ne sera comme avant avec la «motion Bussa». C’était sans compter avec la duplicité du personnel politique du pays.

Contre toute attente, l’opinion congolaise a appris avec stupeur dans l’après-midi de mercredi que le député MLC François Mwamba Tshishimbi - qui est en fait le chef de file en titre de l’opposition - a retiré ladite motion de censure sous le fallacieux prétexte que «les conditions ne sont pas réunies». Quelles sont ces conditions? Celles-ci ont donc échapper à la vigilance des 126 députés? Au nombre de ces irrégularités, il semble que certains parlementaires auraient apposé leur signature deux ou trois fois. Acte délibéré ou de la bêtise? Devrait-on parler d’amateurisme de la part des hommes et femmes chèrement payés par le Trésor public justement pour légiférer et contrôler l’action de l’Exécutif?

En attendant de rassembler toutes les pièces de cet épisode pour le moins guignolesque, l’heure est venue de tirer au moins trois enseignements. Primo : en retirant sa motion de censure avant même qu’il y ait eu débat, l’opposition politique institutionnelle a fait preuve d’une légèreté indigne d’une force censée incarner l’alternance du pouvoir. Secundo : le Premier ministre Muzito et la majorité présidentielle n’en sortent nullement grandis. Le spectacle donné par les militants et sympathisants de certains partis proches du "Premier" et de l’AMP est simplement affligeant. C’est à croire que les citoyens de ce pays sont devenus les otages de quelques politiciens carriéristes et véreux, décidés à participer coûte que coûte au «grand festin». Il est, dit-on, coutumier que le membre du gouvernement interpellé par la représentation nationale se fasse accompagner de ses affidés pour lui apporter le «réconfort moral» par des chants et slogans belliqueux tout en déployant des biceps pour «mettre en garde» le camp adverse. Enfin : la scène tragi-comique qui s’est déroulée le mercredi 19 mai 2010 à la Chambre basse du Parlement congolais laisse un sentiment bizarre selon lequel le Congo démocratique est finalement dirigé par des peudo-hommes d’Etat derrière lesquels se cachent des membres d’une «association de malfaiteurs». Des malfaiteurs tapis dans les rangs aussi bien de la majorité que de l’opposition. Ils travaillent en parfaite connivence. Ici, un seul objectif détermine l’action : manger. Tout ça pour ça? Jusqu’à quand les Congolais vont-ils assister à cette mauvaise pièce de théâtre sans réagir?

B. Amba Wetshi

 
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