A la fin de mon dernier article intitulé « Qui gagnera les élections présidentielles de 2011 », je tirais cette conclusion : « De toutes les façons, un fait est sûr : « Les petits restes, les minorités organisées et les autres ascètes du provisoire Congolais luttent sur plusieurs fronts. Un temps viendra où ils vont étonner le monde entier. Les élections hypothétiques de 2011 ne sont pas gagnées d’avance. L’erreur à éviter serait que le front gagnant puisse exclure les autres. Il y a là un travail anticipatif à abattre… » Certains compatriotes critiques de cet article se seraient contenter de lire le titre et de donner leur réponse à eux. Il y en a un qui a répondu : « Qui gagnera les élections présidentielles de 2011 ? Mais celui qui les organise ». Un autre a trouvé que pour une fois, j’écrivais un article ridicule. Il ne pouvais pas comprendre qu’après l’échec de Jean-Pierre Bemba face à Joseph Kabila, je puisse prétendre qu’un autre Congolais fasse face au « raïs ». Un autre compatriote encore a estimé qu’il n’y avait que les armes qui pouvaient chasser les gouvernants actuels de la tête de notre pays. Toutes ces critiques ont leur part de vérité. D’ailleurs, il est important que nos compatriotes prennent le temps de lire nos médias alternatifs avec un grand esprit de discernement ; qu’ils prennent une certaine distance vis-à-vis de certains points de vue émis. N’empêche que je fasse remarquer que pour moi, « ces fameuses élections » sont hypothétiques et que l’un des objectifs de cet article était tout simplement d’indiquer que « les petits restes », « les minorités organisées » et « les autres ascètes du provisoire » Congolais se battent sur plusieurs fronts et qu’un temps viendra où ils vont étonner le monde. C’est ma conviction. Dans cet article, Guillaume Ngefa était un cas (parmi d’autres) d’un compatriote qui, par respect du droit humanitaire, croit dans le changement chez nous à partir des institutions démocratiques et en une alternative crédible au pouvoir actuel. Passons.
Si je reviens sur ce dernier article, c’est surtout pour partager une impression. En marge « des petits restes », « des minorités organisées » et « des autres ascètes du provisoire » Congolais que je côtoie au quotidien, j’ai la nette impression que plusieurs compatriotes sont gagnés par « la mentalité des vaincus » d’avance et/ou par une pensée monolithique les fermant à la réflexion plurielle. Et pourtant, certains d’entre nous ont appris, que n’eût été l’intervention de la Monuc à Mbandaka, l’aéroport et le ville seraient tombés. Il ne faut pas nécessairement être un va-t’en guerre pour comprendre, à partir de cet événement, que les Congolais courageux, prêts à sacrifier leur vie, pour en découdre avec les gouvernants actuels autrement que par les urnes existent. Malgré cette démonstration, il y a des compatriotes qui ne cessent de s’envoyer sur Internet le message d’un Belge ou d’un Rwandais traitant tous les Congolais de BMW, de fainéants, de paresseux et de tous les autres noms d’oiseaux. Rapidement, ces compatriotes oublient que n’eût été la résistance des Maï Maï, et de certains chefs coutumiers à l’Est, la balkanisation de notre pays n’aurait pas pris « la forme soft » qui est la sienne aujourd’hui. « Les vaincus d’avance » d’entre nous oublient que les dénigrement et les humiliations participent de la guerre psychologique ! C’est un secret de polichinelle que d’affirmer que le front armé est l’un des fronts de résistance congolais à la dérive autoritaire du pouvoir actuel. Il existe. Il y a aussi le front diplomatique, invisible. Il travaille jour et nuit. Son efficacité est due à son caractère secret. Ceux et celles d’entre nous qui sont au courant du travail que ce front abat ne peuvent pas facilement croire que si « les gouvernants actuels organisent les élections en 2011 », c’est pour les gagner. Non. Quelques précisions. Les élections ne se gagnent pas nécessairement dans les urnes. Si les compatriotes qui croient que si les gouvernants actuels organisent les élections de 2011, ils vont les gagner en ajoutant ceci : « Nous sommes au courant que le maintient de la CEI jusqu’à ce jour n’est pas innocente. Elle participerait déjà de la fraude. Certains membres PPRD auraient profité de la révision du ficher électoral et de l’enregistrement de nouveaux membres pour faire enregistrer plusieurs jeunes de leurs familles n’ayant pas atteints l’âge de voter. La CEI voudrait poursuivre ce travail technique de fraude et laisser à la CENI sa finalisation. Et que celle-ci sera dominée par la majorité au pouvoir pour qu’au moment M la fraude technique triomphe », là, ils peuvent avoir raison. Mais même en faisant ce raisonnement, ces compatriotes comprendraient que « les minorités organisées » seraient au courant des manœuvres dans lesquelles la CEI est impliquée et qu’elles ne se laisseraient pas faire. En plus, elles savent que « l’autorité morale » de la majorité au pouvoir ne jouit plus de tous les soutiens dont elle a bénéficié en 2006. Elle profite encore de certaines relations de « son maître de Kigali » et un point. Malheureusement, « la mentalité des vaincus » élève cette « autorité morale » au niveau des « marionnettes incontournables ». Elle est loin de comprendre qu’au jour d’aujourd’hui, « les petits restes » et « les minorités organisées » Congolais ont acquis une notoriété telle qu’ils sont en train de s’imposer comme partenaires de dialogue respectables à tous les niveaux de l’organisation politico-économique congolaise, africaine et mondiale. Est-ce un hasard que cette « autorité morale » soit allée s’approvisionner dernièrement en armes de destruction massive dont certaines auraient été testées le lundi 17 mai 2010 à Kibomango ? Savons-nous lire les signes des temps ? Elle sait que son avenir est sombre et que ses arrangements avec la CEI ne suffiront pas pour qu’elle règne à jamais sur le Congo de Lumumba. Une chose est plus ou moins vraie : nous n’avons pas encore atteint un niveau suffisamment élevé de masse critique. De là à croire que toutes les filles et les fils de notre peuple ont renoncé à la lutte pour la liberté, l’égalité et la dignité humaine, il y a un pas que « les petits restes », « les minorités organisées » et « les autres ascètes du provisoire » Congolais nous interdisent de franchir. Ils ont une spécificité : ils se rencontrent sur tous les fronts ; les visibles et les invisibles. Ces derniers sont plus efficaces que les premiers. Une autre chose est plus ou moins vraie : après cinq siècles d’esclavage et de colonisation, plus de trois décennies de néocolonialisme, rompre avec « la mentalité des vaincus » demande que nous refassions la confiance en et entre nous-mêmes. C’est une tâche ardue. Cette rupture a besoin d’être portée par les hommes et les femmes connaissant le prix de la liberté et des luttes qui y mènent. Elle est amorcée. L’AN 1 de nos véritables luttes d’autodétermination signera sans doute des actions multiformes qui la pistonneront davantage. Jean-Pierre Mbelu
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