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Libre circulation des personnes et des biens Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Le gouverneur de la province du Nord Kivu, Julien Paluku, et les vices-gouverneurs du Sud Kivu et du Katanga ont participé, du 19 au 20 avril, à une réunion organisée, à Gisenyi, au Rwanda, avec leurs homologues des provinces frontalières du Rwanda et du Burundi. C’est la deuxième rencontre du genre. Les participants à ces assises ont décidé «d’ouvrir les frontières de ces trois provinces limitrophes à la circulation des personnes et de leurs biens.» Cette décision pour le moins surprenante s’inscrirait dans le cadre des recommandations arrêtées lors de la première réunion de gouverneurs congolais, burundais et rwandais tenue en mai 2009 à Bukavu.

Quels sont les postes frontaliers concernés? Il s’agit notamment de : la Corniche, entre la ville congolaise de Goma, de Gisenyi au Rwanda (Siège de la CEPGL), de Ruzizi 1 et 2 entre les villes congolaises de Bukavu et rwandaise de Cyangugu, Kavimvira-Gatumba-Bugarama entre les villes congolaises d’Uvira pour Kavimvira et de Bujumbura pour les postes frontaliers de Gatumba et Bugarama. «Selon cette décision, précise l’APA, ces postes frontaliers devront rester ouverts seulement après une évaluation de la phase expérimentale au poste de la Corniche, entre les villes congolaises de Goma et celle de Gisenyi qui interviendra à partir du trimestre prochain.»

Surprenante, la décision prise à Gisenyi est inconstitutionnelle. Aux termes de l’article 202 de la Constitution de la RD Congo, «les affaires étrangères comprenant les relations diplomatiques ainsi que les traités et accords internationaux» relèvent de la «compétence exclusive» du pouvoir central. Il en est de même de «l’extradition, l’immigration, l’émigration (…).» Quelle est la base juridique qui a permis aux autorités provinciales venues de la RD Congo à entériner la directive en cause? Pourquoi les autorités diplomatiques à Kinshasa ont-elles laissé faire?

La RD Congo, le Rwanda et le Burundi, trois pays administrés jadis par la même puissance colonisatrice, sont membres fondateurs de la CEPGL (Communauté Economique des pays des Grands lacs). Créée en septembre 1976, cette organisation régionale avait quatre objectifs. A savoir : assurer la sécurité des Etats et de leurs populations «de façon qu’aucun élément ne vienne troubler l’ordre et la tranquillité sur leurs frontières respectives»; favoriser la création et le développement d’activités d’intérêts communs; promouvoir et intensifier les échanges commerciaux et la circulation des personnes et des biens et établir une coopération multiforme.

Depuis le changement de régime intervenu au Rwanda en juillet 1994, la Convention portant création de la CEPGL est devenue caduque. Une coquille vide. Trois faits en témoignent. Tout a commencé avec la "méfiance cordiale" entre les nouveaux maîtres de Kigali et le président Mobutu Sese Seko. Ceux-ci n’auraient pas apprécié le soutien militaire apporté par Kinshasa au régime de Juvénal Habyarimana par l’envoi d’un bataillon des troupes d’élite des Forces armées zaïroises commandé par le général Donatien Mahele Lieko Bokungu. Ces soldats zaïrois avaient mis en débandade les combattants du FPR (Front patriotique rwandais). Ensuite, les déclarations faites, à Cyangungu, en octobre 1996, par Pasteur Bizimungu, alors chef d’Etat, réclamant l’organisation d’une conférence dite "Berlin II" afin de réexaminer le tracé des frontières. Enfin, il y a l’agression par deux fois du territoire zaïro-congolais par des soldats des armées régulières du Rwanda et du Burundi. La RD Congo continue à vivre les conséquences de cette situation jusqu’à ce jour.

S’il est vrai que la RD Congo doit normaliser ses relations avec ses voisins, il n’en demeure pas moins que l’état de belligérance qui a prévalu depuis 1996 à 2003 avec le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda ne peut décemment être passé par pertes et profits. Toute normalisation qui ne prend pas en compte la nécessité de rétablir une véritable de paix des coeurs et des esprits ne serait qu’une réconciliation au rabais. Sans effets pour la population. Les dirigeants congolais, rwandais et burundais doivent commencer par poser un acte solennel mettant fin à l’état de guerre. C’est une hypothèque à lever. Il s’agit de rétablir la confiance et le respect mutuel.

Il est temps que les dirigeants congolais mettent fin à l’impression malsaine selon laquelle le Congo-Kinshasa est devenu "l’idiot" du "village Grands Lacs".

Baudouin Amba Wetshi

 
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