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Qui mettra fin à l’insécurité ainsi qu’à l’anarchie qui règnent, depuis bientôt quatorze ans, dans la Province Orientale et dans les provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu ?
Le rapport publié dimanche 28 mars par l’Ong américaine Human Right Watch (HRW) confirmant le massacre de 321 civils et l’enlèvement de 250 autres dans la localité de Makombo, dans le district du Haut Uélé, vient valider deux évidences. Primo : la RD Congo est incapable d’assurer la sécurité des personnes et des biens sur la partie orientale de son propre territoire. Secundo : le rétablissement de la paix civile dans les régions troublées ne pourrait intervenir que lorsque les plus hautes autorités congolaises auront la ferme volonté de doter le pays d’une armée bien équipée, bien entraînée et bien commandée. Bref, des forces de défense autonomes et dissuasives.
La déstabilisation de ce pays a commencé lors du déclenchement de la prétendue «guerre des Banyamulenge» en octobre 1996. C’est un secret de polichinelle de rappeler que les armées régulières du Rwanda et de l’Ouganda qui avaient agressé le Zaïre de Mobutu ont bénéficié de l’aide logistique des deux principales puissances anglo-saxonnes en l’occurrence l’Amérique de Bill Clinton et le Royaume-Uni de Tony Blair. Objectifs : traquer les présumés génocidaires hutu et renverser le «régime dictatorial» du «Grand Léopard» affaibli par la maladie.
La «libération» du 17 mai 1997 n’a pas conduit le Zaïre, rebaptisé République démocratique du Congo, sur le chemin du progrès, de la démocratie et de l’Etat de droit, promis tant par Laurent-Désiré Kabila que par son mystérieux et peu communiquant successeur Joseph Kabila. Le miracle n’a pas eu lieu. Bien au contraire. L’anarchie et le désordre sécuritaire ont élu domicile dans les provinces congolaises frontalières du Rwanda et de l’Ouganda. Ces deux pays voisins entretiennent des groupes armés sur le sol congolais. Meurtres, viols, vols, pillages sont devenus les «faits divers» de la vie quotidienne dans ces contrées. L’objectif paraît clair : maintenir un climat de déstabilisation chez le «grand voisin». Il est connu que la paix n’est envisageable qu’entre Etats ayant des rapports équilibrés. Ce qui est loin d’être le cas entre la RD Congo, le Rwanda et l’Ouganda. On pourrait citer également l’Angola.
«L’Armée de libération du Seigneur ne représente plus une menace pour la population du Nord-Est de la République démocratique du Congo», déclarait le général Aronda Nyakarimu, le 10 février à Kinshasa. Qui est-il ? Il s’agit du chef d’état-major général de l’armée ougandaise. Le fait qu’un officier étranger vienne au Congo pour donner aux Congolais des assurances sur les conditions de sécurité prévalant sur le territoire congolais montre bien combien ce pays est devenu la risée du continent noir en général et de la Région des Grands Lacs en particulier.
En signant des accords militaires secrets avec les gouvernements agresseurs ougandais et rwandais, Kabila n’a fait que légitimer l’action des pyromanes qui ont allumé le feu qui continue à embraser l’Est de la RD Congo. «Joseph» a géré ce dossier avec une naïveté criminelle. L’intérêt général n’a pas été pris en compte. Cette naïveté - connivence ?– a mis et continue à mettre en péril la vie de plusieurs milliers de citoyens congolais. Ceux-ci ont appris à leur dépens que leurs gouvernants sont ineptes de leur garantir la satisfaction d’un besoin fondamental. A savoir : la sécurité personnelle. Que peut faire une nation dont la population est obsédée par la peur?
A une année de la fin de la législature, il est de plus en plus clair que Joseph Kabila veut rempiler. Il veut rester calife à la place du calife. Certains de ses «lieutenants» osent même suggérer l’accroissement des prérogatives présidentielles sans omettre le rallonge du mandat.
Aussi longtemps que Joseph Kabila et ses proches n’auront pas compris que gouverner un Etat est une charge et non un divertissement, tout pourrait arriver dans ce pays dans les semaines et mois à venir.
Et pourtant. Il est plus que temps que Kabila comprenne que sa présence continue à la tête de l’Etat condamne les Congolais en général et les habitants des provinces du Kivu et de la Province orientale en particulier à subir cinq années supplémentaires dans l’humiliation et la peur. Un nouveau "bail" ne pourrait qu’accentuer le déséquilibre actuel existant entre la RD Congo et ses voisins faute d’un leadership ferme et résolu à défendre l’intérêt national.
Les prochaines consultations politiques doivent être l’occasion pour le corps électoral congolais de tourner le dos à la fatalité en votant pour le Changement. Il s’agit d’envoyer un message clair au "président sortant" en forme de "carton rouge" pour sactionner son incapacité à promouvoir la paix, la sécurité et le progrès à l’intérieur et à redonner au Congo et aux Congolais la respectabilité à l’extérieur. L’ambition ne suffit pas. Encore faut-il avoir des aptitudes... Baudouin Amba Wetshi |