En rédigeant l’actuelle Constitution de la RD Congo, les législateurs avaient présent à l’esprit que la «tentation totalitaire» constitue un des maux qui menacent tout détenteur du pouvoir d’Etat. Et pourquoi pas du pouvoir tout court ? Aussi, pour contrer «toute tentative de dérive dictatoriale», les législateurs avaient-ils prévu une disposition devant servir de parade. Il s’agit de l’article 64 dont le premier alinéa est stipulé comme suit : «Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution.»
Dieu seul sait le nombre de fois que Joseph Kabila a violé la Loi fondamentale en vigueur. Les restrictions à la liberté de manifester ses opinions par la répression des manifestations publiques, la signature d’un accord militaire secret avec le Rwanda et le déploiement des soldats de ce pays en RD Congo sans l’avis du Parlement, la violation du principe de séparation des pouvoirs par la «décapitation» du Bureau de l’Assemblée nationale, les nominations, révocations ou mises à la retraite des magistrats du siège et du parquet au mépris de l’avis du Conseil supérieur de la magistrature, l’intégration des soldats rwandais dans l’armée nationale. On pourrait citer également la décision de retirer au Premier ministre la qualité d’ordonnateur des dépenses publiques. Alors que le chef de l’Etat est politiquement irresponsable. La liste n’est pas exhaustive.
Trois faits récents confirment la volonté de Kabila de s’accrocher à tout prix au pouvoir. Et ce, en dépit d’un bilan globalement calamiteux - qui lui ôte toute légitimité - se traduisant par la dégradation constante de la situation politique, économique, sociale et sécuritaire.
Primo : Le désengagement progressif des forces de la Monuc (Mission des Nations Unies au Congo). C’est désormais officiel ! Le numéro un Congolais se prépare à désigner «très prochainement » une équipe chargée notamment de proposer le «calendrier de retrait» de la Monuc. En demandant le départ des forces onusiennes d’ici à juin 2011 alors que la RD Congo peine à se doter d’une armée capable d’assurer la défense des frontières nationales, «Joseph» a pris une décision irresponsable. Une telle résolution ne peut être motivée que par l’intention sournoise d’éloigner un témoin gênant. Un témoin qui pourrait constituer un obstacle aux tripatouillages électoraux dans les provinces où sont concentrées les forces onusiennes. Le Katanga, le Nord Kivu, le Sud Kivu et la Province orientale sont dans ce cas. Certes, le bilan de la Monuc est loin d’être totalement positif. Il ne reste pas moins que les forces onusiennes ont «adouci» les défaillances de l’Etat congolais dans l’accomplissement de ses missions régaliennes.
Secundo : Dans une déclaration faite mardi 2 mars, le tout nouveau ministre du Budget, Jean-Baptiste Ntahwa Kuderwa Batumike, semble confirmer que le «clan kabiliste» se trouve déjà en pré-campagne électorale. A preuve, une somme estimée à trente-neuf milliards de Francs congolais a été inscrite dans le budget 2010 «pour couvrir les charges liées à l’organisation des élections», a-t-il annoncé. Voilà un esprit d’anticipation autant admirable que surprenant. Admirable parce que gouverner, c’est prévoir. Il est en revanche surprenant de voir les gouvernants congolais, habitués à tendre la main pour recevoir, prendre de telles dispositions. Les élections de 2006 ont été entièrement financées par la «communauté internationale». Montant : 450 millions USD. L’Etat congolais aurait apporté moins de dix millions USD en guise de quote-part. Quelle est la motivation profonde de ce «réveil» ? En 2006, l’Occident avait déployé le «grand jeu» pour légitimer Joseph Kabila. Celui-ci a désillusionné ses «anciens amis» depuis qu’il est allé embraser les Chinois sur la bouche. La confiance n’est plus ce qu’elle était entre Kabila et ses soutiens d’hier. L’homme a sans doute compris qu’il a intérêt à s’émanciper afin de rempiler par «ses propres moyens».
Tertio et enfin :L’interview accordée par le ministre du Plan, Olivier Kamitatu, à l’hebdomadaire «Jeune Afrique» n°2564 dissimule mal l’«arrogance prétentieuse» du «clan kabiliste» lequel semble considérer l’élection présidentielle de 2011 comme une simple formalité. Faute d’adversaire, pour le moment en tous cas, capable de porter un discours alternatif et offensif. «Il faut remporter l’élection dès le premier tour, avec une large majorité, exulte Kamitatu. Le deuxième tour est une coquetterie démocratique.» Kamitatu envisage déjà l’amendement de quelques articles de la Constitution dans le but d’accroître tant les prérogatives présidentielles que la durée du mandat : «Le chef de l’Etat doit avoir plus de pouvoir.» ; «(…). Nous constatons en effet que cinq années ne suffisent pas pour reconstruire le pays. (…).»
En dépit de neuf années de fiasco, Joseph Kabila se croit encore indispensable à la tête de l’Etat. Il entend manifestement s’imposer au mépris de la volonté de la grande majorité de la population. Une population qui attend le changement de ses conditions sociales depuis deux décennies.
Depuis l’introduction du multipartisme au Congo-Zaïre, le 24 avril 1990, les Zaïro-Congolais ressemblent à un peuple manipulé. Les représentants des forces politiques et sociales (politiciens, journalistes, syndicalistes, religieux , activistes de défense des droits humains, étudiants etc.) ont été manipulés par certains gouvernements et médias occidentaux. Ceux-ci ont fait croire aux Zaïro-Congolais que le départ du «dictateur Mobutu» sonnera l’avènement de la démocratie et du respect des droits et libertés. Ce n’était qu’une vaste escroquerie. En effet, treize années après la chute du «Grand Léopard», le Changement promis tarde à venir. Comble de paradoxe, les mêmes gouvernements et médias occidentaux semblent s’acoquiner avec le nouveau dictateur. Le déficit démocratique et les violations des droits de l’Homme ne suscitent plus que de l’indifférence. Mauvaise gouvernance, corruption, gabegie, inquisitions policières, arrestations arbitraires, tortures, pillages, terreur, assassinats, népotisme sont autant de fléaux qui continuent à gangrener la société zaïro-congolaise. Le tribalisme et le régionalisme font un retour en force.
En un mot comme en cent, Joseph Kabila et ses affidés ont détourné l’Etat de sa mission originelle : servir le bien commun. «(…), le but de la politique, écrivait un éminent philosophe français, est le bonheur, le plus de bonheur possible pour le plus grand nombre d’hommes possible, et non le succès de quelques professionnels qui veulent imposer leurs vues à la majorité en feignant de la suivre.» Au Congo-Kinshasa, l’Etat est devenu un instrument au service d’un homme et de ses «amis».
Il est désormais clair que le Changement sera l’œuvre des Congolais eux-mêmes ou ne le sera pas. Les citoyens congolais doivent prendre leur responsabilité pour impulser un nouvel ordre politique. Il s’agit de faire échec par tous les moyens à l’«ambition criminelle» de Joseph Kabila, un homme qui constitue, plus que jamais, non seulement un frein pour le progrès économique et social du pays mais surtout une menace pour la souveraineté, l’unité nationale et l’intégrité du territoire national.
Le maintien de Joseph à la tête de l’Etat équivaut à condamner les Congolais à vivre dans la terreur, la misère et l’insécurité. Les Congolais doivent se lever pour s’attaquer aux piliers du «système Kabila». A savoir notamment la garde présidentielle, rebaptisée «garde républicaine», les forces spéciales de la police, les services de renseignements civils et militaires (ANR-Demiap). Ces organismes doivent désormais être considérés comme des «cibles» dont la destruction est tributaire du salut national.
Le temps de l’action est arrivé. Il s’agit d’opposer une «violence citoyenne» à la «violence et la médiocrité d’Etat». La peur doit changer de camp... Baudouin Amba Wetshi |