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2010 : Conjurer la «malédiction» et la fatalité Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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«L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue», disait Nietzsche. La raison est simple : c’est la mémoire qui fait l’homme.

Aux quatre coins du monde, le champagne a coulé à flots à l’occasion de la fête de Noël et du nouvel an. Les Congolais «démocratiques», eux, ont passé ces réjouissances dans le recueillement. A cause non seulement de la misère sociale généralisée mais surtout de la peur de l’avenir. Une peur qui dure depuis deux décennies. Depuis vingt ans, les Zaïro-Congolais n’ont vu couler autour d’eux que du sang et des larmes. Ils ne savent où trouver le salut. Et pourtant, il n’appartient qu’aux Congolais eux-mêmes de prendre la ferme résolution de mettre fin à cette fatalité. Une telle résolution implique des sacrifices à consentir.

Le 24 avril 1990, le président Mobutu Sese Seko a, dans un discours, prononcé une phrase qui a été accueillie par la grande majorité de la population comme l’amorce d’un nouveau départ : «(…), j’ai décidé de tenter de nouveau l’expérience du pluralisme politique dans notre pays en optant pour un système de trois partis politiques, en ce compris le Mouvement populaire de la Révolution, avec à la base le principe de la liberté pour chaque citoyen d’adhérer à la formation politique de son choix». Depuis le 24 avril 1990 à ce jour, le Zaïre, rebaptisé République démocratique du Congo, a plongé dans une sorte de trou noir. Pourquoi ?

Pourquoi, la démocratie et l’Etat de droit, fredonnés comme un credo, restent encore un mirage vingt années après le lancement de l’ouverture politique? Pourquoi les droits et libertés continuent-ils à être violés malgré la chute de Mobutu présenté pourtant comme un obstacle à la démocratisation autant qu’un «prédateur» des droits humains? Pourquoi ceux (journalistes et hommes politiques occidentaux principalement) qui dénonçaient les excès du régime du «Grand Léopard» se sont tus depuis bientôt treize ans alors que rien n’a vraiment changé depuis la «libération» du 17 mai 1997? Comment ne pas donner raison à ceux des Congolais qui ont, au regard de ces questionnements, acquis la conviction que leur pays ferait l’objet d’une «conspiration internationale» voire sous occupation ?

La force d’une nation dépend avant tout de l’état d’esprit de son peuple. La preuve est donnée par des petits pays européens tels que la Suisse et le Grand-duché de Luxembourg. Ces minuscules Etats caracolent dans le «Top 10» des nations les plus nanties sans que leur sous-sol ne recèle du pétrole, du cuivre ou du cobalt.

L’année 2010 doit être l’occasion pour chaque fille et fils du Congo de faire son autocritique pour se «déprogrammer mentalement» en reconnaissant sa part de responsabilité dans la descente aux enfers de la mère-patrie.

Il est temps de rompre avec la facilité consistant à imputer la cause de nos malheurs aux seuls étrangers. Assumons notre part de responsabilité ! Chaque citoyen a pu jouer un rôle quelconque dans la décadence nationale. Ce catharsis paraît incontournable pour redonner à la nation congolaise la force psychologique nécessaire pour affronter l’adversité.

D’où venons-nous?

Après le discours du 24 avril 1990, il y a eu une rafale d’événements. L’affaire dite du «massacre des étudiants du campus de Lubumbashi» demeure l’élément déclencheur de tout. Les Forces armées zaïroises en général et des éléments de la Division spéciale présidentielle (DSP) en particulier ont été accusés d’avoir «massacré» des étudiants à l’arme blanche. Nombreux sont des Zaïrois d’alors qui avaient menti sciemment en alimentant la presse internationale en fausses informations. «Je sais où se trouvent des charniers», déclarait un célèbre homme politique. Les défenseurs de la thèse d’une tuerie massive n’ont rien fait pour faire éclater la vérité. Vingt années après. Bien au contraire. Il y a comme une sourde volonté d’étouffer ce dossier qui peut être considéré comme le premier acte du processus de déstabilisation du Zaïre-Congo.

Prenant prétexte du «massacre» de Lubumbashi, plusieurs «partenaires traditionnels» du pays ont décidé la suspension en cascade de la coopération avec le Zaïre dont la dépendance au monde extérieur n’était plus un secret. Les Etats-Unis ont, de leur côté, décidé de mettre fin à la coopération militaire amorcée au début des années 60. La fin de Guerre froide oblige ! La Belgique, les Etats-Unis et la France se sont constitués en une «Troïka». But : régenter la vie politique du Zaïre. En sept ans (1990-1997), le pays a vu défiler une dizaine de premiers ministre. En cause, la recherche désespérée, par certains acteurs de la fameuse Troïka, de l’homme politique capable de s’opposer à Mobutu en lui arrachant le contrôle notamment de l’armée et des finances. Mobutu, lui, décide de faire de la résistance.

L’affaire du campus de Lubumbashi a eu le mérite de mettre à nu le manque d’éthique du personnel politique zaïro-congolais. Il y a eu un précédent. En 1963, les partis nationalistes (C’est le cas notamment du MNC-L, du PSA etc.) qui se réclamaient de Patrice Lumumba sont entrés en rébellion armée en créant le CNL (Conseil national de libération), deux ans après l’assassinat de leur chef de file. A l’analyse, il apparaît que c’est la décision du président Joseph Kasa Vubu interdisant les activités de ces formations politiques qui a été l’élément déclencheur de la crise et non l’assassinat du tout premier chef du gouvernement du Congo indépendant.

En «congédiant» ses collaborateurs d’hier avec la fin du parti-Etat, Mobutu s’est tiré plusieurs balles dans les pieds. Il s’est aliéné la sympathie des hommes et des femmes qui n’ont jamais exercé que la fonction de ministre ou celui de PDG. Connaissant l’acteur et le système, ces hommes et femmes sont allés offrir leurs services à l’opposition. La suite est connue. C’est le point de départ du fameux principe dit du «partage équitable et équilibré» défendu à cor et à cri par certains participants à la Conférence nationale souveraine (CNS). Le combat politique ne portait nullement sur des valeurs.

Croyant détruire les «piliers» du régime Mobutu, les Zaïro-Congolais ont au contraire sapé les fondements de l’Etat en stigmatisant les FAZ présentées, à tort, comme étant «l’armée de Mobutu». De 1990 à 1997, l’armée nationale a été présentée comme un repaire d’assassins d’enfants. Délaissés par les gouvernements successifs, les soldats ont été privés d’entraînement et suite d’équipement suite à la mesure d’embargo. Les diplomates n’ont guère été épargnés. «Les ambassades de Mobutu», entendait-on dire. Président du Bureau de la Conférence nationale souveraine, Mgr Laurent Monsengwo, ignorait superbement les représentations diplomatiques de son pays lors de ses voyages à l’étranger.

Du 24 avril 1990 au 16 mai 1997, les Zaïro-Congolais en général et les politiciens en particulier ont été manipulés par des officines étrangères. C’est le cas notamment de la presse locale. Aveuglés par la course au partage équitable et équilibré du pouvoir, le personnel politique a été surpris par l’intrusion de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) dans le jeu politique par la prise du pouvoir le 17 mai 1997.

Deux semaines après avoir accueilli les «libérateurs», les Kinois ont fini par découvrir que derrière Laurent-Désiré Kabila se cachaient, en réalité, des puissances étrangères qui sont les véritables «nouveaux maîtres» du pays. Et ce pour avoir déployé les combattants qui ont fait la guerre d’Uvira à Kinshasa. Il s’agit principalement du Rwanda et de l’Ouganda lesquels n’ont été que des sous-traitants de l’Amérique de Bill Clinton et de la Grande-Bretagne. De là à parler de l’occupation du pays, il n’y a qu’un pas à franchir.

Isolé, LD Kabila rompt, en juillet 1998, avec ses parrains rwandais et ougandais. Le «Mzee» meurt le 16 janvier 2001 dans des circonstances mystérieuses. Il est remplacé, le 26 janvier, dans des conditions tout aussi mystérieuses par un certain Joseph Kabila. Un homme sorti du néant absolu dont le parcours personnel est un des secrets d’Etat les mieux gardés. Tout ce que l’on sait ce que l’homme a porté d’autres patronymes avant d’adopter celui de Kabila. Kanambe, Mtwale, Christopher, Hyppolite sont autant de noms portés jadis par l’actuel chef d’Etat congolais. La RD Congo serait-elle dirigée par un imposteur ?

Etrangement, lors des élections présidentielles de 2006, le président sortant est soutenu à la limite de l’indécence par le «monde occidental». Trois années après la «victoire» de Joseph Kabila, les langues commencent à se délier dans certains milieux européens. On entend dire que «Joseph Kabila n’avait pas remporté l’élection présidentielle.» Certains diplomates européens osent même affirmer, après coup, que Jean-Pierre Bemba avait remporté la présidentielle de 2006 suivi, semble-t-il, par…Pierre Pay Pay et Oscar Kashala. «Joseph» serait arrivé à la quatrième position.

Où allons nous ?

Le 26 janvier prochain, le «raïs» devrait célébrer le 9ème anniversaire de son accession à la magistrature suprême. Son bilan se décline par quelques mots : incompétence, inertie, mensonge, gabegie, misère sociale, impuissance publique à l’Est, mauvaise gouvernance, corruption, violations des droits et libertés. La démocratie se limite à un débat stérile au sein du Parlement. L’homme ne semble animer que par deux soucis : l’enrichissement personnel et l’extension de son pouvoir. Le 15 janvier prochain, le Parlement est convoqué en session extraordinaire. La modification des articles de la Constitution relatifs à la durée du mandat présidentiel ainsi qu’au nombre de mandats consécutifs serait à l’ordre du jour.

Questions : Que sont devenues toutes les personnes physiques et morales qui dénonçaient, à raison d’ailleurs, l’absence de démocratie et les violations des droits et libertés sous le Zaïre de Mobutu ? Pourquoi sont-elles devenues aphones alors que rien n’a changé?

En décidant, «seul face à sa conscience», de renouer avec le Rwanda de Paul Kagame en dépit de l’immense contentieux existant entre les deux pays, Joseph Kabila a jeté le masque derrière lequel il dissimulait son imposture. Il travaille désormais à découvert aux services des intérêts occultes. Il faut bien le reconnaître, l’homme tire sa force de la vénalité des fils et filles de ce pays. Des complices.

En cette année 2010, les Congolais doivent se lever pour conjurer la malédiction qui dure depuis 20 ans. Il s’agit de mettre fin à un pouvoir antinational. Un pouvoir mis en place suite à un complot international dont les tenants ont pris le destin collectif en otage. Il est illusoire d’escompter un quelconque changement par la voie des urnes. Seule une révolution populaire pourrait redonner au Congo-Kinshasa son unité physique et psychologique à l’intérieur, la respectabilité à l’extérieur et sa pleine souveraineté.

Préparons-nous à livrer cette bataille. Patriotique.

Baudouin Amba Wetshi

 
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