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Angola-Rdc: une crise humanitaire se profile Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Une crise humanitaire frappant les dizaines de milliers de personnes expulsées par la République démocratique du Congo (RDC) vers l’Angola voisin commence à surgir.

« La crainte de voir apparaître une situation d’urgence humanitaire et des besoins pour les populations concernées a été confirmée », a déclaré Bohdan Nahajlo, représentant du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), après s’être rendu dans la région touchée, dans le nord de l’Angola, pour procéder à une évaluation.

Les personnes expulsées ont besoin en priorité d’abris, de nourriture, de médicaments et d’installations sanitaires.
Depuis août 2009, les gouvernements d’Angola et de RDC se livrent à une surenchère d’expulsions réciproques : plus de 32 000 Angolais ont été rapatriés dans leur pays, et environ 18 800 citoyens congolais ont été expulsés d'Angola. Suite à des négociations, le 13 octobre à Kinshasa, la capitale congolaise, les deux pays ont accepté de « mettre fin immédiatement aux expulsions des citoyens de leurs Etats respectifs ».
D’après M. Nahajlo, l’aide humanitaire aux déplacés devient une véritable course contre la montre, car l’arrivée imminente de la saison des pluies risque de bloquer les routes menant à Luanda, la capitale angolaise, et on ne peut en outre pas compter sur l’aéroport de M'banza Congo, dans la province du Zaïre, dans le nord de l’Angola, puisqu’il est fermé pour rénovation.

« Les installations sanitaires [dans les centres d’accueil] sont déplorables », a-t-il dit. D’après lui, environ 17 500 Angolais expulsés sont hébergés à Mama Rosa, dans la ville transfrontalière de Luvo.

Trois localités situés près de la ville de Cuimba, à proximité de la frontière entre la région du Zaïre et la RDC, accueillent également des personnes déplacées : elles sont environ 5 000 à Lendi, près de 2 500 à Casileha, et environ 2 600 à Buela, a-t-il précisé.

A Lendi, plus de 5 000 réfugiés ont construit à la hâte des abris précaires, a-t-il dit. « L’eau leur est donnée directement dans des seaux – des cas de diarrhées et de vomissements ont été signalés », a ajouté M. Nahajlo.
 
Cependant, le nombre exact de personnes déplacées vers l’Angola reste inconnu, car il est possible que des Angolais aient fui vers Cabinda, enclave angolaise en RDC connue pour sa richesse en pétrole, ou vers d’autres zones frontalières, a-t-il dit à IRIN.

Une récente évaluation, par l’UNHCR, de la situation des réfugiés angolais en RDC a montré qu’environ 43 000 d’entre eux souhaitaient être rapatriés volontairement, mais « dans cette atmosphère, les réfugiés seront encouragés à rentrer dans leur pays », et l’agence onusienne prévoit une seconde vague de rapatriements touchant environ 50 000 personnes, selon M. Nahajlo.
 
« En plus de répondre aux besoins immédiats d’aide humanitaire et de protection, nous devrions également nous préparer à accueillir un flot continu d’Angolais », qui reviennent dans leur pays, poussés par la peur et par l’espoir de retrouver leur famille en Angola, a-t-il averti.

Les expulsions ont été tellement rapides que certaines personnes ont dû partir depuis leur lieu de travail sans pouvoir en informer leur famille ; en cas de couples mixtes, les citoyens congolais n’ont pas été autorisés à accompagner leur conjoint en Angola, et les familles ont été divisées, les enfants étant répartis entre les deux parents, a-t-il ajouté.

« Un homme m’a raconté qu’on lui avait donné 24 heures pour partir, et qu’il ne pouvait pas joindre sa femme, qui avait quitté la ville pour rendre visite à sa mère malade. Il a fini par partir en laissant sa famille derrière lui », a dit à IRIN Yolanda Ditewig, fonctionnaire chargée de la protection à l’UNHCR, qui a participé à la mission d’évaluation.

Le gouvernement angolais a estimé qu’environ 10 000 tentes – dont la moitié devrait être fournie par l’UNHCR – seraient nécessaires pour abriter les Angolais refoulés.

Pendant la guerre civile en Angola, qui a duré près de trois décennies et pris fin en 2002, la RDC a accueilli plus de 100 000 réfugiés angolais ; depuis lors, des milliers de migrants congolais sans papier – qui ont la réputation d’exploiter illégalement les mines de diamants – travaillent en Angola.

Le flux des expulsions réciproques est devenu un sujet de discorde récurrent entre les deux pays voisins. D’après le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), six vagues d’expulsions ont eu lieu depuis 2003, au cours desquelles 140 000 Congolais ont au total été refoulés d’Angola.

Du côté de la RDC

« Il n’y a pas de structure d’accueil pour [héberger] les personnes refoulées [d’Angola] », a dit Willy Iloma, qui préside une organisation de défense des droits humains et coordonne les ONG (organisations non gouvernementales) dans le territoire de Muanda, à la frontière avec l’Angola, dans l’extrême ouest de la Province du Bas-Congo, en RDC. « Ces personnes sont aujourd’hui dispersées dans des églises et chez des familles d’accueil ; certaines sont repartis pour Kinshasa [capitale de la RDC] et d’autres villes. »

D’après OCHA, dans les territoires de Muanda et de Tshela, on peut distinguer deux groupes : « les personnes forcées à quitter volontairement le pays, qui sont parties suite à des menaces, et celles qui ont été physiquement reconduites à la frontière. La plupart de ces déplacés sont de petits commerçants, ainsi que des femmes et des enfants. Bien que ces personnes refoulées aient des besoins humanitaires, la situation est à présent sous contrôle, et aucune aide n’est requise pour le moment [en RDC]. »

D’après M. Iloma, les Congolais expulsés « ont connu un calvaire, qui a commencé en Angola, lorsqu’ils ont été arrêtés et détenus dans des cellules pendant trois jours. Les femmes ont été violées et les hommes molestés, et leurs biens leur ont été confisqués avant qu’ils ne passent la frontière. Certains se sont mis à mendier ; d’autres ont vendu au marché les quelques objets qu’ils possédaient encore. »

Certaines des femmes qui ont été violées étaient enceintes, a raconté Marie Munzi, une commerçante qui fait partie des citoyens congolais expulsés de l’enclave angolaise de Cabinda. « Certaines femmes ont accouché en route ».

« Les agents de sécurité [angolais] nous ont fouillés, jusque dans les parties intimes. Ils nous ont tout pris. Les femmes ont dû abandonner leurs maris et nous sommes ici, abandonnés, personne ne [prend soin] de nous », a-t-elle dit.

Simon Mbatshi, gouverneur du Bas-Congo, a annoncé que des mesures avaient été prises pour répondre aux besoins humanitaires, par exemple la mise à disposition de camions pour acheminer de l’aide alimentaire dans les zones affectées. D’autre part, « le gouvernement a décidé de vacciner tous les enfants traversant la frontière », a-t-il ajouté.

Irin
 
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