Une autre raison est économico-politique : les pays bénéficiant de l’aide des IFI sont obligés d’appliquer les politiques néo-libérales (libéralisation, dérèglementation et/ou réglementation au profit des multinationales, privatisation, etc.) L’application de ces politiques permet aux pays bénéficiaires des « largesses » des IFI d’être soumis aux diktats des pays impérialistes au sein desquels les mêmes politiques ont marqué leurs limites et sont décriées.
Donc, en acceptant le petit budget de la misère qui sera prochainement voté « par acclamation moyennant quelques modifications » (toute œuvre humaine étant perfectible, nous dira-t-on) sous la supervision des IFI, les gouvernants Congolais actuels optent pour le suicide collectif.
Tenez. Pour la énième fois, ils vont appliquer les programmes d’ajustement structurel. Payer « la dette odieuse » extérieure aura un impact négatif sur les dépenses sociales : la santé, l’éducation, l’emploi, etc. vont en pâtir. Pour dire les choses simplement, payer les médecins, les infirmiers, faciliter l’accès à des soins de qualité, payer les enseignants et les autres fonctionnaires de l’état convenablement, cela ne sera pas possible. Les petites promesses qui seront faites seront démagogiques. Les dés sont pipés.
Les conséquences des choix téléguidés
Quelles seront les conséquences de ces choix téléguidés ? Il y aura de plus en plus de répression policière pour intimider ceux et celles qui chercheront à réclamer « leurs droits », le taux de mortalité ainsi que celui de l’analphabétisme seront en hausse, la corruption s’installera davantage et l’élite compradore s’enrichira aux dépens de nos masses populaires. Pour ces dernières, voir le bout du tunnel risque d’être remise aux calendes grecques si rien n’est fait pour mettre ladite élite hors d’état d’agir.
Une autre conséquence est que le gouffre qui sépare ceux et celles d’entre nous qui ont, tant soit peu une bonne maîtrise du fonctionnement des IFI et nos masses populaires se creuse davantage. Pour une raison simple. L’application des programmes d’ajustement structurel entretient l’analphabétisme et l’ignorance nécessaires à la soumission et à l’à-plaventrisme. Elle réduit les populations qui en subissent les contrecoups au rang de simples sopekatistes, c’est-à-dire au rang des mendiants ayant perdu tout sens de la dignité humaine et n’ayant à la bouche que les verbes « achète pour moi » (sombela ngai), « donne-moi » (pesa ngai) et « partage avec moi » (kabela ngai). La perte de tout sens de la dignité humaine rend nos masses populaires vulnérables. Elles deviennent des proies faciles entre les mains des « jeunes pasteurs » (toutes tendances confondues) avides d’enrichissement facile. Ces derniers opèrent un lavage de cerveau conduisant leurs proies à oublier que le Dieu en qui elles donnent l’impression de croire a créé l’humain (homme et femme) à son image et à sa ressemblance et lui a dit qu’il mangera à la sueur de son front. Et que la gloire de Dieu, c’est l’homme debout ; pas courbé au pied des vendeurs de miracles ou des idolâtres de Mammon.
L’appauvrissement anthropologique (de tout homme et de tout l’homme) exponentiel de nos masses populaires, le gouffre qui se creuse entre elles et leurs élites éveillées dans la compréhension des mécanismes de cet appauvrissement peut retarder le temps de la rupture avec une gestion néo-libérale suicidaire du pays. Mais cela peut aussi constituer une bombe à retardement…
Ils ont dit : « Session budgétaire » ! Non. Il n’y aura rien. C’est une session pour rire…
J.-P. Mbelu