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Qui surveille le "gendarme"? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Lors de la signature de l’accord de cessez-le-feu de Lusaka en juillet 1999, le gouvernement congolais représenté par le président Laurent-Désiré Kabila et les mouvements rebelles qui combattaient la «dérive autoritaire» incarnée par celui-ci, clamaient leur volonté en faveur de l’avènement d’un «nouvel ordre politique».

Il n’est point besoin d’être un politologue pour comprendre que par nouvel ordre politique, les mouvements rebelles entendaient l’avènement d’un système politique différent non seulement de celui de Mobutu Sese Seko mais aussi de «Mzee».

Les «néo-libérateurs» prétendaient avoir pris les armes pour impulser la naissance d’un «Congo nouveau». Un «Congo nouveau» respectueux des valeurs démocratiques dont les pivots demeurent incontestablement la séparation des pouvoirs et la primauté du droit. Un «Congo nouveau» respectueux de la vie et de la dignité de la personne humaine et des droits et libertés.

Les négociations politiques organisées à Sun City, en Afrique du Sud, en décembre 2002, étaient donc porteuses d’espoir d’un renouveau.

Dès le lendemain de l’installation des institutions de la transition, fin juin 2003, il est apparu que les composantes politiques participant à la gestion du pays se souciaient plus du «partage équitable et équilibré du pouvoir» (gouvernement, territoriale, administration publique, entreprises et établissements publics, ambassades) que d’impulser la mise en place des mécanismes permettant au «pouvoir d’arrêter le pouvoir» au grand profit des droits et libertés. Le premier alinéa de l’article 64 de la Constitution ne prescrit-il pas : «Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. (…).» ?

Trois années après les élections générales de 2006, le constat est là : le renouveau tant attendu ne s’est pas matérialisé. Le président de la République continue à exercer un pouvoir omnipotent en violation de la Loi fondamentale qui régit le pays. Un pouvoir dictatorial.

La RD Congo a fait un grand bond en arrière en matière de bonne gouvernance et des droits et libertés. La bonne gouvernance d’abord. Le gouvernement ne gouverne plus. Le président de la République, politiquement irresponsable, gère au quotidien le pays au point de s’arroger le titre d’ordonnateur des dépenses du trésor public. Des contrats importants sont conclus au niveau de la Présidence de la République dans une totale opacité. Il en est de même en matière de politique étrangère. L’accord signé entre Joseph Kabila et son homologue Paul Kagame en décembre dernier échappe au contrôle démocratique du Parlement congolais sous prétexte de «secret militaire». Il en est de même de la convention signée avec la firme française Areva sur la recherche et l’exploitation de l’uranium sur l’ensemble du territoire national soit quatre fois la superficie de la France.

En matière des droits et libertés, l’indépendance du Pouvoir judiciaire n’est plus qu’un slogan creux. Le chef de l’Etat nomme, révoque et met à la retraite les magistrats tant du siège que du parquet. Et ce, au mépris de l’avis du Conseil supérieur de la magistrature. L’appareil judiciaire est ainsi inféodé au pouvoir exécutif au point que le président de la République se permet de donner des injonctions à la Cour suprême de justice. Grâce à l’AMP (Alliance pour la majorité présidentielle), le «raïs» et ses partisans détiennent la majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Outre le gouvernement, le Parlement et l’appareil judiciaire, Joseph Kabila a la haute main sur les forces dites de sécurité. A savoir : l’armée, la garde présidentielle, la police nationale et ses branches spécialisées, les services de renseignements civils et militaires etc.

Au total, le pouvoir d’Etat en République démocratique du Congo est détenu par un despote non-éclairé qui règne grâce à la terreur. Un despote qui s’est arrogé le droit de vie et de mort sur ses concitoyens. La police et les services dits de sécurité peuvent arrêter quiconque sans motif. La remise en liberté a lieu dans les mêmes conditions. Les «services» n’ont des comptes à rendre qu’au «raïs» qui joue le rôle de «gendarme». L’unique gendarme d’un Etat congolais en plein chaos.

Tétanisés, les Congolais regardent et laissent faire. Questions: Qu’attendent les Congolais pour clamer à haute voix tout le mal qu’ils pensent de cette dérive autocratique? Attendent-ils de réagir seulement lorsque Kabila va faire modifier la Constitution pour s’arroger le titre de président du Conseil supérieur de la magistrature? Attendent-ils de réagir lorsque Kabila va faire amender l’article 70 de la Constitution en vue de s’octroyer une présidence à vie?

Questions finales : Qui surveille le gendarme Joseph Kabila? A quelle instance rendrait-il compte ? Le combat démocratique mené par les Zaïro-Congolais depuis le 24 avril 1990 n’avait-il pour but final que de remplacer un tyran par un autre?

Ce combat n’avait-il pas pour objectif de changer les conditions sociales de la population et de changer la société?

B. Amba Wetshi

 
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