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Le cellulaire est-il la source des 12 ans de guerre et des trois millions de morts en République démocratique du Congo? Bien sûr que non, mais sans le coltan il n’y aurait pas de téléphone portable, et ce minerai se retrouve à 80 % dans l’ex-Zaïre. À quoi sert-il? Placé dans les condensateurs des sans-fil, il régule leur tension électrique. Le précieux coltan fait partie de tous ces «minerais de sang» dont la RDC regorge et pour lesquels l’on se bat bec et ongles afin d’alimenter la quincaillerie à haute technologie de l’Occident. Qui sont les prédateurs des richesses congolaises? Les nombreuses bandes dilapidant sans vergogne les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où se trouvent tous ces minerais stratégiques. Mais les véritables coupables sont leurs clients : les multinationales.
Soixante pour cent des sociétés minières mondiales sont cotées à la Bourse de Toronto. L’épargne de millions de Canadiens dépend de la bonne santé de ces sociétés. Un certain nombre d’entre elles s’approvisionnent au Congo. Elles ferment les yeux, par exemple, sur les viols utilisés comme «armes de guerre» par tout Congolais portant un uniforme. Près de 3 500 femmes ont ainsi été violées depuis janvier. La visite cette semaine à Goma, la capitale du Nord-Kivu, de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton permettra de jeter une lumière crue sur cette actualité oubliée.
Les exactions de toutes sortes sont bien souvent commisses par les descendants de Hutus et de Tutsis. Le Rwanda, où il y a 15 ans 800 000 personnes ont été massacrées en 100 jours, est tout proche.
Une grande partie du carnage congolais s’explique par cette guerre entre «frères ennemis» qui prend racine dans le pays de leurs parents venus s’installer dans l’ancienne colonie belge au début du siècle dernier. Hutus et Tutsis ont toujours été à couteaux tirés, et quand des milliers de génocidaires rwandais trouvèrent refuge avec leurs machettes dans le Nord et le Sud-Kivu, ce fut la poursuite de la guerre civile rwandaise sur le sol congolais. Le volcan a explosé. Ses laves ont touché tout le Congo et retenu l’attention de John Le Carré. Dans Chant de la Mission (2007), le maître du roman d’espionnage tente de débroussailler la complexité du drame congolais. Il y arrive, mais la réalité de cette guerre de minéraux sur toile de fond «ethnique» est loin d’être de la fiction dans cette Afrique où les causes profondes de ses convulsions sont souvent oubliées. Le monde sous la loupe d'Antoine Char
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