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La bonne gouvernance Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Dans son allocution prononcée le 11 juillet dernier devant le Parlement ghanéen à Accra, le président américain Barack Obama déclarait notamment que «la bonne gouvernance constitue le changement qui peut débloquer le potentiel de l’Afrique».

De passage à Nairobi, au Kenya, le 5 août, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Rodham Clinton a enfoncé le clou en rappelant que la «bonne gouvernance» est une «condition indispensable» au développement économique du continent. Selon elle, le respect des règles institutionnelles et démocratiques et la lutte contre la corruption constituent les préalables.

Dans sa correspondance datée 20 juillet adressée aux présidents des deux Chambres du Parlement congolais ainsi qu’au Premier ministre, Joseph Kabila se réfère à «l’assainissements» qu’il a, semble-t-il, amorcé dans l’appareil judiciaire et «demande» aux trois responsables politiques de «relayer cet élan de restauration» notamment de la «bonne gouvernance» au sein de leurs institutions.

La bonne gouvernance est une notion assez vaste. Pour certains, elle est la condition du développement économique et social. Pour d’autres, elle en est la conséquence.

En tous cas la bonne gouvernance dont parlent Barack Obama et Hillary Rodham Clinton est indissociable avec quelques principes essentiels de la gestion des affaires publiques. A savoir : la transparence, l’Etat de droit, une administration efficace, la lutte contre la pauvreté, la lutte contre la corruption, la lutte contre l’impunité. La liste est loin d’être exhaustive.

La transparence ou la clarté. Les dirigeants africains en général et congolais en particulier ont la fâcheuse manie d’entourer la gestion de la Cité d’une opacité absolue. C’est à croire qu’il s’agit des affaires privées. On l’a vu en RD Congo dans le cas des contrats miniers qualifiés aujourd’hui de «léonins». Des contrats passés sans appel d’offres en violation du Code minier. C’est le cas également du contrat RD Congo-Areva sur la recherche et l’exploitation de l’uranium sur l’ensemble du territoire congolais. Inutile d’épingler l’accord signé en décembre dernier entre le Congo-Kinshasa et le Rwanda. Sous prétexte de «secret militaire», le contenu de cette convention n’est connu que de Joseph Kabila et de quelques membres, triés sur le volet, de son entourage. C’est à croire que l’institution «Président de la République» détient le monopole du patriotisme. Alors que la République compte quatre institutions conformément à l’article 68 de la Constitution. Outre le président de la République, il y a : le Parlement, le gouvernement et les Cours et Tribunaux. Ces institutions sont, en effet, les dépositaires des secrets d’Etat.

L’Etat de droit. Il s’agit d’un Etat où les autorités politiques et administratives conforment leurs actes au droit positif. La légalité. Il s’agit, pour ces autorités, de se soumettre non seulement aux lois nationales (Constitution, lois, règlements) mais aussi aux conventions internationales (traités, conventions etc). C’est la primauté du droit. Il y a violation de ce principe, lorsque par exemple le chef de l’Etat congolais se croit en droit de nommer des magistrats du parquet et du siège sans l’avis du Conseil supérieur de la magistrature. Ou en encore de procéder à des révocations dans l’administration publique sans observer certaines conditions de forme dont le respect du droit de la défense. Il en est de même lorsque le même chef de l’Etat donne des injonctions à un juge de la Cour suprême de justice afin d’obtenir le «règlement rapide» d’une affaire judiciaire. Il s’agit d’une démarche inconstitutionnelle. L’absence d’Etat de droit est source d’insécurité juridique et judiciaire.

Une administration efficace. A l’heure du management, une administration efficace est avant tout un organisme animé par des hommes compétents et motivés travaillant sur base des objectifs à court, moyen et long terme clairement définis. La réalisation de ces objectifs est évaluée périodiquement. L’impact au niveau du bien -être de la population sert de mesure. Une administration efficace fait l’éloge de l’obligation de résultat consistant à placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. La tribalisation des fonctions publiques, la clochardisation des fonctionnaires, la vétusté de l’outil de travail et la disparition de la sanction (positive ou négative) retardent l’avènement d’une administration efficace en RD Congo.

Lutte contre la pauvreté. Plus de 70% des Congolais n’ont pas accès à l’eau courante et à l’électricité. Encore moins à des soins de santé primaire. Point n’est besoin de parler des millions de citoyens qui ne savent ni lire ni écrire à quelques mois de la célébration du 50 ème anniversaire de l’accession du Congo à l’indépendance. Au lieu d’investir dans le changement des conditions sociales de la population, les dirigeants africains en général et congolais en particulier privilégient les secteurs sécuritaires et politiques. La part du budget de l’Etat consacré au développement humain et économique est dérisoire.

Lutte contre la corruption. «Moyens que l’on emploie pour faire agir quelqu’un contre son devoir ; sa conscience». C’est la définition la plus classique du vocable «corruption». Pour les experts de la Banque mondiale, il y a corruption lorsqu’on se sert d‘une fonction publique pour bâtir une fortune. L’utilisation du pouvoir politique ou administratif en dehors de son but légal pour procurer des avantages en argent ou en nature aux siens n’est pas moins de la corruption. Il va sans dire que lorsque Joseph Kabila octroie un million de dollar à l’Ong «Parec» pour mener l’opération «Arme contre 100 USD», il se place dans la position d’un «corrompu». L’association «Parec» est un groupement dirigé par Daniel Mulunda Ngoy qui n’est autre que le «conseiller spirituel» du «raïs». Il en est de même lorsque l’homme d’affaires Georges Arthur Forrest finance les activités du parti présidentiel au Katanga.

Lutte contre l’impunité.Il s’agit de promouvoir une Justice indépendante. Une justice capable de sanctionner toute violation de la loi. En incorporant, dans l’armée nationale, les anciens combattants de certains groupes armés suspectés d’avoir commis des atrocités, les décideurs politiques font l’éloge de l’impunité. Le refus de Joseph Kabila de faire transférer à la CPI (Cour pénale internationale) l’ancien chef militaire du CNDP Bosco Ntaganda participe à cette impunité.

Les dirigeants africains en général et congolais en particulier ont du chemin à faire pour que la bonne gouvernance claironnée sous les tropiques devienne une réalité. Un mode de vie.

B. Amba Wetshi

 
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