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«Campagne anti-congolaise» Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Le pouvoir d’Etat rendrait-il son détenteur sourd, aveugle et amnésique?

Lors du point de presse qu’il a animé le mardi 28 juillet à Kinshasa, le ministre congolais de la Communication et des médias, Lambert Mende Omalanga, a joué à fond la carte de la «victimisation». Il a dénoncé ce qu’il appelle «la campagne anti-congolaise». Une campagne menée, selon lui, par des organisations non gouvernementales internationales. A savoir : la FIDH (Fédération internationales des ligues des droits de l’Homme), Global Witness et Human Right Watch.

Ces trois organisations ont publié des rapports faisant état de violations massives des droits humains non seulement par les forces de sécurité mais aussi par les soldats déployés dans la partie orientale de la RD Congo. Pour Mende, un ancien opposant au régime de Mobutu Sese Seko, les trois rapports sont «fallacieux» et «complaisants». Ils constituent une «affabulation délibérée orchestrée pour vilipender les institutions issues des urnes». Aussi, les assimile-t-il à des «appels au lynchage du gouvernement» congolais. Pour lui, «l’objectif visé par ces ONG, (…), est plus financier et politicien qu’altruiste et humanitaire». Pathétique.

Dieu seul sait combien cet homme politique raffolait de ce genre d’enquêtes à l’époque où il militait dans les rangs de l’opposition.

Le discours du ministre Mende pèche par son anachronisme. On se croirait à l’époque flamboyante du MPR parti-Etat où l’éloquence était assimilée à la compétence. A l’efficacité. Les propos de ce membre du gouvernement ont néanmoins le mérite de confirmer l’incapacité congénitale des opposants politiques, parvenus au pouvoir, à tirer les leçons de l’Histoire en évitant de commettre les erreurs reprochées jadis aux tenants de «l’ordre ancien». L’histoire du Congo-Zaïre de ces deux dernières décennies en témoigne.

Lorsque le maréchal Mobutu Sese Seko annonce, le 24 avril 1990, la restauration du pluralisme politique et son rôle «d’arbitre», plusieurs acteurs politiques ont manifesté leur opposition. Motif : le chef d’Etat zaïrois pourrait constituer un «obstacle à la démocratisation» du pays. L’idée est relayée par des médias internationaux mais aussi par des organisations de défense des droits de l’Homme. C’est le cas notamment de la section belge d’Amnesty International. L’affaire dite du «massacre» des étudiants du campus de Lubumbashi est tombée comme du pain bénit pour les opposants dits radicaux. Il faut être malhonnête pour affirmer que le Zaïre de Mobutu était une sorte de «Club Med» pour les droits et libertés. Cette lacune a été exploitée à fond par les anti-mobutistes. C’était de bonne guerre.

Quelques exemples en guise d’illustration.

Dans une lettre, datée 12 août 1992, adressée à plusieurs dirigeants occidentaux, Gaétan Kakudji, secrétaire général adjoint du parti de la révolution populaire (PRP), chargé des Relations internationales, écrit notamment : «(…), il ressort des témoignages dignes de foi que Monsieur Mobutu dispose d’une milice hyper entraînée et fanatisée dont il compte se servir pour son maintien au pouvoir à tout prix.» Et d’ajouter : «Comment croire dans ces conditions à une véritable démocratisation ? (…), Alors qu’il est suffisamment établi que le maintien, même temporaire ou partiel du pouvoir mobutiste constitue un obstacle majeur pour une démocratisation véritable au Congo-Kinshasa.» Kakudji de conclure : « (…), le régime actuel persiste dans la répression sanglante de véritables opposants alors qu’il prétend instaurer la démocratie.»

Le 23 juillet 1992, participant aux «cours d’été» de l’université de Madrid, Laurent-Désiré Kabila dénonce notamment le «pillage des ressources minières» et «l’enrichissement scandaleux du chef de l’Etat et de ses acolytes». Sans oublier de relever au passage l’existence d’une «garde prétorienne dont le sort est lié à celui du dictateur.» Il déclare à l’assistance sa volonté d’instaurer une «véritable rupture avec le régime en place». Et de conclure : «(…), le principal obstacle à la démocratisation du Congo reste la présence de Mobutu lui-même à la tête de l’Etat.»

Lors de la création de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) en octobre 1996, LD Kabila annonce les objectifs de ce mouvement : abattre la dictature mobutiste, achever le processus démocratique et instaurer l’Etat de droit.

Il faut dire que fin octobre 1996, le Rapporteur spécial pour les droits de l’Homme au Zaïre, Robert Garreton, venait de sortir un rapport qualifié d’«accablant» sur l’état des droits et libertés au Zaïre. «La torture, les exécutions sommaires, la détention arbitraire et les mauvais traitements se poursuivent au Zaïre et sont favorisés par l’impunité», écrivait Garreton. Ce rapport a été accueilli par les futurs «libérateurs» du 17 mai 1997 comme un argument providentiel à l’appui de leur «lutte».

Le 17 mai 1997, LD Kabila prend le pouvoir à Kinshasa. L’homme s’empresse de suspendre le processus de démocratisation ainsi que les activités des partis politiques. Plusieurs opposants politiques sont privés de liberté. C’est le cas notamment d’Etienne Tshisekedi (UDPS), d’Arthur Z’Ahidi Ngoma (Forces du Futur) et de Joseph Olenghankoy (Fonus). La promesse d’instauration d’un Etat de droit n’a pas été tenue. Arrestations et détentions arbitraires, exécutions extrajudiciaires, spoliation sont devenues des faits divers de la vie quotidienne. Comme Mobutu hier, le nouveau chef de l’Etat possède sa «garde prétorienne», les fameux «PPU» ou «GSSP». Les «services» sont légion : ANR (Agence nationale de renseignements), Demiap (Renseignements militaires), Conseil de sécurité d’Etat. Des cachots secrets voient le jour. Deux noms font frémir : «Kin Mazière» et «GLM». Sans omettre les camps Tshatshi et Kibomango. Des lieux présentés comme des centres de tortures.

Le 16 janvier 2001, LD Kabila disparaît. Le 26 janvier Joseph Kabila est investi en qualité de président de la République. Friands d’humour noir, la classe politique congolaise de clamer : «L’emballage a été changé mais le contenu de la bouteille reste le même». Les violations des droits humains n’ont pas cessé. Bien au contraire. Après sa «victoire» à l’élection présidentielle de 2006, Joseph Kabila, annonce dans une interview au quotidien «Le Soir» daté 17 novembre 2006, sa volonté de «remettre de l’ordre». La suite est connue avec notamment le double massacre des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo. Bilan : plusieurs centaines de tués. Il y a aussi les affrontements entre les éléments de la garde présidentielle et les militaires chargés de la garde rapprochée de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba. Les ambassadeurs de l’Union européenne avancent un bilan de 600 morts. La liste n’est pas exhaustive.

En avril 2008, la Commission des droits de l’Homme de l’Onu propose l’envoi d’un Rapporteur spécial en matière des droits humains en RD Congo. Joseph Kabila s’y oppose. Il obtient gain de cause grâce au soutien du groupe des Etats africains. Dans une interview accordée au quotidien «Le Soir», «Joseph» ironise sur la question : «Un rapporteur spécial ici ? Mais pourquoi chez nous et pas dans d’autres pays d’Afrique ? La situation est-elle tellement grave ici qu’il faut que quelqu’un soit toujours là à observer, à surveiller ?» Et d’ajouter sous forme de boutade : «Je me considère comme le premier défenseur des droits de l’homme.»

Justement les rapports publiés par les organisations internationales précitées constituent une bruyante sonnette d’alarme sur la gravité de la situation. Pour ne citer que les conclusions de la FIDH, on peut lire notamment : «Les libertés de manifestation et de réunion sont en effet constamment bafouées» ; «(…), pratique systématique de la torture» ; « (…), les militants politiques ne sont plus en mesure aujourd’hui de mener leurs activités ou tout simplement d’émettre publiquement une opinion sans craindre de subir les pires sévices dans les mains des forces de sécurité» ; «Il est légitime de se demander comment, dans ces circonstances, les candidats aux élections locales prévues en 2010 pourront mener une campagne électorale sans crainte pour leur intégrité physique et psychologique.»

Le 17 mai 1997, les Zaïrois, rebaptisés Congolais, avaient exulté à l’entrée des «libérateurs» dans la capitale croyant assister à l’avènement d’une révolution avec un grand «R». En fait, il ne s’agissait que d’un coup d’Etat dans la mesure où la dictature de Mobutu a été remplacée par celle des Kabila père et fils. A preuve, «Zing Zong» et «Roi de bêtes» décriés sous le Zaïre de Mobutu ont été remplacés au «Congo libéré» des Kabila par Kalev Mutond, John Numbi et Raus Chalwe.

Les Congolais restent plus que jamais demandeurs d’une Révolution pour faire triompher leurs aspirations au bien-être, à la liberté, à la justice et à la démocratie. Il va sans dire que seule une Révolution peut générer une rupture avec l’ordre ancien. Seule une révolution peut instaurer un ordre politique nouveau, respectueux de la vie et de la dignité de la personne humaine. Seule une Révolution peut sortir le pays de la prédation et créer des richesses profitables à tous.

Il appartient aux Congolais à se soulever contre l’ordre établi. Un ordre inique. C’est le prix à payer pour achever la Révolution inachevée du 17 mai 1997.

Peut-on franchement parler de «campagne anti-congolaise» ?

Baudouin Amba Wetshi

 
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