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Joseph Kabila et la politique-spectacle |
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«Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend absolument fou», dit un adage cher aux politologues. Tout Kinshasa médiatique ne parle que d’un sujet. Il s’agit d’une «lettre circulaire» que le «raïs» Joseph Kabila – lequel ne fait plus mystère de sa volonté de déstabiliser les institutions nationales – vient d’adresser au président de l’Assemblée nationale, le PPRD Evariste Boshab, ainsi qu’au président du Sénat Léon Kengo wa Dondo. Le Premier ministre Adolphe Muzito a reçu le même pli.
Au regard du tintamarre que la presse kinoise fait sur le contenu de la «dépêche» présidentielle - alors que les augustes destinataires de celle-ci étaient encore entrain de décacheter leurs enveloppes, on peut gager que l’expéditeur a soigneusement orchestré une fuite afin que la terre entière soit au courant de l’objet de sa démarche. De la pure politique spectacle pour détourner l’attention de la population congolaise des véritables enjeux qui se déroulent dans les provinces du Kivu et la Province orientale. Des régions en passe de passer sous la tutelle de certains Etats voisins bien connus avec la complicité active du numéro un Congolais.
Que dit le «raïs» dans sa correspondance ? Selon certains confrères kinois, une semaine après avoir donné son fameux «coup de balai» dans la magistrature dans le cadre de ce qu’il faut bien appeler le «nouveau chantier» de la «bonne gouvernance» et de la «lutte contre l’impunité», Kabila a demandé aux animateurs des institutions précitées de suivre son «exemple» en adoptant «une politique de tolérance zéro contre les auteurs des anti-valeurs» dans leurs secteurs d’activités. Le «raïs» de conclure qu’il «compte sur un prompt engagement patriotique» des présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale et du chef du gouvernement. Quelle duplicité !
Depuis qu’il est arrivé à mi-parcours de son mandat, Joseph Kabila donne l’impression d’un individu qui a perdu la raison au point d’oublier que la République «démocratique» du Congo est un Etat régi par une Constitution et des lois. Et que pour être valide, les actes posés par les autorités politiques et administratives doivent être conformes à la légalité.
La démarche présidentielle constitue-t-elle une injonction ? Si la réponse est affirmative, il importe de poser une seconde question : quelle est la base juridique qui confère à l’institution «Président de la République» le pouvoir de donner des directives aux animateurs des trois autres institutions de la République ? Les sophistes tapis dans les rangs du PPRD invoqueront sans aucun doute le troisième alinéa de l’article 69 de la Constitution lequel stipule notamment que le président de la République «assure par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions ainsi que la continuité. (…).»
S’il est vrai que la séparation des pouvoirs n’interdit nullement une collaboration entre les pouvoirs, la démarche présidentielle n’a aucun fondement. En fait comme en droit. Il s’agit bel et bien d’une injonction constitutive de violation de la Constitution. C’est un nouveau coup de force constitutionnel qui disqualifie Joseph Kabila.
Sans être naïf, on ose espérer que les animateurs de ces trois institutions auront le courage politique de dire «Non» ! Ceux d’entre eux qui auront la lâcheté de courber l’échine devant un «raïs» devenu fou de son pouvoir, s’exposent à un sévère jugement de l’Histoire. B. Amba Wetshi |