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Que peut-on attendre de la «conférence des gouverneurs de province» convoquée par Joseph Kabila du mercredi 24 au jeudi 25 juin à Kisangani? La réponse risque de se résumer en un mot à quatre lettres : Rien. L’ordonnance présidentielle N° 09/043 met, en effet, à nu la «banalité» des matières devant faire l’objet du débat. « (…) l’ordre du jour de la session comprend les matières relevant des dispositions de l’article 200 de la Constitution ainsi que des articles 6 et 13 de la Loi organique n° 08/015 du 07 octobre 2008 portant modalités d’organisation et de fonctionnement de la Conférence des gouverneurs», apprend-on. C’est tout simplement lamentable.
L’Etat en tant que pouvoir politique n’a qu’une mission fondamentale : résoudre les problèmes inhérents à la vie collective. Objectif : changer les conditions sociales de la population dans le sens de l’amélioration constante de la qualité de la vie. Il faut espérer qu’une réunion préparatoire regroupant des «experts», venus de chacune des provinces, a pu précéder cette rencontre «au sommet». Histoire de déblayer le terrain en diagnostiquant, par un inventaire sans concession, les maux dont souffre chaque Région. Dans le cas contraire, la réunion prévue à «Boyoma singa mwambe» ne sera qu’un rendez-vous mondain au cours duquel les plus hauts responsables du pays vont se livrer à leur jeu favori. Un jeu qui consiste à faire semblant d’administrer le territoire national. Le tout devant se terminer par un repas gargantuesque.
La Province Orientale qui accueille le chef de l’Etat et les gouverneurs de province s’étend sur une superficie de plus de 500.000 km² soit autant que la France. Le budget annuel de cette région de près de 10 millions d’habitants atteint difficilement 5 millions USD. Les 40% des recettes à rétrocéder aux pouvoirs locaux continuent à poser problème trois années après les élections générales de 2006. Peut-on dans ces conditions exiger aux collectivités locales de jouer le rôle d’agent de développement économique et humain ? Comparaison n’est pas raison. La ville de Bruxelles - à ne pas confondre avec la Région Bruxelles Capitale -, habitée par 142.730 âmes sur une superficie de 32,6 km², dispose d’un budget estimé à plus de 500 millions d’euros.
Il est temps que les autorités nationales et provinciales se départissent de la médiocrité ambiante pour commencer enfin à gouverner et à administrer le pays ; à répondre aux aspirations de la population. Y en a marre de la politique spectacle. Depuis huit ans, les citoyens de ce pays attendent en vain que le chef de l’Etat se comporte en modèle de référence. C’est à lui que revient la charge de montrer le chemin par un comportement vertueux. Que constate-t-on ? Depuis l’organisation des élections générales de 2006, la RD Congo est déstabilisée de l’intérieur et de l’extérieur. L’Etat s’est embourbé dans des intrigues politiciennes de bas étage. A Kinshasa, le «raïs» a fait décapiter l’Assemblée nationale au nom de l’«accord secret» signé avec le Rwanda de Paul Kagame. Il apparaît que le gouvernement est la prochaine cible. Pire, la Présidence de la République a fini par phagocyter l’appareil judiciaire. Celui-ci est devenu atone au point qu’il n’ose ni veiller au respect de la loi, encore moins à sanctionner les infractions aux textes légaux. Assujettis, les magistrats n’osent pas prendre la moindre initiative. Ils attendent sans doute des «injonctions positives» de la part de la «haute hiérarchie».
L’exemple venant du haut, la situation politique en provinces est à l’image de la capitale. On assiste à un usage abusif de la motion de défiance. Plusieurs gouverneurs ont vacillé de leur piédestal. Il en est de même de quelques présidents des assemblées provinciales. En cause : une course stérile au pouvoir. Le «raïs» est loin de se comporter en arbitre. Bien au contraire. Il semble prendre plaisir à souffler sur les braises. L’attitude adoptée par le numéro un Congolais en ce qui concerne la Province de l’Equateur est révélatrice de cet état d’esprit. Cette région est l’unique entité dirigée par l’opposition. Sur ordre de la «haute hiérarchie», le gouverneur en titre de l’Equateur a été interdit de quitter Kinshasa pour rejoindre Mbandaka. Un excès de pouvoir inqualifiable au tant qu’une atteinte à la liberté individuelle d’aller et de venir.
Qu’en est-il de la sécurité des personnes et des biens ? La situation est chaotique dans toute la partie orientale. Nul ne sait plus qui exerce le pouvoir effectif dans les deux provinces du Kivu. Est-ce Kinshasa ? Est-ce Kigali? C’est le flou total. Les troupes déployées dans les deux Kivu sont placées sous les ordres des officiers notoirement incompétents et mauvais gestionnaires des soldes des militaires. La situation est quasi identique dans la Province Orientale où les rebelles ougandais de la LRA et les fameux «éleveurs» Mbororo narguent les pouvoirs publics congolais et sèment la terreur au sein de la population. Une population abandonnée à son triste sort. L’intégrité physique des provinces de Bandundu et du Bas-Congo est menacée par l’Angola de José Edouardo dos Santos. Le régime de Luanda cache à peine ses appétits expansionnistes.
Joseph Kabila dispose-t-il franchement des ressources morales et intellectuelles pour redonner à la RD Congo la respectabilité à l’extérieur et à chaque Congolais le sentiment d’appartenance à cette grande nation? B. Amba Wetshi |