|
 Il ne fait plus l’ombre d’un doute : Joseph Kabila est candidat à sa propre succession. La nouvelle n’est pas encore officielle mais l’homme et son entourage n’en pensent pas moins.
Il y a quelques jours, une dépêche de la très officielle Agence congolaise de presse (ACP) rapportait qu’une association, inconnue jusque là, dénommée «Objectif 2011» avait organisé, dans une localité de la province du Kasaï oriental, un «colloque» au cours duquel la question de la réélection du «raïs» a été évoquée. Le fait que l’ACP rapporte un "événement" aussi anodin, survenu dans l’arrière-pays, confère à celui-ci le caractère d’un fait politique.
Questions : Joseph Kabila veut rempiler, pour quoi faire ? Quelle est son ambition pour le Congo démocratique ? La présence du "rais" à la tête de l’Etat après 2011 n’équivaut-il pas à condamner ce pays à l’immobilisme et à la médiocrité? Lors de l’élection présidentielle de 2006, le «raïs» avait battu campagne sur un seul thème : «L’artisan de la paix». Il sollicitait le suffrage populaire, disait-il, pour achever l’œuvre de pacification du pays. Trois années après, le bilan est désastreux. Les conditions sociales de la population ne cessent de se dégrader. L’eau potable, l’électricité, les soins de santé et l’éducation sont loin de faire partie des priorités d’un pouvoir politique qui ignore manifestement que l’homme est la finalité de l’Etat. La sécurité des personnes et des biens n’est pas assurée.
La paix. Quelle paix ? Les groupes armés locaux et étrangers continuent à imposer leur loi dans les deux provinces du Kivu et dans la Province orientale. Les FDLR, les rebelles ougandais de la LRA et les "éleveurs" Mbororo terrorisent les Congolais dans leur propre pays. L’autorité de l’Etat est inexistante là où l’on a besoin d’elle. Les miliciens hutu rwandais des FDLR sont en passe de prendre le contrôle d’une portion du territoire national. C’est le cas notamment à Walikale. Viol, meurtre, pillage, pleurs sont devenus des faits divers de la vie quotidienne de la population de la partie orientale du pays. L’Etat affiche allègrement son impuissance. Manque de moyens ou de volonté politique?
Au moment où nous couchons ces lignes, des dépêches d’agences indiquent que des soldats des FARDC déployés dans le Kivu sont impayés depuis plusieurs mois. Pour manifester leur mauvaise humeur, ces militaires ont, lundi 15 juin, tiré plusieurs balles en direction d’une base de Casques bleus dans la localité de Pinga au Nord Kivu. D’autres soldats ont provoqué la panique mardi 16 juin à Ngora près de Walikale. Les responsables de la Mission de l’Onu au Congo ne cessent de clamer à basse voix, comme l’a fait le lieutenant-colonel Dietrich, que "le non-paiement des soldats sur le front nous cause beaucoup de soucis. Il faut résoudre ce problème d’une façon rapide".
A quelques deux années de la fin de la législature, il est clair que l’artisan de la paix a raté son pari. L’échec lamentable.
Quel sera, dès lors, le nouveau thème de campagne de Joseph Kabila pour la présidentielle de 2011 ? La réponse paraît évidence. L’homme va sans doute demander au corps électoral de lui accorder un nouveau bail de cinq ans afin …de terminer les fameux «Cinq chantiers» qui se limitent jusqu’ici à la réfection de quelques artères de la capitale. Les autoroutes promises se font toujours attendre. Il en est de même des hôpitaux et écoles.
Nombreux sont les Congolais qui ignorent que Kabila n’a jamais présenté un véritable projet politique ou programme de gouvernement. Le débat prévu entre le président-candidat et son challenger Jean-Pierre Bemba a été annulé in extremis pour des raisons non élucidées à ce jour. Les électeurs n’ont pas eu la possibilité de faire un choix éclairé en comparant projet contre projet. Les citoyens congolais ont ainsi donné un "chèque en blanc" à un marchand du vent qui n’a dit un seul mot sur ce qu’il comptait faire du pouvoir d’Etat lui confié. Les résultats sont là. Un désastre général.
Il est clair que les cinq chantiers n’ont été qu’un puéril slogan post-campagne électorale pour endormir la population. C’est une escroquerie politique. En fait, le "raïs" n’a jamais eu un grand dessein pour la RD Congo. A preuve, il s’est révélé incapable de doter chaque Congolais d’un élément fondamental de la citoyenneté. A savoir : une «simple» pièce d’identité. Qui ne peut le moins…
Joseph Kabila doit avoir l’humilité de reconnaître qu’il ne jouit guère des compétences requises pour prétendre à une si lourde charge. Il doit arrêter de faire planer le doute sur ses ambitions pour 2011.
A défaut, le «raïs» doit être considéré comme le «verrou» à faire sauter pour sauver la grande Nation congolaise. B. Amba Wetshi |