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C’est désormais officiel : Omar Bongo est mort ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Le président du sénat gabonais est constitutionnellement chargé d’assurer l’intérim du chef de l’Etat et d’organiser les élections dans un délai de trente à quarante-cinq jours au plus tard. La gestion chaotique de la communication sur la santé du numéro un gabonais n’est pas sans rappeler le mystère qui a entouré la mort non élucidée à ce jour du président Laurent-Désiré Kabila. Le cas gabonais pose le problème du secret qui entoure l’état de santé des potentats africains autant que la gestion de la communication en temps de crise.

Un mois après le décès de son épouse Edith-Lucie, née Sassou Nguesso, le président gabonais Omar Bongo Ondimba, 73 ans, est décédé lundi 8 juin en début d’après-midi dans une clinique à Barcelone. On imagine les commentaires en sens divers qui vont fuser dans les milieux bantous de l’Afrique centrale. La nouvelle du décès a été confirmée par un communiqué remis à la presse par le Premier ministre gabonais. En personne. "C’est à 14h30 que l’équipe médicale m’a informé, ainsi que les officiels et membres de la famille présents, que le président de la République, chef de l’Etat, Omar Bongo Ondimba, venait de rendre l’âme des suites d’un arrêt cardiaque", précise le communiqué du Premier ministre Jean Eyeghe Ndong. Quelques heures auparavant, celui-ci démentait l’annonce faite dans ce sens par le site Internet de l’hebdomadaire français «Le Point», relayé par son confrère «L’Express». Sans douter que les dirigeants du pays devaient procéder aux «derniers réglages» avant l’annonce de cette nouvelle dans les médias du pays. Sait-on jamais.


«La France perd un ami»

Passé colonial oblige, le monde politique français a été le premier à dire son «émotion» et à saluer la disparition de l’«ami». "C’est un grand et fidèle ami de la France qui nous a quitté, une haute figure de l’Afrique et un chef d’Etat qui avait su gagner l’estime et le respect de l’ensemble de ses pairs, notamment par ses nombreuses initiatives en faveur de la paix sur le continent africain", dit un communiqué publié par l’Elysée. Le chef d’Etat français assure par ailleurs le peuple gabonais "que la France, fidèle à sa longue relation d’amitié, demeure, dans cette épreuve, aux cotés du Gabon, de ses institutions et de son peuple." Pour Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, «la France perd aujourd’hui un ami». Selon lui, c’est «également une perte pour l’Afrique, continent où M. Bongo Ondimba, unanimement respecté par ses pairs, avait oeuvré avec détermination et courage à la paix et la stabilité». L’ancien président Jacques Chirac a fait part lundi soir de sa "tristesse" avant de «rendre hommage à celui qui, comme doyen des chefs d’Etat africains, aura réussi à s’imposer comme un sage, contribuant à la paix et à la stabilité de l’ensemble du continent».

Secret et mensonge d’Etat

Une certaine confusion a régné dans la matinée de lundi sur l’état de santé du président Bongo. La veille au soir, l’édition en ligne de l’hebdomadaire français «Le Point» avait annoncé la nouvelle du décès. Ce média été relayé par «L’Express». Pour des raisons peu compréhensibles pour les nations démocratiques, le chef du gouvernement gabonais affirmait lundi matin à Barcelone que «le président Bongo était bien en vie». Ce n’était donc qu’un «mensonge d’Etat». Un «mensonge de bonne foi», est-on tenté de dire. Et pour cause, la santé des «monarques républicains» qui trônent à la tête des Etats du continent constitue le secret d’Etat le mieux gardé.

En août 1996, le président Mobutu Sese Seko est opéré dans une clinique à Lausanne en Suisse d’un cancer de la prostate. Une année auparavant, c’est un Mobutu fringant qui est allé animer une conférence à l’Institut des relations internationales à Paris. Question : le maréchal se savait-il malade ? Apparemment non dans la mesure où l’homme ne cessait de se dire candidat à sa propre succession. Mobutu est décédé le 7 septembre 1997 soit quatre mois après le renversement de son régime.

Le 16 janvier 2001, un «Breaking News» de la chaîne de télévision américaine «CNN» annonce que des tirs à l’arme automatique ont été entendus au palais de marbre à Kinshasa. Résidence officielle du président congolais Laurent-Désiré Kabila, nul ne sait à ce jour qui tirait sur qui. Dans un second «flash», on apprenait que LD Kabila a été grièvement blessé suite à un attentat. Le colonel Eddy Kapend va aussitôt à la télévision nationale pour annoncer la fermeture des frontières. Alors que tout Kinshasa bruissait des rumeurs alarmantes sur le décès de «Mzee», le ministre de Intérieur d’alors, Gaëtan Kakudji, déclare à la presse que le président de la République a ordonné l’instauration d’un couvre-feu.

On apprendra par la suite que l’illustre «blessé» a été transporté par hélicoptère au service des urgences de la Clinique Ngaliema avant d’être transféré à Harare, au Zimbabwe, «afin de recevoir des soins appropriés». A Tripoli, le vice-ministre de la Défense, Godefroid Tchamelesso, annonce la mort de LD Kabila avant de se rétracter. Alors ambassadeur au Zimbabwe, Barnabé Kikaya bin Karubi commet la même «imprudence» avant de se rattraper : «En fait, il n’est pas mort. Il est dans un état grave». Ce n’est que le 18 janvier que le ministre de l’Information d’alors, Dominique Sakombi Inongo, apparaîtra à la télévision nationale pour annoncer le décès officiel du chef de l’Etat. Décès survenu, selon lui, le même jour à 10 heures. Une question reste sans réponse : Pourquoi le corps de LD Kabila a-t-il fait le voyage Kinshasa-Harare et retour alors que le Mzee avait déjà poussé son dernier soupir avant son arrivée à la Clinique Ngaliema? Mystère. Dans le cas congolais, les 48 heures de décalage ont été utiles pour permettre à la «succession» de se mettre à l’abri d’un "coup de force" comme cela s’est passé récemment en Guinée. Les forces angolaises déployées au Congo-Brazzaville ont été appelées à la rescousse pour occuper les points névralgiques à Kinshasa. Les Zimbabwéens contrôlaient l’aéroport de Ndjili.

La communication de crise

Les dirigeants gabonais ont sans doute eu besoin d’un temps pour faire les «derniers réglages» de la période transitoire. Selon l’alinéa 1er de l’article 13 de la Constitution de la République gabonaise, c’est l’actuelle présidente du Sénat, Rose-Francine Rogombé, qui doit assurer l’intérim à la tête de l’Etat et organiser les élections dans un délai de trente à quarante-cinq jours au plus tard. Quelques incertitudes demeurent. Le «clan Bongo», avec à sa tête Ali Ben Bongo Ondimba, pourrait-il résister à la tentation d’une succession dynastique? Ministre de la Défense, «Ali» se veut un homme de «rupture». Un «rénovateur» comme on dit à Libreville. L’homme se voit en «successeur naturel» du père. Un détail : il ne fait pas l’unanimité parmi les vieux compagnons d’Omar Bongo. Directeur de cabinet de son défunt géniteur, Pascaline Bongo n’a pas encore dit son dernier mot. Va-t-on assister à une version gabonaise de la guerre fratricide qui a lieu entre les fils Eyadema ? En décryptant le message de condoléances de l’Elysée, Paris semble dire son penchant pour le respect de l’ordre institutionnel.

Au total, la confirmation du décès du président Bongo après des multiples démentis jette un certain discrédit sur le culte du secret que développe les responsables africains sur la santé du «Chef». Dans le cas gabonais, l’opinion internationale a assisté à une gestion chaotique de la communication de crise dont la règle est : la vérité. Dire la vérité et toute la vérité. Les autorités gabonaises se sont contentés de démentir les nouvelles annonçant le décès du «Boss» en feignant d’oublier que seule la réapparition de celui-ci en chair et os aurait pu mettre fin au «harcèlement médiatique». Ce qui n’est pour la presse qu’une volonté résolue de percer ce qui se cache derrière le discours officiel. Au nom du droit du public à connaître la vérité…

B.A.W

 
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