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Depuis l’annonce du décès du général Mbuza Mabe, des millions de patriotes congolais- les vrais- continuent de s’interroger sur les motivations profondes de la haute hiérarchie militaire de le retirer de la ville de Bukavu, à partir de laquelle il assurait le commandement de la 10me Région Militaire. Sa mutation pour la base militaire de Kitona, qui avait tout l’air d’une sanction, était d’autant difficile à digérer que la mission impartie à cet officier supérieur était justement de verrouiller le frontière avec nos deux voisins belliqueux, le Rwanda et le Burundi.
Mbuza Mabe passait, aux yeux de tous, pour le meneur de troupes dont avait grandement besoin l’armée nationale pour dissuader aussi bien les armées rwandaises et burundaises que les rébellions congolaises instrumentalisées contre leurs velléités de perturbation de notre sécurité intérieure. Depuis que ce général et ses hommes avaient mis en déroute, en juin 2004 dans la ville de Bukavu et sa périphérie, des soldats insurgés conduits par le colonel dissident Jules Mutebusi, il s’était tissé une légende de héros.
Ce haut fait militaire était salué à sa juste valeur aussi bien par les populations de la partie Est du pays, qui commençaient à le vénérer comme un demi Dieu, que par l’ensemble des Congolais, qui étaient désormais convaincus que bien encadrés, équipés et motivés, les militaires congolais pouvaient remplir sans faille leur devoir patriotique de défense du territoire national. En tout cas, une nouvelle page de l’histoire de l’armée nationale, pensait-on, venait d’être écrite en lettres d’or à partir de la glorieuse bataille de Bukavu.
Un vent d’optimisme avait gagné tout le front militaire de l’Est du pays, où militaires comme civils congolais s’étaient mis à croire au retour d’une paix durable et à la consolidation du sentiment d’appartenir à une même nation. Mbuza Mabe avait réussi à réveiller chez tous le sentiment de fierté nationale et à battre en brèche l’argumentaire selon laquelle les Forces Armées de la République Démocratique du Congo étaient incapables de vaincre le spectre des revers à répétition.
Victime des ennemis de la paix ?
Quelques semaines à peine après son triomphe sur le mouvement insurrectionnel du colonel Jules Mutebusi, les Congolais apprenaient, avec surprise, peine et indignation, que le commandement de la 10me Région Militaire était retiré au général Mbuza Mabe. Plus grave, ce baroudeur du front militaire était envoyé dans un garage, à Kitona, qui n’avait de base militaire que le nom. En effet, depuis que le général rwandais James Kabarebe, devenu chef d’Etat-major de l’armée congolaise par accident, le temps de l’alliance Kinshasa-Kigali, l’avait transformée en mouroir pour l’extermination des ex-FAZ, Kitona ne comptait plus comme site de défense du territoire national.
Ceux qui avaient décidé d’y envoyer Mbuza Mabe, alors qu’il y avait échappé à une mort certaine grâce à un acte d’évasion digne d’un commando hors pair, lors de son occupation par des troupes rebelles du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) amenées par James Kabarebe, ne se recrutaient-ils pas parmi des ennemis de la paix dans notre pays ? La question mérite d’être posée, d’autant que cette décision était intervenue au moment où la partie Est de la République était contrôlée, dans une large proportion, par les troupes du RCD, un ex-mouvement rebelle certes présent dans les institutions civiles et militaires de transition, mais toujours agissant sous la dictée des hommes au pouvoir à Kigali. Quant au front militaire de l’Est, où l’essentiel du commandement était tenu par des officiers rwandophones, il ne rassurait aucun Congolais de souche. Dès lors, l’éloignement de Mbuza Mabe ne pouvait être interprété, surtout par les autochtones du Nord et du Sud-Kivu, que comme la porte ouverte à l’insécurité. Aujourd’hui, le commun de Congolais est frustré de voir le Nord-Kivu et le Sud-Kivu courir encore après la paix, trois ans après la fin de la période de transition et la mise en place des institutions issues des élections ainsi que leurs animateurs. L’on ne parlerait peut-être pas du Programme Amani ou de l’intégration du CNDP dans les FARDC si, en 2004, l’on avait donné à Mbuza Mabe et à d’autres chefs militaires réellement patriotes, la chance de poursuivre leur travail de stabilisation du « ventre mou » de la République.
Mbuza Mabe dérangeait-il ?
Cette autre interrogation trotte dans plusieurs esprits. Apparemment, le général Mbuza Mabe, bien qu’issu des officiers « académiciens » de l’armée de Mobutu, avait résolu de s’investir dans la défense du drapeau national. On retient qu’après s’être évadé de Kitona et avoir parcouru environ 150 km à pieds, il avait gagné la ville de Matadi où, masqué en convoyeur d’un camion de braises, il avait réussi à atteindre Kinshasa et à s’annoncer à l’Etat-Major général des FARDC. Informé de son exploit, Mzee Laurent Désiré Kabila, ce « soldat du peuple » et ce patriote qui avait juré, lors d’un meeting public à la Place Sainte Thérèse, dans la commune de Ndjili, en septembre 1998, de « ramener la guerre d’où elle était venue », l’avait aussitôt adopté.
Non pas pour en faire une pièce de « musée » à Kitona, à Kananga ou à Kamina, mais pour le combat de la résistance. Il est fort bizarre que Mbuza Mabe ait été gommé, sans raison plausible, du terrain où il pouvait se montrer le plus efficace pour la défense nationale, pour des fonctions d’opérette. Dérangeait-il ? Et qui se sentait menacé par le courage et la fidélité de cet officier supérieur au devoir de sa charge ?
L’homme n’est plus de ce monde pour donner une quelconque piste d’investigation aux compatriotes tentés de chercher à savoir pourquoi l’on avait cassé sa carrière de manière aussi brutale qu’inattendue, avant que la mort ne vienne l’achever. Kimp |