Discours prononcé au nom du Président National de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (Udps) Etienne Tshisekedi wa Mulumba par le Président du Comité organisateur du premier congrès (Coc) François-Xavier Beltchika Kalubye à l'ouverture du 1er congrès du parti à Kinshasa, le 15 avril 2009
Camarades Fondateurs,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Missions Diplomatiques et des Organisations Internationales,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Partis Politiques frères de la RDC,
Camarades Délégués, membres de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social,
Mesdames et Messieurs,
Distingués Invités,
NOTRE MOT DE BIENVENUE
Avec joie et réel plaisir, nous saluons chaleureusement votre présence à ces assises. Ces assises sont celles de notre premier Congrès, après 27 longues années de l’histoire de notre Parti, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, UDPS en sigle. Avant toutes choses, nous invitons les camarades délégués de l’UDPS à ovationner la présence remarquable parmi nous, en cette circonstance solennelle, des honorables Représentants des Partis frères et amis. Ces dames et ces hommes sont venus des horizons lointains. Ils ont traversé des mers et des océans, pour venir nous témoigner leur amitié, pour venir nous manifester leur soutien, pour venir nous reconfirmer leur solidarité.
Nous souhaitons une chaleureuse bienvenue à ces messagers de la paix et du progrès. Nous disons YAMBI à ces infatigables pionniers d’un monde nouveau, venus faire à notre Congrès leur précieuse offre de coopération pour bâtir ensemble, sur le socle de la démocratie et de la solidarité entre les peuples, une civilisation de progrès pour tous, de paix et de concorde.
Que ces hôtes de la paix soient assurés de notre profonde gratitude.
Leur présence raffermit notre inébranlable détermination. Il s’agit de notre détermination à participer à la renaissance du destin africain, en rebâtissant la République Démocratique du Congo comme un espace de liberté et de progrès, au cœur même de notre Continent.
Ils sont à ces assises le symbole vivant de la solidarité des peuples, le symbole du monde uni et plus humain que nous nous employons tous à bâtir, pierre par pierre, vers une civilisation débarrassée de l’injustice et fondée sur un progrès partagé.
Au-delà de nos différences de race et de culture, l’Internationale Socialiste représente cet embryon de famille humaine planétaire que nos partis respectifs forgent – de notre sueur et parfois même de notre sang ! – sur le socle éternel des valeurs universelles de liberté, de justice et de fraternité.
Avec la même chaleur, notre gratitude va également à leurs Excellences les Ambassadeurs et Chefs de Mission diplomatique présents à cette cérémonie. En messagers de la paix et de la coopération entre les peuples, ils ont accepté de nous consacrer de leur temps précieux. Les représentants des Organisations internationales sont associés à cet hommage – avec la même reconnaissance, avec une égale chaleur – pour le même intérêt porté à notre Congrès.
Notre Parti, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, apprécie l’honneur que vous faites tous à son combat pour la liberté et la dignité.
Dès les premières heures de notre longue et pénible marche vers la démocratie dans ce pays, nous sommes conscients et reconnaissants des efforts que vos gouvernements et vos organisations consentent pour le Congo, notre pays. La Conférence Nationale Souveraine, l’Accord de Lusaka, divers forums des partenaires et amis du Congo et le Dialogue Inter-Congolais à Sun City, constituent, entre autres moments forts, des jalons importants de la marche du peuple congolais vers la liberté et la dignité.
Dans ces tournants décisifs, nous vous avons vus à nos côtés, nous avons apprécié votre solidarité et votre générosité. Il est vrai que, par moments, nous n’avons pas partagé, avec nos généreux partenaires que vous représentez ici, le même choix des priorités face aux tribulations dont les congolais étaient les seules victimes. Mais ces désaccords sur les choix sont le lot de toute coopération dans laquelle les partenaires sont libres et respectueux les uns des autres. S’ils rendent la concertation longue et laborieuse, nul ne pourrait nier qu’ils renforcent l’estime mutuelle entre les partenaires.
Nos sentiments de gratitude envers ces gouvernements et des organisations représentés à cette cérémonie sont forts.
Nous partageons ces sentiments avec certains partis frères de la République Démocratique du Congo, dont les honorables représentants sont ici parmi nous. Nous saluons également, et tout aussi chaleureusement, la présence de ces dignes représentants à nos côtés. Nous les remercions d’avoir honoré notre invitation à ces assises. En plus de notre commune gratitude envers certains de nos partenaires extérieurs, il est évident que l’UDPS aspire à partager bien davantage avec ces partis frères. En effet, notre destin commun dans ce pays commun, le Congo, nous invite naturellement à partager davantage avec notre peuple. Oui, il s’agit de partager davantage avec ce peuple congolais qui meurt de faim et de guerres interminables, de viols et de larmes intarissables, de pillages et de prédations sans fin, de chômage abyssal et d’insécurité endémique, de désillusions amères et de rêve de liberté, de misère sans fond et d’aspiration au progrès et à la dignité.
À toutes ces amies et à tous ces amis venus de loin, nous disons YAMBI et « grand merci ». « Grand merci » également aux dignes représentants des partis frères d’Afrique. « Grand merci », enfin, aux fils et filles de ce peuple, venus à ce forum représenter quelques partis politiques de la RDC.
Des uns et des autres, nous sollicitons humblement de l’indulgence pour les désagréments dus à la qualité des installations qui abritent ces assises, et aux lacunes qu’ils seraient amenés à déplorer dans notre organisation.
À L’ORIGINE DE CE CONGRÈS
Camarades Congressistes, combattantes et combattants de notre Parti,
Enfin, nous voici tous rassemblés. Rassemblés à Kinshasa entre délégués de tous les coins et recoins de ce Congo immense. Rassemblés avec quelques meilleurs fils et filles de notre diaspora, en provenance de tous les continents. Rassemblés libres et au grand jour, sous les applaudissements et le regard des amis et frères, et non pas sous les détonations des bombes et les crépitements des mitraillettes. Cette fois-ci, nous sommes rassemblés dans une salle face à une tribune, mais non dans la rue face à une escouade des policiers armés de kalachnikovs.
… une lutte à mort dans les égouts
Notre Congrès au grand jour ! C’était un rêve inaccessible au cours des 44 dernières années.
Tel une chape de plomb, un régime monocratique et totalitaire s’était abattu sur l’ensemble du Congo depuis 1965, piétinant tous les droits humains et écrasant toutes les libertés, ruinant le pays et corrompant la jeunesse, violant, pillant et mettant le pays en coupes réglées. Les congolais avaient tout perdu, du droit à penser par eux-mêmes jusqu’à l’espoir dans quelque destin que ce soit. Toute velléité d’opposition était noyée dans le sang. Combien d’étudiants abattus dans la rue ? Combien de manifestations et de grèves réprimées dans le sang ? Combien de villages radiés de la carte ? Combien de cadres civils et militaires fusillés ou pendus sur la place publique, ou simplement égorgés à la faveur de la nuit et jetés dans des cours d’eau ?
Acceptant le risque jusqu’au sacrifice suprême, quelques patriotes se sont regroupés en 1980, pour crier leur foi inébranlable en un destin de liberté pour le Congo. Ils étaient 13 députés du parlement, une institution pourtant appelée à fonctionner comme une chambre d’enregistrement. Plus exactement, ces 13 citoyens audacieux confessaient publiquement leur foi dans les vertus émancipatrices d’une démocratie multipartite, appelaient le peuple congolais à abandonner la peur et à lutter en faveur de la liberté et la démocratie. Ils ont adressé une lettre en ce sens au dictateur lui-même.
Avec quelques compatriotes qui les ont immédiatement rejoints, ils formèrent un groupe plus large sur lequel s’abattit une répression des plus inhumaines : enlèvements nocturnes sans destination connue et sans espoir de retour, assassinats ciblés et souvent simulés en crimes crapuleux, pillages et viols au domicile des opposants vrais ou supposés tels, vagues de licenciements et privations de tous droits sociaux pour ceux que l’on soupçonnait de sympathie pour l’opposition, emprisonnements sans procès et sous des tortures, relégations et assignations en résidence surveillée, etc. Les familles éplorées de ces infortunés, avec leurs conjoints en tête, étaient constamment surveillées et placées sous la pression de la police politique. En particulier, les épouses, souvent sans moyens, allaient de prison en prison sur cet immense territoire, dans une recherche vaine des traces brouillées de leurs époux, sans assurance de les revoir un jour vivants !
Camarades Congressistes, Combattantes et combattants de l’UDPS,
C’est dans ce climat de terreur sans nom, le 15 avril 1982, que, sur une feuille de papier, dans une maison privée fermée à double tour et à la lumière d’une bougie, ce groupe de compatriotes courageux et audacieux ont signé d’une main tremblante l’acte de naissance de ce grand parti national, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social. Depuis, il est devenu notre parti à tous, le fer de lance du combat démocratique et la fille aînée de l’opposition à la dictature.
Nos martyres se comptent par milliers, victimes directes et indirectes d’un régime dictatorial sans foi et sans visage. Au même titre que les fondateurs, les adhérents activistes de première heure, ont été traqués, arrêtés, torturés, mutilés, et parfois même assassinés. Ces hommes et ces femmes étaient coupables de penser autrement, ou de distribuer des tracts, ou de brûler des pneus dans la rue, ou de véhiculer un message verbal d’un membre de l’opposition à un autre, ou simplement d’être les malheureux destinataires d’un courrier jugé suspect.
Les survivants de cette toute première génération de nos combattants pacifiques sont nos Fondateurs, nos Cofondateurs, nos Pionniers et nos Avant-gardistes. Ils sont représentés dans cette salle comme des symboles vivants de ce martyr.
Nous vous demandons de les ovationner.
En majorité, nous sommes donc ces vieux combattants de l’ombre. À l’UDPS, nous sommes ces congolais courageux qui, sur près de 30 longues années, ont mené à mains nues une lutte clandestine. Une lutte héroïque contre l’instinct de conservation, contre l’opinion des proches parents, contre un régime barbare et tortionnaire, et dans l’intérêt bien compris de ce grand peuple. Notre lutte héroïque, nous l’avons menée partout : dans nos quartiers et dans nos villages, dans nos rues, dans les égouts, dans les prisons, dans les salles de tortures, devant les escadrons de la mort, dans les galeries souterraines, dans les forêts inhospitalières, et dans les marais infestes. Nous l’avons menée avec nos mains vides.
Une seule foi nous guidait partout : la foi dans un autre destin pour le Congo, notre patrie. Et notre double cri de ralliement nous soudait en toutes circonstances : « À bas la peur ! Tenons bon ! L’UDPS vaincra ! ».
Et nous avons remporté ce combat, mené avec pour seule arme notre foi inébranlable dans l’invincibilité d’un peuple mobilisé autour des idées justes de liberté et de progrès ! Nous voici aujourd’hui rassemblés en Congrès, pour un échange et un dialogue pacifiques que le régime totalitaire nous a fermement refusés.
C’est là une grande bataille gagnée de haute lutte, avec un peuple conscientisé et mobilisé. Soyons aujourd’hui fiers d’avoir parcouru au moins la moitié de notre long chemin, le chemin de la liberté et du progrès.
En effet, la liberté de pensée, d’opinion, d’expression, de mouvement et d’association, le multipartisme, les droits civils et politiques, la séparation des pouvoirs, l’indépendance des cours et tribunaux, la liberté de la presse, etc … toutes ces valeurs sont à ce jour reconnues comme le fondement de la légitimité pour tout régime politique à la tête de notre pays. La dictature a été refoulée dans les zones obscures de l’illégitimité. Mais, comme nous le savons tous, elle est un monstre qui rôde, un danger qui guette toujours. La dictature tente, chaque jour qui passe, de resurgir à la faveur de la misère généralisée, de la corruption endémique et de l’impunité institutionnalisée. La vigilance des démocrates est de tous les instants. L’UDPS reste sur ses gardes.
… le sang de nos martyres
Nous disions donc que les combattantes et les combattants de l’UDPS sont aujourd’hui sortis des cavernes et des catacombes. Que nous sommes rassemblés par centaines, à la lumière du soleil, pour tenir notre 1er Congrès de l’Histoire. Que pendant un tiers de siècle, nous avons tenu bon, et avons gagné une grande bataille contre la dictature ! Que l’intolérance politique et la tyrannie, ont, de nos jours, arrêté de pavoiser devant ce peuple mobilisé. Que le cœur et la culture de ce peuple ont été conquis par les vertus républicaines que notre Parti a défendues, au prix fort de la sueur et du sang.
Combattantes, Combattants,
C’est le lieu et le moment de rappeler le martyr des milliers d’entre nous tombés sur le champ d’honneur. Ces hommes et ces femmes, qui sont morts mains nues, n’auront pas fait le sacrifice de leur vie pour rien, ni encore moins pour une cause perdue. Ils ont inscrit à l’encre rouge leurs noms dans le livre de l’histoire de la libération, histoire qu’on enseignera aux futures générations.
Nous demandons à l’assistance de se lever et de garder une minute de silence en leur mémoire… Nous vous remercions !
LES ORIENTATIONS DU CONGRÈS
Le caractère inachevé de notre victoire est, à ce jour, indiscutable. Les injustices, l’arbitraire, les détournements, les discriminations, les guerres, les viols, les pillages, la prédation et l’impunité sont encore là, sur fond d’un État miné par la corruption, sans vision ni cohérence, sans aucun instrument crédible pour défendre la souveraineté et la paix.
Notre devoir de mémoire à l’égard de nos martyres nous contraint à trois tâches distinctes. D’abord, la tâche de conquérir le pouvoir d’État, pour achever de façonner la base sociale et les assises démocratiques des institutions de ce grand pays, tant le destin collectif menace chaque jour de basculer de nouveau dans l’horreur de la barbarie et du totalitarisme. Ensuite, la tâche d’ériger un mémorial en l’honneur de ces martyres, dans nos cités, dans nos cœurs et dans notre culture de citoyens, ainsi que dans la mémoire des générations successives de notre peuple. Car, l’histoire de notre lutte nous apprend que, pour devenir un mode régulier de gouvernement, la démocratie doit être portée dans nos symboles, dans nos cœurs et dans nos réflexes de tous les instants. Enfin, une fois dans les charges de l’État, nous devons nous atteler à la tâche de rebâtir et de consolider les remparts de notre démocratie, et de moderniser la base matérielle sur laquelle reposent la vie et la souveraineté du peuple congolais.
Il doit être bien compris, dans ce Congrès, que nous n’évoquons pas nos souffrances et nos martyres pour inviter à la vengeance et appeler à la vendetta. C’est uniquement par devoir de mémoire. Nous avons pour objectif d’ériger, dans notre mémoire collective, des remparts solides en faveur de notre jeune et très fragile démocratie.
… l’exigence de modernisation du Parti
L’UDPS qui a lutté victorieusement dans l’obscurité des égouts et des galeries souterraines s’était donné, pour survivre et réussir son combat, des structures adaptées aux exigences de la clandestinité.
Nos cellules d’actions étaient clandestines et de petite taille. Elles étaient organisées sur la base de la confiance mutuelle entre ses membres. Et elles étaient souvent coordonnées par le plus diligent et le meilleur combattant parmi ces activistes. La liberté d’initiative était totale. Elle avait pour stimulant – et donc également pour limites ! – la portée et les frontières de la perception qu’avaient nos activistes de la situation politique du pays, des actions prioritaires à mener et des risques à courir.
Les informations, les expériences et les analyses étaient très péniblement communiquées d’une cellule à l’autre. Elles étaient encore plus difficilement centralisées à la direction politique de l’UDPS à Kinshasa. Les relais étaient rares, hasardeux, peu efficaces et, par-dessus tout, périlleux. À la difficulté de faire remonter l’information de la base au sommet, s’ajoutait donc celle d’avoir au sommet la situation d’ensemble de la lutte sur un territoire aussi vaste. Ainsi, non seulement la coordination de la lutte était une tâche titanesque, mais la difficulté de répercuter des décisions du sommet à la base était quasi insurmontable.
Dans ces conditions de lutte dominées par des structures émiettées, notre mot d’ordre fut naturellement celui-ci : « chacun doit se prendre en charge ». Ainsi donc, l’opportunité de toute action, la cible de l’action, l’objectif visé, les risques acceptés, les moyens de lutte utilisés, le moment et les modalités pratiques de l’action, étaient entièrement laissés à l’appréciation personnelle et souveraine de chaque combattant. Et ce fut là la toute première perception de la liberté qui s’imposa dans les rangs de l’UDPS : liberté pour chaque combattant individuel de contribuer à saper un régime liberticide ; mais également, pour le même combattant, liberté d’initiative et d’appréciation à l’égard de la direction politique du Parti.
Dès lors, comment, avec quelle efficacité et à quelles fins, la direction politique du Parti aurait-elle pu sanctionner positivement ou négativement les initiatives de lutte que chaque combattant prenait et conduisait librement dans son coin ? N’oublions pas que cette direction politique était tantôt assignée à résidence à Kinshasa, tantôt reléguée dans des villages de l’arrière-pays, tantôt purement et simplement emprisonnée !
Les conditions dures de la lutte en clandestinité nous ont donc imposé des structures précises et des modalités particulières de combattre sans armes, avec efficacité et sans trop de pertes humaines.
Lorsqu’en 1994, l’étau s’est légèrement desserré sur nos structures de lutte, le Collège des Fondateurs s’est réuni en conclave à Bondeko en vue de restructurer le mode de fonctionnement de notre lutte. Les organes furent définis, leur mode de fonctionnement fut précisé en même temps que leurs attributions. Des relais qui manquaient furent créés. Mais nous ne nous faisions aucune illusion sur la difficulté de faire fonctionner ces relais sans ressources suffisantes, sur l’étendue d’un territoire national immense, et face à un régime dictatorial certes ébranlé, mais ayant placé ses meilleurs tortionnaires à la tête de la police politique.
Même avec de nouvelles structures, le Parti n’a guère changé son mode de fonctionnement érigé sur l’autonomie et le libre arbitre des individus. Ce mode a même été consacré dans les nouvelles structures. En effet, le régime des assemblées fut institutionnalisé à tous les échelons de l’UDPS, sans, en contrepartie, une dose suffisante de centralisme démocratique, pourtant indispensable à l’unité de pensée, de commandement et d’action pour l’ensemble du Parti. Parallèlement, l’absence de sanctions persistait dans nos rangs avec, à l’arrière plan, le risque d’institutionnaliser l’esprit de fractionnisme et d’insubordination.
Le dérapage le plus préoccupant se manifesta sous trois formes. D’abord, l’esprit d’impunité se propageait et encourageait la récidive des actes dommageables à notre lutte. Ensuite, les querelles issues de l’inévitable compétition entre les cadres, devenaient une véritable plaie. Enfin, chaque cadre estimait traduire l’opinion officielle de l’UDPS, chaque fois qu’il exprimait en public son opinion personnelle sur le pays ou sur le Parti.
Un libéralisme de mauvais aloi s’est installé à l’UDPS.
Il s’est installé au détriment de la discipline collective, et même à l’exclusion de cette discipline. L’arrogance et la suffisance tentèrent de s’ériger en mode de comportement. La rançon amère de cette évolution fut le dédoublement qui a caractérisé une part importante de nos structures de base : les Fédérations, les Sections, les Sous-sections, les Cellules et les Sous-Cellules ont, en majorité, été dirigées par deux ou trois comités en même temps. La gangrène s’est étendue aux organes centraux et à nos structures à l’étranger. Entre autres dérapages remarquables, certains Représentants de l’UDPS, complètement en marge des règles et us diplomatiques, se sont souvent cru autorisés à tenir n’importe quel langage devant les autorités du pays hôte.
Les mises en garde de la hiérarchie du Parti n’ont pas manqué. Mais elles ont fini par retentir, dans la conscience de certains combattants, comme d’inacceptables atteintes à la liberté de pensée et d’expression. Elles ont été récusées comme autant de tentatives de ressusciter à l’UDPS le totalitarisme des régimes fascistes ayant détruit ce pays.
Une certaine perversion de la logique du combat menaçait ainsi le Parti, au cœur même de son dispositif de lutte.
Combattantes, combattants,
En notre qualité de Président National, nous avons pris nos responsabilités. La plus importante et la plus significative de nos initiatives a été de préparer et de convoquer ce Congrès. Nous avons convoqué ces assises avec, comme objectif publiquement exprimé et maintes fois expliqué, de refonder notre Parti et de le moderniser pour en faire une machine à conquérir démocratiquement le pouvoir d’État et à gouverner le pays dans le sens de la justice et du progrès.
Nous devons privilégier les principes et les structures consacrant l’ascendant et le primat de la décision collective. Nous devons rapidement instaurer et appliquer la sanction positive et négative dans nos rangs. Nous devons simplifier le fonctionnement du Parti et rendre ses décisions plus rapides et plus efficaces. Nous devons neutraliser ce subjectivisme envahissant, en adoptant des textes impersonnels, des procédures standardisées, et la discipline collective.
Voilà pourquoi la première tâche qui s’imposait est de revenir méthodiquement sur l’esprit de nos textes fondateurs et de revoir nos structures de fonctionnement.
Par-dessus toutes ces réformes à conduire, nous avons la tâche de clarifier les choix idéologiques et les ressorts doctrinaux appelés à dégager le sens même de notre combat, à constituer la clef de voûte de nos structures, à servir de référence ultime à notre conduite de chaque jour, et à inspirer notre projet de société.
Dans la nouvelle organisation à mettre en place, le rôle des Fondateurs du Parti devra davantage se faire sentir dans l’organe de conception, d’orientation et de décision. La sagesse et l’expérience de lutte de ces vaillants combattants doivent être davantage exploitées ; de même, elles doivent être données en exemple à tous nos cadets.
Aussi devraient-ils, au côté du Président National, participer à l’examen et à la préparation de tous les projets de décision, ainsi qu’à l’évaluation de nos actions sur le terrain.
Dans l’intérêt du Parti et du pays, un accent particulier devra être mis sur la formation des cadres, d’abord au double plan idéologique et doctrinal, ensuite au double plan du comportement et des compétences. En effet, nous sommes de plus en plus confrontés au défi d’anticiper et de gérer des situations politiques, économiques et sociales d’une grande complexité. À ce sujet, l’UDPS doit penser à se donner les moyens scientifiques et technologiques avancés pour être à même d’anticiper sur les événements.
Vu l’importance de la formation et de la prospective, les structures en charge de ces domaines devront être placées sous l’autorité directe de la direction politique.
Camarades combattantes et combattants,
Nous devons tous être conscients que la conquête du pouvoir par la voie démocratique s’inscrit dans une compétition serrée avec d’autres partis. Qu’elle est subordonnée à notre capacité de défendre des idées justes, de rassurer notre peuple dans toute sa diversité, de lui proposer des perspectives d’avenir crédibles, de le convaincre quant à notre capacité de provoquer et de gérer le progrès, de lui obtenir dans le monde des amitiés et des solidarités utiles à la paix et au bien-être.
Voilà pourquoi nous devons porter désormais l’accent sur nos structures de décision, et reléguer au second plan le régime des assemblées parlementaires.
EN GUISE DE CONCLUSION
Camarades Congressistes, Combattantes et Combattants de l’UDPS,
Nous venons de tracer les orientations et les options fondamentales sur la clarification et la précision à apporter à notre idéologie et à notre doctrine. L’une et l’autre constituent la base même et la justification ultime de notre combat ; elles sont le lien qui nous rattache aux partis frères dispersés à travers le monde.
Nous avons tenté de dessiner les contours de l’organisation, ainsi que le contenu et les missions à assigner à nos structures.
Nous aimerions également insister sur le fait que ce Congrès a aussi la lourde tâche de prendre des résolutions et de donner les orientations en relation avec la situation générale du pays aux plans sécuritaire, politique, diplomatique, judiciaire, économique, social et environnemental. Ce Congrès doit exprimer clairement la sensibilité et la vision de l’UDPS sur la marche de la nation et sur les grands défis du monde. Notre Parti aura donné ainsi une esquisse des idées fortes à intégrer dans notre programme de campagne lors des prochaines échéances électorales.
Camarades Délégués, membres de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social,
Mesdames et Messieurs,
Distingués Invités,
Au cours de notre discours, nous avons dit toute notre joie de vous voir à nos côté. Nous avons retracé les circonstances et les raisons expliquant l’anomalie et l’extraordinaire barbarie dans laquelle l’UDPS, qui venait de naître, ne pouvait ni fonctionner au grand jour, ni se gérer de manière suffisamment coordonnée, ni encore moins organiser un Congrès.
Nous avons longuement insisté sur les menaces qui pesaient sur l’avenir de notre lutte.
Enfin, nous avons esquissé les orientations et les tâches principales de ce Congrès, et maintes fois insisté sur la nécessité de moderniser notre Parti, pour conquérir le pouvoir d’État et pour gouverner autrement ce pays qui souffre.
C’est avec une foi redoublée dans la capacité de rebondir de notre Parti et de notre Nation que nous déclarons ouverts les travaux du Premier Congrès de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social.
Vive le Congo à jamais démocratique et social !
Vive la Coopération internationale et inter-africaine !
Vive l’UDPS au service du Peuple Congolais !
Je vous remercie.
POUR LE PRÉSIDENT NATIONAL
LE PRÉSIDENT DU COC
François-Xavier BELTCHIKA-KALUBYE