Le chaud et le froid
A la page 112, le magazine publie un entretien avec l’homme d’affaires Arthur George Forrest, le patron du Groupe Forrest. Fin tacticien, Forrest souffle le chaud et le froid. D’une part, il invite les investisseurs à venir «maintenant» au Congo-Kinshasa. De l’autre, il adresse, en termes subtils, des «blâmes» aux dirigeants congolais. Quatre sujets sont évoqués : la crise qui frappe le secteur minier dans la province du Katanga ; la révision des accords miniers initiée par le gouvernement congolais ; les «Cinq chantiers» de Joseph Kabila et le contrat RD Congo-Areva.
A en croire Forrest, la crise qui frappe le secteur minier a permis de faire une sorte de sélection naturelle dans la mesure où «ceux qui investissaient réellement sont restés et ceux qui spéculaient sont partis». Sur un ton de regret, l’homme d’affaires a relevé que la décision des autorités congolaises de «revisiter» les contrats miniers n’a pas manqué de décourager certains investisseurs «qui souhaitaient engager un véritable développement industriel» en RD Congo. «Outre la crise économique, la revue des accords miniers a créé de l’incertitude», estime-t-il en soulignant au passage que «c’est une grande perte pour le pays car bon nombre d’opérateurs ne reviendront pas». Et que «sur les 3 milliards de dollars d’investissements attendus, seuls 1,5 milliard seront réalisés.»
Sans établir une relation de cause à effets entre la revisitation des contrats miniers et la cotation des titres de Katanga Mining dont il est un des actionnaires, «G.A.F» note que «le cours de Katanga Mining a essuyé une baisse à la Bourse de Toronto.» Le titre qui valait 15 dollars en août 2008 ne représente plus, en ce mois d’avril, que 0,35 USD.
Kabila induit en erreur
Parlant des «Cinq chantiers» et surtout du «troc infrastructures-contre matières premières» conclu entre la RD Congo et des entreprises d’Etat chinoises, Forrest a commencé par salué la volonté du Congo-Kinshasa de «diversifier ses partenaires». Il considère néanmoins que «le gouvernement et les personnes qui ont négocié cet accord ont induit en erreur le président Joseph Kabila». Comme pour étayer sa thèse, il ajoute : «A ce jour, les travaux promis n’ont pas commencé.» Augustin Katumba Mwanke et Pierre Lumbi Okongo, respectivement «bras droit financier» du «raïs» et ministre des Infrastructures apprécieront. Forrest se dit favorable à la renégociation des contrats RD Congo-Chine. Il conseille cependant d’y associer les opérateurs miniers. Sans oublier le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne. L’objectif, selon lui, est de créer «un fonds spécial international pour couvrir les investissements nécessaires.»
Il n’est pas sans intérêt d’ouvrir la parenthèse au sujet de «Cinq chantiers». Le directeur général de l’Agence congolaise des Grands travaux (ACGT), Roger Busima Kataala, a, dans une admirable langue de bois, déclaré samedi 25 avril que le gouvernement «a opté, à travers le programme des Cinq chantiers pour le développement de la République Démocratique du Congo par la construction d’infrastructures de base notamment les routes, ponts, voies ferrées et bâtiments.» Selon lui, «la réalisation de ce projet, dépend de la volonté du chef de l’Etat et de la disponibilité des moyens financiers dans le cadre du programme sino-congolais».
Busima de poursuivre que l’objectif des «Cinq chantiers est de créer de nouvelles routes périphériques afin de faciliter la circulation à travers la ville de Kinshasa, tandis qu’en province, le programme vise le désenclavement des entités administratives vis-à-vis des autres afin de favoriser la circulation des personnes et de leurs biens et l’accès facile aux services sociaux.» S’agissant de la «modernisation» du boulevard du 30 Juin, il a annoncé «le démarrage de l’opération de démolition des immeubles qui ont occupé l’emprise de la route et l’existence d’une nappe phréatique entre la gare centrale et New Shop qui nécessite un traitement spécial pour préserver la chaussée contre le délabrement précoce.» Fermons la parenthèse.
Investisseur et non spéculateur
Revenons à George Arthur Forrest. Parlant de la convention signée entre la RD Congo et la firme française Areva sur l’uranium, l’homme minimise le rôle qu’une certaine opinion lui attribue dans les pourparlers préliminaires entre les deux parties. «Je n’ai joué aucun rôle, dit-il. On m’a seulement demandé ce que j’en pensais : (…). Areva est le leader mondial du nucléaire civil. Il a toute sa place au Congo. Voilà ce que j’ai dit aux autorités congolaises.» Il a néanmoins admis que Patrick Balkany {Ndlr, maire de Levallois-Perret et proche de Nicolas Sarkozy} «est un ami, mais cela ne veut pas dire que nous faisons des affaires».
Dans cet entretien, George Arthur Forrest articule des reproches en style subliminal aux dirigeants congolais. Il reproche à ceux-ci de faire la part belle aux spéculateurs tout en oubliant de rassurer les véritables investisseurs. Il le dit : «Nous sommes pas des spéculateurs. C’est notre force.»
B.A.W