Honorables Députés et Chers Collègues,
Je vous remercie d’être venus nombreux à cette rencontre fraternelle et amicale, au cours de laquelle nous allons échanger sur la manière de bien conduire le courant démocratique au sein de l’Assemblée nationale. C’est un courant ouvert à toutes les sensibilités politiques présentes au sein de notre hémicycle. Il n’est dirigé contre personne ni contre un regroupement politique quelconque. Il a pour objectif de fluidifier le débat démocratique. Nous nous inscrivons dans l’optique de l’ouverture à toutes les opinions. Car l’écoute et la tolérance vont être nos armes de prédilection. Nous voulons instaurer et consolider, entre nous, des liens de respect et de considérations mutuels.
L’étape la plus difficile pour un homme politique est celle où tout en étant profondément convaincu de la noblesse d’une démarche, il est autant conscient des incompréhensions et malentendus que celle-ci peut susciter.
C’est pourquoi, il convient, avant toute chose, de dire ce que la démarche que nous comptons amorcer ce jour, n’est pas, au lieu de commencer par dire d’emblée ce qu’elle sera. Cela dans le but d’écarter toute équivoque.
Je sais pertinemment bien que l’effort de clarification ne touchera que des hommes de bonne foi, tandis que les esprits malveillants continueront à y chercher autre chose et les adversaires à y trouver des attaques ou agenda caché. Somme toute, les hommes de bonne volonté et notre peuple y trouveront un pas de plus dans notre marche collective vers la réhabilitation du politique congolais dans son honneur et sa dignité, vers la consolidation de la démocratie dans notre pays.
L’acte d’aujourd’hui n’est donc pas la création d’un nouveau parti politique, encore moins une renonciation à toutes les valeurs que nous avons défendues jusqu’alors, plus qu’il n’est une rupture avec une quelconque identité politique.
Ce n’est pas non plus un groupe parlementaire au sein de l’Assemblée nationale.
C’est plus la matérialisation en acte d’une conviction qu’en tout temps et en toute circonstance, les Députés que nous sommes, doivent privilégier l’intérêt de la nation avant tout autre intérêt. Ils doivent savoir qu’ils ont un contrat qui les lie au peuple. Ils ont l’obligation de rendre compte à leurs électeurs qu’ils représentent avant tout au sein de l’hémicycle.
En clair et puisque la Constitution le dit en des termes sans équivoques, ils doivent prendre conscience que leur mandat n’est pas impératif. Dire cela, c’est réaffirmer la liberté de conscience et la dignité du Député. C’est aussi garantir la bonne exécution du mandat lui donné par le peuple, souverain primaire.
Les Députés, bien entendu pour certains, proviennent d’un parti politique ; d’autres sont affiliés à des groupements politiques pendant que d’autres encore sont indépendants. J’ajoute aussi que l’Assemblée nationale est composée de deux grandes tendances politiques classiques : Majorité et Opposition.
Loin de nous confiner dans l’inaction ou, à tout le moins, de passer notre temps à nous observer en chiens de faïence, cette diversité est une denrée dont la démocratie a éminemment besoin pour sa croissance lorsqu’elle est judicieusement exploitée et mise à profit.
Dans cette diversité, notre grande responsabilité, c’est-à-dire, notre ligne d’arrivée s’évalue par notre capacité de défendre les intérêts de nos électeurs, donc notre peuple. C’est un idéal commun dont seuls divergent les moyens des uns et des autres pour y parvenir.
Mais comme le peuple est un et indivisible, il est donc possible que les Députés parviennent quelles que soient leurs couleurs politiques à des convergences dans la défense de ses intérêts ; le bien être de la population étant la seule résultante de nos efforts.
Nous devons, Chers Collègues, ce jour de la résurrection du Christ, prendre l’engagement devant Dieu et notre peuple de nous impliquer résolument dans la défense de la démocratie et des valeurs républicaines ainsi que dans la lutte contre la corruption qui gangrène le rouage politique national.
Comme je l’ai toujours dit : un peuple qui ne se donne pas rendez-vous avec sa propre histoire est condamné à répéter les mêmes erreurs, qui constituent un frein à son épanouissement.
De mon humble avis, en examinant l’histoire politique du Congo, je remarque que la poursuite d’un idéal commun a toujours été perturbée par l’immixtion des querelles personnelles, des conflits des positionnements liés à la recherche des postes.
Cette erreur presque permanente fait de l’action politique, un métier, un job, plutôt qu’une véritable vocation qu’elle est en réalité, le service du grand nombre.
Par le fait de la personnification des contradictions normales, dans une démocratie, on a fini par créer des adversités non autour des idées ou des idéaux, mais autour des personnes.
L’instinct de survie aidant, l’homme politique congolais a eu le mauvais reflexe de se réfugier dans des agrégats identitaires, notamment le clanisme, le tribalisme, le régionalisme, croyant échapper à son obligation de faire face au débat.
Cette dérive, avec l’accumulation des frustrations, a poussé d’autres à créer sur le même schéma, des milices, voire des rébellions.
Hélas, tout cela n’a rien changé à la situation de pauvreté de nos populations. Car, la vérité est restée la même : la République se nourrit des lois et la démocratie s’enrichit des débats d’idées et de la transparence. C’est vers cet objectif que nous devons tous tendre.
En dialoguant et en débattant de tout sans état d’âme, nous nous nourrissons mutuellement de nos intelligences et de nos expériences respectives, et la société s’en trouve davantage confortée.
En respectant la Constitution, les lois et les Institutions de la République, nous garantissons à chaque citoyen sa liberté de vivre réellement dans un Etat de droit.
Ce regard dans notre histoire nous autorise aujourd’hui de prendre en connaissance de cause la mesure du défi à relever.
C’est pourquoi, nous décidons d’éviter, dans la mesure du possible et comme le Christ nous l’a enseigné, détester les pêchés et non les pêcheurs.
Et d’autres philosophes et penseurs d’ajouter, ne jamais jeter l’enfant avec l’eau de son bain.
Nous décidons d’écrire une nouvelle page de l’action parlementaire basée sur l’analyse approfondie des questions nationales. Nous voulons que ce groupe de réflexion, ce courant de pensée soit un véritable laboratoire pour ausculter les problèmes liés au développement de notre nation afin de mieux répondre aux attentes du peuple congolais.
Il s’agira concrètement d’examiner en profondeur les grandes questions telles que :
- La meilleure formule de parachèvement du processus de décentralisation ;
- Comment entendons-nous réaliser le découpage prévu dans la Constitution de manière judicieuse et dans l’intérêt du pays ?
Au delà du débat interne au sein du Parlement, les fruits de nos réflexions sur les questions essentielles et du développement intégral de notre pays seront destinés aux Institutions compétentes comme avis entre autres pouvant enrichir leurs actions de relèvement du niveau de vie de nos populations.
La naissance de ce cadre de réflexion me comble de joie parce qu’il permet de matérialiser le vœu que j’ai formulé lors de ma démission, vœu selon lequel le combat de la démocratie et des valeurs républicaines était valable et pouvait se mener à tous les niveaux.
Président de l’Assemblée nationale ou Député, je me sens porté toujours par la même flamme, celle de servir cette Nation par des propositions concrètes, fruit de nos réflexions communes à travers le courant de pensée que nous instituons ce jour.
Le temps est aussi venu pour nous tous de savoir qu’il est possible de porter de bonnes idées et de les voir matérialisées par nous même ou par d’autres personnes. L’essentiel, étant de préserver notre capacité de contribuer à l’édification nationale.
Cela dit, Honorables Députés et Chers Collègues, il convient de rappeler un certain nombre des principes que nous avons toujours partagés ensemble :
- Etre membre du courant, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est, c’est vouloir changer la société ;
- Pour le courant, la démocratie représente à la fois un moyen et une fin ;
- Le courant est foncièrement démocratique. Il s’engage à respecter chacun de ses adhérents par la promotion, en son sein, d’un débat transparent et ouvert. Il prend en compte dans un dialogue permanent avec les forces et les mouvements de la société civile, des syndicats, les organisations non gouvernementales, dans le respect de leur indépendance ;
- Le courant veut rassembler toutes les sensibilités de la vie politique qui constituent sa force et sa richesse inestimable et s’engage à respecter les convictions de chacun. Il ne se résigne pas aux divisions présentes et celles héritées du passé, organisant en son sein un libre débat, il appelle tous les hommes et toutes les femmes qui partagent ses valeurs à rejoindre ce combat.
Honorables Députés et Chers Collègues,
Nous avons l’obligation de réflexion et pourquoi pas celle d’actions pour accompagner, de manière responsable, notre pays dans sa marche vers le progrès et le bonheur de notre peuple. Nous devons donc réfléchir à la meilleure manière d’échapper aux accidents du hasard. Car même le hasard ne favorise que les esprits préparés.
Revenant sur ce que j’ai dit plus haut, je réaffirme qu’autant les querelles sur les principes sont tonifiantes, autant les disputes qui portent sur les personnes peuvent conduire un groupe à l’asphyxie. Nous voulons donc pouvoir convaincre par la force de la vérité et non pas imposer la vérité par la force.
Nous voulons, en créant ce courant de pensée, favoriser le rassemblement des intelligences de ce pays, mieux réaliser l’union sacrée de l’élite congolaise pour une meilleure prise de conscience et pour une optimisation de nos chances de développement.
Divisés, nous avons toujours été faibles, mais unis, nous avons toujours su opérer des miracles. Ils ne sont pas nombreux ceux qui croyaient que nous pourrions doter notre pays des institutions issues des urnes après plus de 40 ans de traversée de désert.
L’histoire ne nous pardonnera pas après avoir franchi un pas aussi important. Un seul choix s’impose à nous tous, c’est de consolider la démocratie.
Il n’y en a pas beaucoup non plus qui pouvaient croire que nous soyons encore à même, aujourd’hui, de gagner une coupe d’Afrique de football.
Nous allons, en nous organisant, constituer une force intellectuelle, qui va nous aider à mieux aider le pays d’aller dans la direction du rêve des pères de l’indépendance.
Le Congo, grâce à vos réflexions, à votre travail et au travail de tous, peut retrouver sa place dans le concert des nations, le Congo peut et doit redevenir la locomotive de l’Afrique centrale. C’est possible. Et nous y croyons fermement.
Le français Jean Jaurès disait : « un peuple, quand il calcule les chances de l’avenir et l’effort nécessaire d’indépendance et de salut, ne doit compter que sur sa force ».
La force du peuple congolais, c’est vous ses élus. Réveillez-vous et regardez comment ce peuple souffre, comment il vit dans le dénuement le plus total.
Laurent Fabius a fait l’observation suivante : « Quand ça va bien, il faut rester modeste car cela ne peut que se détériorer. Et quand ça va mal, il faut être plein d’espérance parce que ça ne peut que s’arranger ».
Nous avons donc foi en l’avenir de ce pays. C’est la raison pour laquelle nous nous trouvons tous ici.
Ce courant est à nous tous. Il attend d’être enrichi des apports de chacun d’entre nous. Nous devons peser positivement au sein de l’Assemblée nationale afin que les débats ne dérapent point et que le contrôle parlementaire ne soit étouffer.
Nous nous devons d’être solidaires dans toutes les matières qui relèvent de l’intérêt supérieur de la nation. Appartenir à des partis politiques différents ne nous donne pas le droit d’oublier les attentes de la population.
La fête de pâque commémore le Christ mort et ressuscité. Ce jour est le signe d’un nouveau départ dans la vie. C’est le temps du renouvellement, le temps de la renaissance. Esaïe 65 : 17-25.
Dieu a promis au peuple d’Israël qu’il va créer des nouveaux cieux et une nouvelle terre. Il avait dit au peuple d’Israël qu’il ne se rappellera plus les choses passées. Et ces choses ne reviendraient plus.
Aujourd’hui, Honorables Députés et Chers Collègues, prenons un nouveau départ pour que le peuple congolais, comme le peuple d’Israël évoqué dans la bible, puisse vivre dans l’allégresse, pour qu’il retrouve le chemin de l’espérance.
Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous.
Je vous remercie.