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La tenue du congrès de l’UDPS, un pari risqué ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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L’annonce de la tenue du premier congrès de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) devrait être un grand événement politique. C’est une grande première pour ce parti politique qui a, plus que toutes les autres formations politiques, une large assise autant au pays qu’à l’extérieur. Pour les membres de l’UDPS – parti qui s’est toujours tenu loin des institutions du pays pour plusieurs raisons –, l’organisation du 1er congrès représentait une rentrée en force sur le devant de la scène politique congolaise et cela, en vertu des prochaines échéances électorales. En d’autres termes, les congressistes devraient jeter le prélude du renouveau démocratique devant déboucher au changement radical du mode de faire et d’interpréter la gestion de la chose politique en RDC.

L’optimisme…

Au départ, quand l’idée fut lancée au mois de juillet 2008 par Etienne Tshisekedi lui-même, tout semblait bon. L’optimisme rayonnait et l’espoir d’un succès retentissant de ce congrès était permis. C’est dans cette optique que les udépessiens l’ont baptisé « congrès de la refondation ». Après plusieurs années d’opposition improductive, alternées par des moments de fortes percées au niveau de l’adhésion populaire et d’impasses sans perspectives de leur politique sur l’avenir du pays, il fallait créer un événement susceptible d’entrainer toute la population dans la mouvance d’un grand changement. D’un changement, profond et radical. Cela ne pouvait se faire qu’en mutant et en transformant leurs options du départ en fonction de la situation politique actuelle. Cela impliquerait qu’ils fassent une analyse rigoureuse et sans complaisance de leur propre politique afin d’ajuster leurs méthodes de travail, leurs objectifs en réorientant naturellement leur agenda politique.

La longue crise

L’atmosphère du départ s’est vite dissipée à la suite d’une longue crise qui secoue deux fractions opposées au sein de ce parti. Les uns accusant les autres de tous les maux et vice versa. Au fond de cette discorde il y a une série de décisions prises par le Président national (PN) de ce parti, le Dr Étienne Tshisekedi, afin de le revitaliser face au défi majeur d’organiser leur premier congrès après 27 ans d’existence. Ces mesures, il faut en convenir, n’ont pas fait l’unanimité. Selon les cas et le camp d’appartenance de chaque groupe, elles ont été soit désavouées soit encore considérées non-authentiques. Notre propos ne sera pas d’en analyser le bien fondé ou encore moins d’en assurer l’authenticité. Nous pensons qu’il est important de disserter sur la tenue du congrès dans les conditions actuelles où le parti est manifestement divisé. Faut-il, de manière raisonnable, aller au congrès sachant qu’une partie des combattants ne sera pas de la partie ? Faut-il, dans les conditions actuelles, saborder le sens et le fondement même de ce parti qui est l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social pour aller au congrès en rang dispersé en étant très divisé et désuni ? Il convient, pour comprendre l’étendue des dégâts probables faire un rapprochement avec un fait politique qui est encore frais dans la mémoire des Congolais.

Parallélisme avec la tenue des élections

Il ne serait pas hasardeux, dans la situation conflictuelle actuelle au sein de l’UDPS, de faire un parallélisme entre ce qui s’était passé lors des élections générales de 2006 tenues dans les conditions que nous savons. Les uns poussaient absolument pour la tenue desdites élections même si toutes les conditions n’étaient pas apparemment remplies. Ils avaient soif de l’expression démocratique et voulaient en finir avec une transition qui n’avait que trop durer. En partie, ils avaient raison. Les autres voulaient y aller en s’assurant sur le plan formel et législatif de réunir tout ce qu’il fallait mettre en place afin d’avoir des élections libres et transparentes qui se tiendraient dans un climat politique préalablement apaisé. Voilà, le premier camp eut gain de cause, poussé pour cela par les Occidentaux qui avaient leurs calculs en tête. Il eut les élections qui n’ont, apparemment, rien résolu. Les élections dites démocratiques ont été littéralement trichées. La bonne gouvernance n’a pas suivi. La paix, en dépit de nombreux accords signés, n’a pas été au rendez-vous. Enfin de compte, les élections municipales qui devaient en principe être tenues les premières ont été repoussées et n’auront probablement plus de chance d’être tenues régulièrement, conformément aux prescrits de la constitution. Les élections bâclées ont donc eu lieu mais, les résultats sont catastrophiques ou du moins, loin des attentes espérées par le peuple congolais. Sauf mauvais calculs, tout laisse croire que la situation est quasi identique à ce qui se passe au sein de l’UDPS. La question en jeu n’est pas seulement la tenue du congrès qui est fixée, pour le camp de l’ambassadeur François-Xavier Beltchika-Kalubye, du 15 au 18 avril prochains. Alors que le camp dit « fidèle au PN », de Valentin Mubake et Alexis Mutanda, parle du 2
ième semestre de cette année. Au fond de cette dispute il y a une dissidence ouverte qui n’a pas dit son nom. C’est l’autorité du chef charismatique qui serait contestée sans qu’on ne l’avoue ouvertement. Officiellement, les deux camps se positionnent sur le nom de leur leader historique pour galvaniser l’adhésion, le soutien matériel et moral et enfin la participation des combattants au congrès.

Le silence glacial de Tshisekedi

Le leader charismatique de l’UDPS serait volontairement ou involontairement, au centre de tout ce chaos qui s’est crée au sein de sa famille politique. Sa maladie, suivie d’une longue convalescence, n’a pas du tout arrangé les choses. Pis encore, il s’est tapis dans un long silence tout en prenant des décisions importantes pour son parti. Celles-ci, comme nous l’avons déjà dit, étaient ponctuellement acceptées ou refoulées par ses partisans selon qu’ils en tiraient ou non avantage. En réalité, tout ce grabuge qui se vit au sein de l’UDPS n’est rien d’autre qu’une guerre de succession. Tout le monde le sait. Seulement, elle intervient sans règles et dans un climat de confusion totale alors que le leader massimo, tel un renard, les observe en silence. Un silence glacial, mystique, qui étonne ceux qui voudraient savoir la vérité et qui déconcerte et embrouille en même temps ceux qui ont d’autres visées contraires à ses directives. Or, il aurait fallu qu’il fasse suivre ne fut-ce qu’une de ses décisions contestées par une déclaration verbale pour faire cesser toute la tempête qui agite ses partisans. Celle-ci aurait pu être relayée par le biais de n’importe quel media ou via vidéo préenregistré. Il ne l’a pas fait pour des raisons que lui-même sait. Sans doute, il a à cœur le souci de préserver l’unité de son parti. Sans nul doute également, compte tenu de son long combat pour l’instauration d’un Etat démocratique, respectueux des droits humains, il tient à léguer au peuple congolais cet héritage fort. Cependant, comment y parviendra-t-il si son parti qui était considéré comme une alternative crédible perd des ailes. Se fractionne et perd toute la force mobilisatrice qu’elle était supposée exercer sur le peuple congolais ? Voilà un dilemme qui le place dans une mauvaise posture.

Espoirs déçus !

Quoiqu’il en soit, c’est l’espoir du peuple congolais qui sera déçu. Le peuple a cru, de bonne foi, que la longue lutte politique de l’UDPS devrait les amener à la victoire finale contre des régimes fantoches et dictatoriaux. Le peuple a cru et continue à croire au seul opposant qui a tenu tête aux dictateurs qui se sont succédé à la tête du pays. Or, au moment où ce parti devrait commencer à se préparer pour les échéances électorales prochaines – l’option d’y concourir ayant été levée avant terme – il est fortement dévasté par une crise interne. Que ceux qui prétendaient appartenir à une autre classe politique, que ceux-là mêmes qui se disaient capables d’interpréter et de respecter les textes se montrent aussi malintentionnés et moins préparés à assumer le destin collectif des Congolais, il y a lieu de crier au désarroi, d’entrevoir des lendemains encore plus sombres pour ce pays. Comment ceux qui se sont longtemps nourris aux mamelles de l’opposition en se tenant à l’extérieur des institutions puissent tout compromettre entre eux, sans autres solutions de rechange ? Comment les champions en critique de toute sorte vis-à-vis des gouvernants actuels se montrent aussi fragiles, faibles et moins conciliants devant les enjeux qui dépassent la portée de leur propre parti ? Serait-ce l’argent ou les promesses de quelques postes qui pousseraient certains d’entre eux à envisager la rupture totale qui sente l’odeur de la trahison et de la compromission avec le pouvoir qu’ils ont toujours combattu politiquement ? L’échec de l’UDPS – si tel sera le cas – sanctionnera l’échec de toute une nation et surtout de son élite politique qui demeure, à quelque chose prêt, de la même espèce. De la pire espèce. L’UDPS, en perdant ses points de repère offusque le bien-fondé de sa lutte et ouvre grandement la voie à la poursuite de la politique irresponsable et sans fondement social et économique que ce pays connaît jusqu’à ce jour.

Congrès de la refondation ou de la division ?

Il est impensable que de nombreux « combattants » qui avaient à cœur le développement et la prospérité de ce pays puissent d’un coup se détourner de leurs positions pour créer une dissidence qui affaiblirait pour un temps relativement long leur parti au profit du régime en place. Décidément, le congrès qui devrait être de la refondation risque de passer à l’histoire comme le congrès de la division d’un grand parti. Comme le congrès qui condamne le peuple congolais à vivre encore longtemps sous le joug de la dictature. Est-ce cela l’intention de ceux qui s’obstinent à aller au congrès à tout prix ? Ou encore, pour mettre tout le monde dans le même sac, est-ce cela la démonstration de la capacité politique que l’UDPS faisait miroiter à la population si, ses dirigeants sont incapables de s’accorder et de trouver des solutions viables à leurs problèmes ? Il est certain que l’histoire jugera les uns et les autres en fonction du tort énorme qu’ils auraient causé à l’idéal de l’instauration de la démocratie pluraliste au pays et d’un système politique se souciant de promouvoir les droits humains et la prospérité de son peuple. La tenue du congrès d’une aile du parti constitue-il un pari risqué ?

Mwamba Tshibangu

 
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