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«Assemblée et groupe où règne la confusion et le désordre, faute de discipline». Telle est la définition du vocable «pétaudière». Depuis que les parlementaires congolais ont repris le chemin du Palais du peuple dans le cadre de la session ordinaire mars-juin, l’Assemblée nationale donne d’elle une image inénarrable. Le travail parlementaire est battu en brèche par des querelles paroissiales. Cette haute institution du pays semble faire face à une insidieuse déstabilisation. Une déstabilisation menée de l’intérieur par des «forces invisibles» qui connaissent l’attraction que l’argent et le pouvoir exercent sur le personnel politique congolais.
Légiférer et contrôler l’action du gouvernement. Ce sont là les missions essentielles de toute assemblée législative. Que voit-on ? Depuis la rentrée parlementaire, il y a bientôt un mois, la Chambre basse patauge dans des intrigues dont les enjeux sont éminemment «alimentaires». D’une part, la lutte pour la conquête d’un strapontin dans le futur Bureau. De l’autre, l’argent. L’argent destiné au fonctionnement de l’Institution et qui aurait été détourné. Qui a détourné quoi ? Qui a intérêt à focaliser l’attention des «honorables députés» sur des broutilles alors que la nation attend d’eux de jouer pleinement leur double rôle de législateur et surtout celui de contrôleur d’un Exécutif conscient de son omnipotence et qui se livre chaque jour à des excès de pouvoir?
Tout a commencé avec le bras de fer Kabila-Kamerhe. Accusé d’«indiscipline» pour avoir exprimé, à juste titre d’ailleurs, son «émotion» après l’entrée de plusieurs milliers de soldats rwandais sur le sol congolais - alors que Joseph Kabila, lui, parlait de «quelques unités» de renseignements militaires -, le président du Bureau de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a été contraint à la démission. Celle-ci est intervenue le 25 mars dernier «sans vote ni débat».
D’aucuns avaient cru à tort que cette défénestration pour le moins folklorique allait avoir l’effet d’une séance d’exorcisme pour cette Chambre. Erreur. L’Assemblée ressemble à un corps sans tête. Pire, méconnaissant le principe de la continuité de l’Etat, la très peu vertueuse «autorité morale» de l’AMP s’est opposée au maintien en fonction des membres de l’ancien Bureau - dont Vital - pour expédier les affaires courantes jusqu’à l’installation de leurs successeurs. Vice-président du groupe parlementaire PPRD, le député Aubin Miniaku, a semblé relayer cette exigence en demandant la mise sur pied d’une «commission temporaire» chargée d’organiser l’élection des futurs membres du Bureau. Quelle en serait la base légale ? Mutisme.
Plus grave, depuis la rentrée parlementaire, un mot revient sans cesse à la Chambre basse : détournement. Qui a détourné quoi ? Voilà une question qui est au centre des débats à la plénière de cette assemblée.
Une commission parlementaire a été mise sur pieds lundi 6 avril. Elle disposait de 48 heures pour clarifier la situation litigieuse en prenant langue avec le ministre des Finances. Il s’agit d’établir la «traçabilité» des fonds payés par le Trésor public en faveur de l’Assemblée nationale sans que ceux-ci atterissent dans l’escarcelle de cette Chambre.
L’argent. Les députés congolais n’ont que ce mot dans la bouche. Trois montants sont cités : 2.500.000 USD destinés aux émoluments pour les mois de février et mars 2009 ; 700.000 USD pour les frais de fonctionnement et la somme de 1.550.000 USD consignée au cabinet du ministre des Finances. Une consignation ordonnée par le procureur général de la République.
On apprenait par ailleurs que le deuxième vice-président du Groupe des parlementaires indépendants (GPI), un groupe membre de l’AMP, a été suspendu par ses camarades. Motif : détournement d’un montant de 63.000 USD. L’intéressé conteste les faits énergiquement.
Où va l’Assemblée nationale congolaise ? Ceux qui ont contraint le Bureau dirigé par Vital Kamerhe à la démission n’avaient manifestement pas prévu de « Plan B » pour éviter le chaos ambiant. A moins que leur objectif consistait à déstabiliser l’Assemblée nationale. Dans cette hypothèse, cet objectif est largement atteint.
Après la désorganisation des Forces armées de la RD Congo et de l’Assemblée nationale, quelle sera la prochaine cible? B. Amba Wetshi
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