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La nomination d’Alexis Thambwe Mwamba à la tête de la diplomatie congolaise avait suscité un certain espoir de changement dans ce secteur. Cent jours après, on assiste à une sorte de désenchantement général principalement dans les milieux diplomatiques congolais. A tort ou à raison, il est reproché à ce membre du gouvernement de consacrer le clair de son temps à la «gestion» ainsi qu’aux voyages à l’étranger négligeant les réformes à conduire tant au niveau de l’administration du département que de la politique étrangère du pays. Pire, «Alexis» est accusé de prendre des décisions sans disposer des moyens d’action conséquents.
Dans son discours d’investiture, prononcé le 1er novembre dernier, le Premier ministre Adolphe Muzito déclarait que son gouvernement allait déployer son action sur «six fronts» dont «le front politique, diplomatique et médiatique». Selon Muzito, «la voix de la RDC se fera désormais entendre partout où elle est requise, pour expliquer sa cause légitime qui est souvent mal comprise du fait d’un travail de lobbying insuffisant et d’une diplomatie peu performante». Outre la normalisation des relations avec certains Etats voisins, le nouveau chef du gouvernement clamait haut et fort sa volonté de réduire le nombre des ambassades et consulats généraux par l’«assainissement» des missions diplomatiques «non-stratégiques». En bon bantou, Muzito a sans doute cru que ce qui est dit est accompli. Face à cette ambition réformatrice proclamée, les observateurs s’attendaient naturellement à voir le nouveau titulaire des Affaires étrangères, en l’occurrence Alexis Thambwe Mwamba - un homme réputé méthodique dans l’art du management – de commencer par le commencement. C’est-à-dire en procédant à la réalisation préalable d’un audit tant au niveau de l’administration centrale que des missions diplomatiques. But : identifier les maux dont souffre ce secteur névralgique afin d’évaluer de manière réaliste et objective les moyens humains, matériels et financiers à mobiliser pour garantir un nouveau départ pour la diplomatie congolaise. Contre toute attente, Thambwe a fait l’impasse à ce diagnostic en se mettant immédiatement en action. Quelle action ?
Passeports bio-métriques
La première décision du nouveau patron de la diplomatie congolaise a été l’annonce de la fermeture de l’ambassade de la RD Congo aux Pays-Bas et le transfert de l’ensemble du personnel à Bruxelles. Mardi 13 janvier, Thambwe, en personne, reçoit l’ambassadeur néerlandais à Kinshasa à qui il notifie cette mesure. Trois mois après, le personnel diplomatique congolais à La Haye attend toujours l’envoi de fonds pour quitter l’ancien pays d’accueil. Dans ces entrefaites, le service du protocole du ministère hollandais des Affaires étrangères renâclerait à proroger les cartes de séjour des diplomates censés avoir quitté le sol hollandais. Aux dernières nouvelles, l’ambassadeur congolais se trouverait encore à La Haye alors qu’il a déjà fait ses adieux.
L’autre dossier qui semble focaliser l’attention de ce ministre c’est bien le lancement des «passeports bio-métriques». Ignorant sans doute que le ministère des Affaires étrangères compte en sein tout un directeur chargé de la «Chancellerie», le ministre s’est accaparé d’un dossier "technico-administratif". Les Kinois n’ont pas manqué de découvrir dans certains journaux de la place datés 18 mars dernier un communiqué portant le numéro 131/007/2009 publié sur papier à en tête du ministre des Affaires étrangères. Le communiqué est signé: Alexis Thambwe Mwamba.
Voici la teneur de cette annonce : « Il est porté à la connaissance du public que le processus de fabrication des passeports bio-métriques est arrivé fort heureusement à la fin. Les spécimens (…) viennent d’être communiqués, ce 17 mars 2009, à toutes les missions diplomatiques accréditées en RD Congo. Le ministère des Affaires étrangères est désormais en mesure de délivrer, à partir du 1er avril 2009, les nouveaux passeports (…). «Les frais pour l’acquisition du passeport ordinaire ou pour pèlerins sont fixés à 150 USD la pièce. Les frais bancaires afférents au versement du prix du passeport ne sont pas compris. Pour les formulaires de demande (…), le coût est de 20 USD la pièce. La vente de ces formulaires débutera le 25 mars 2009 au ministère des Affaires étrangères.»
Un fonctionnaire joint au téléphone à Kinshasa ne cache pas sa stupéfaction. «A l’époque de Mobutu, Alexis Thambwe ne passait-il pas pour un des ministres les plus brillants?, s’interroge-t-il. Ne disait-on pas qu’il était un des meilleurs managers à la tête de l’Office de Douanes et Accises ? Comment se fait-il qu’il quitte son piédestal de ministre – dont la charge est de fixer les grandes orientations politiques - pour s’occuper des actions relevant de la compétence des directions techniques du ministère ?» Et d’ajouter : «Thambwe vient de confirmer le vieil adage selon lequel tout ce qui brille n’est pas l’or.»
L’arbitraire
Notons que lundi 31 mars, joignant les paroles aux actes, le ministre Thambwe a organisé une «séance de travail» avec le corps diplomatique accrédité à Kinshasa. But : annoncer la mise en circulation des passeports et rassurer les diplomates sur la «fiabilité» du nouveau titre de voyage. «Je suis convaincu de leur fiabilité absolue», déclarait le patron de la diplomatie congolaise. Il a par ailleurs annoncé que les passeports seront à l’avenir émis à la «Centrale» sur base des renseignements recueillis par les représentations diplomatiques congolaises. A propos des passeports, un fait suscite une certaine tension à Kinshasa. Avant le lancement du nouveau passeport ordinaire, plusieurs candidats au voyage avaient introduit leur dossier de demande du précieux document sans oublier d’acquitter les frais y afférents. Sur décision du ministre, ces dossiers ne sont pas pris en compte. Les intéressés doivent réclamer les montants versés auprès du ministère des Finances duquel relève la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRAD). Quid de la continuité de l’Etat ? Devrait-on conclure que le prédécesseur de Thambwe n’avait pas inscrit cette question dans la remise-reprise ? Mécontents d’avoir été traités avec autant de désinvolture, fin mars, plusieurs dizaines de Kinois se sont massés devant le bâtiment abritant les Affaires étrangères pour faire savoir bruyamment tout le mal qu’ils pensent de la décision de ce ministre. Ils ont promis de revenir.
Diplomates rappelés et «sans papiers»
Parmi les «décisions-chocs» prisent par Thambwe, il y a enfin le rappel des diplomates en poste à Bruxelles. Attaché culturel dans cette mission, Albert Kasereka, fonctionnaire du ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire, a été propulsé chargé d’affaires ad intérim. Une décision discutable au regard des règlements d’administration en vigueur. L’exercice de cette fonction est réservé aux diplomates de carrière, autrement dit les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Quid des «anciens diplomates» ? Ceux-ci ont été invités à attendre leur rapatriement «à la maison». Sans un sou. Sans carte de séjour en cours de validité pour la plupart d’entre eux.
Au lendemain de la «libération» du 17 mai 1997, une mesure identique avait frappé les diplomates zaïrois qualifiés collectivement comme étant des «mobutistes» pour avoir servi le pays sous la Deuxième République. Douze années après, les fonctionnaires répudiés jadis restent abandonnés à leur triste sort. Certains ont perdu la vie faute d’argent pour payer des soins de santé. Des ménages ont implosé au détriment des intérêts des enfants. Placés devant un état de nécessité, certains fonctionnaires ont obtenu le statut de résidant ordinaire ou celui de réfugié. «Des déserteurs !», clament les autorités susccessives du ministère.
La décision de rappel prise par ce ministre ne suscite en soi aucun grief. En effet, tout diplomate congolais jouit, sur papier, d’un mandat de quatre ans à l’étranger avant de revenir se ressourcer au pays pendant deux ans. Cela relève de la rotation normale. Or suite aux dysfonctionnements qui affectent l’ensemble de l’administration publique zaïro-congolaise depuis deux décennies, certains fonctionnaires rappelés étaient en poste depuis une décennie voire deux. Où se situe le problème ? Il est reproché au patron de la diplomatie congolaise de faire preuve d’un certain «arbitraire» dans la mise en œuvre de son ukase mais aussi d’un «manque d’égard» vis-à-vis des fonctionnaires concernés. «Le rappel des diplomates est une mesure normale, dit un fonctionnaire. Là où le bat blesse c’est que les autorités diplomatiques congolaises ont demandé aux autorités diplomatiques belges de ne plus compter les agents rappelés dans la liste diplomatique congolaise établie par le Protocole. Et pourtant, ces agents sont toujours en Belgique attendant les moyens financiers pour leur rapatriement. Conséquence : ces agents n’ont plus droit à la prorogation de leur carte de séjour.»
Dans certains milieux diplomatiques belges, on entend dire que le ministre Thambwe aurait demandé le plus officiellement du monde à son homologue belge Karel De Gucht de lui consentir une "aide" d’un import d’un million d’euros pour assurer le rapatriement des diplomates "fin terme". Selon certaines sources, une démarche similaire avait déjà été menée à l’époque de Louis Michel. «La Belgique pourrait-elle demander à la RD Congo de prendre en charge le retour en Belgique de ses diplomates en poste à Kin?», aurait réagi à l’époque l’actuel l’actuel commissaire européen aux Affaires humanitaires. A Kinshasa, les fonctionnaires du «Minaffet» ne cachent pas un certain étonnement face à ce qu’ils qualifient de «tâtonnements» de la part d’une personnalité qui a déjà eu à diriger une mission diplomatique.
Fin de l’état de grâce?
A la fin des années 90, "Alexis" avait assumé les fonctions d’ambassadeur du Zaïre à Rome. «Alexis est réputé pour sa suffisance, enchaîne un ancien diplomate à Rome. Il est stupéfiant qu’il se comporte avec autant d’amateurisme diplomatique alors qu’il est entouré des diplomates chevronnés.» Valentin Matungul Nkuman Tavun et Jean-Pierre Hamuli Mupenda assument les fonctions respectives de directeur de cabinet et de conseiller politique et diplomatique. Ancien secrétaire général audit ministère, Matungul a été plusieurs fois ambassadeurs notamment à Londres et à Kigali. Hamuli a assumé les fonctions de ministre-conseiller en Inde et en Belgique. Notons que l’actuel secrétaire général Bertin Kanunu vient du Caire où il assumait les fonctions d’ambassadeur. Ottawa était son précédent poste.
Au ministère des Affaires étrangères, Thambwe et ses proches collaborateurs feraient face à une ambiance de fin d’état de grâce. Ce beau monde est accusé de privilégier la gestion quotidienne et les voyages à l’étranger au détriment des réformes à mener pour moderniser et redynamiser tant l’administration centrale que les postes diplomatiques. Des syndicalistes se disent déterminés à obtenir le changement du titulaire aux Affaires étrangères mais aussi à la tête du secrétariat général. «Le ministre Thambwe est souvent en voyage à l’étranger, commente un fonctionnaire. Il en est de même du secrétaire général du ministère qui a été à Paris rien que pour réceptionner la machine destinée à coller les photos sur les passeports bio-métriques. Au moment où je vous parle, le même secrétaire général se trouverait en Inde». L’homme de conclure : «Il arrive que le ministre, les deux vices-ministres, le secrétaire général et le directeur du cabinet du ministre soient tous à l’étranger. Qui s’occupe, dès lors, de l’administration du département?»
Au cours d’une réunion avec les fonctionnaires de l’Administration centrale, le ministre leur a dit sans fioritures qu’il ne voulait plus voir les fonctionnaires traîner à l’extérieur du bâtiment. "Au lieu de s’attaquer aux effets, Thambwe aurait dû commencer par cerner la cause de ce phénomène. Les agents sont obligés d’être à l’extérieur pour entrer en contact avec les voyageurs potentiels venus chercher un passeport. Ce n’est qu’en jouant aux "commissionnaires" que les fonctionnaires parviennent à nouer les deux bouts." Madeleine Wassembinya/B.A.W |