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Le dernier discours de Vital Kamerhe contient des phrases invitant à une méditation et une réflexion approfondies dont pourrait dépendre la suite des événements dans notre pays. Ce discours dit aussi le vide éthique sur lequel « la jeune démocratie congolaise » est bâtie. La démocratie ne vaut rien si elle n’est pas fondée sur des valeurs pré-démocratiques consistantes. Le discours de Kamerhe pose la question fondamentale du renouvellement de la classe politique congolaise et celle de la mise au pas des réseaux de prédation ayant pris notre peuple en otage.
La culture de la délation et de l’immoralité Pour avoir dit qu’il n’était pas au courant de l’entrée des troupes rwandaises au Congo, Kamerhe a été accusé d’avoir « commis un crime de lèse majesté ». Sa famille politique l’a astreint « à la démission avec en prime une forte campagne de diabolisation et d’injures (...) . » Le discours sanctionnant la démission a été « le lieu de déplorer la culture de l’injure publique, de la délation et de l’immoralité dans la sphère politique congolaise (...). » Qui dit culture dit éducation, formation et apprentissage, ayant conduit à une certaine maîtrise. Les années de Mobutu et de la gestion de « la révolution du 17 mai 1997 » ont conduit une certaine classe politique à maîtriser l’injure publique, la délation et l’immoralité. Pour dire les choses autrement, « la révolution du 17 mai » n’a pas refondé le pays sur les valeurs de respect mutuel, de respect de soi, de courage, d’honorabilité, de dignité, d’amour d’autrui et du pays, etc. Non. Pilotée par « un conglomérat d’aventuriers » téléguidés par le Rwanda et ses parrains, cette « révolution » a eu comme fondement un matérialisme pur et dur: le goût de l’enrichissement sans cause (par tous les moyens) et des plaisirs achetables à vil prix. La délation permet d’être en permanence à la mangeoire et l’immoralité relativise l’usage abusif de la violence. Envieux des dinosaures mobutistes, « les révolutionnaires de 17 mai » les ont copiés(et dépassés en détournement des deniers publics) et gardés à leurs côtés pour qu’ensemble, ils saignent à blanc le pays de Kasavubu et de Lumumba en terrorisant nos pauvres populations. Ils ont signé des alliances de vautours. Les exceptions converties aux valeurs républicaines sont la proie de la diabolisation et de la délation: des morts en sursis. Si nos populations sont attachées à « la démocratie », la classe politique versée dans la délation et l’immoralité s’en moque. Le fait que notre peuple soit écrasé toutes les fois qu’il a voulu se mettre debout collectivement ou à travers certains de ses fils et filles de grande qualité témoigne de l’immoralité de cette classe politique qui dirige notre pays depuis plus de quatre décennies. Que Kamerhe évoque, dans son discours, les martyrs de l’indépendance, les martyrs de la pentecôte, les martyrs de la marche pacifique des chrétiens du 16 février 1992, nos Pères évêques Munzihirwa et Kataliko et Charles Mboga avant de parler de la situation qu’il a voulu éviter, cela atteste que nous ne sommes pas sortis de l’auberge. « Je ne voudrais pas, dit-il, lever l’option qui risque de nous conduire dans des situations incontrôlées et incontrôlables, dans des situations qui peuvent encore alourdir le bilan macabre des morts au sein de notre population. » Voilà qui est bien dit. Quelle est cette option? Celle du respect des textes. Celle du débat sur la motion de défiance de l’AMP à l’Assemblée nationale. L’appel au respect des textes et au débat politique, au Congo, est vite étouffé par le blocage des institutions, la violence et la mort. La classe politique immorale est contre le respect scrupuleux de la Constitution et des lois du pays. Dans ce contexte, acculé à la démission , Kamerhe a prié les députés « de vouloir accepter ma démission sans débat, ni vote. » Qui, après lui, osera organiser un débat sérieux et un vote parlementaire sur des questions engageant la vie de la nation sans craindre pour sa vie? En démissionnant, Kamerhe dit que dans la configuration actuelle de l’Assemblée nationale, la démocratie parlementaire est impossible. Cette caisse de résonance du gouvernement ne peut pas sauver « la jeune démocratie congolaise » (qui n’existe que dans la tête des ultra-libéraux qui l’ont fabriquée). Cette classe politique immorale ne débat qu’avec ceux qui ont pris les armes et qui rentrent dans le projet qu’elle partage: prendre notre pays en otage, le débarrasser de toutes ses dignes filles et de tous ses dignes fils capables de débat contradictoire et des remises en question profondes du désordre établi. Que le Rwanda infiltre notre pays et nos institutions par le RCD et le CNDP interposés participe de ce projet. (Nous procéderons prochainement à la relecture de l’Accord signé à Goma entre le gouvernement et le CNDP pour illustrer cette hypothèse.)
Le prix d’ « une révolution » fondée sur les anti-valeurs Le discours de la démission de Kamerhe est un bon petit résumé de l’histoire politique de notre pays depuis les indépendance jusqu’à ce jour. Malgré son côté diplomatique et/ou complaisant. Il cite côte à côte les véritables artisans de notre marche vers notre deuxième indépendance, la vraie, la réelle et les supplétifs du nouveau désordre mondial ultra-libéral. Néanmoins, il situe le sens de la véritable lutte que sa démission a symbolisé: « faire le choix d’aller de l’avant et de défendre sans relâche la démocratie et les valeurs républicaines pour le renouveau de la classe politique congolaise qui doit prendre l’engagement de reconstruire un Congo où il fait beau vivre. » Mais comment renouveler une classe politique dans un pays où l’imaginaire social est envahi par les anti-valeurs? Peut-être qu’il faudra compter sur « un petit reste » prenant demain le pouvoir et réorganisant l’éducation, la formation et la recherche... « Faire le choix d’aller de l’avant et défendre sans relâche la démocratie et les valeurs républicaines » nous exigera de faire la politique autrement: dépasser les clivages classiques de la politique partisane pour créer une synergie entre les hommes et les femmes politiques et les associations de la société civile. C’est peut-être sur ce point de les nouvelles plates-formes de la diaspora congolaise semblent innover. (Nous reviendrons sur cette question dans un article traitant du Le Congo en Légitime défense(CLD) Une telle synergie fonderait nos luttes pour un autre Congo sur le relationnel au lieu du compétitif et du concurrentiel servant de fondation à la logique partisane mortifère. Pour dire les choses autrement, rompre avec la logique compétitive pour l’accès à la mangeoire des supplétifs de la prédation mondialisée nous exigerait de comprendre que nous ne sauverons pas le Congo du désordre ultra-libéral en étant opposé les uns aux autres. Mais en travaillant main dans la main, en marge des collabos ayant vendu leur coeur et leur esprit pour une bouchée de pain. N’oublions pas que les ressorts de « la démocratie » qui nous tue sont entre autres l’individualisme favorisant la compétitivité et la concurrence à mort, le matérialisme plat et la rationalisme sans âme. Revenons au discours de Vital. Il est vitalisant tout en montrant les limites d’une révolution fondée sur les anti-valeurs. Elle finit par manger ses propres fils. Quand Kamerhe remet en question une classe politique immorale, il s’insulte lui-même. Au moment où s’abattent les foudres de la délation et de l’immoralité sur lui, Vital parle haut et fort. Il fait comme s’il n’avait pas été l’un des artisans du système qui l’emporte. Comme toute marionnette, avant sa mort politique, il finit par dire sa part de vérité: l’inhumanité du système auquel il a participé et auquel les Congolais(es) risque de continuer à payer un prix toujours élevé maintenant que la France a besoin, officiellement, des matières premières stratégiques congolaises. Après, Vital, à qui le tour? Jean-Pierre Mbelu
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