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Le politicien congolais et le double langage Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Kinshasa et à l’étranger, des Congolais continuent à s’interroger sur le boycott - la censure ? - de la cérémonie marquant la rentrée parlementaire, lundi 16 mars. On le sait, cette cérémonie n’a pas été retransmise en directe par la télévision nationale (RTNC) tant en ce qui concerne l’Assemblée nationale que le Sénat. Le président de la Chambre haute, Léon Kengo wa Dondo, est plutôt «vacciné». Son allocution de rentrée, en date du 15 mars 2008, n’avait pas trouvé grâce aux yeux de l’Adg (administrateur-directeur général) Kipolongo Mukambilwa. Etiqueté indépendant, Kengo entretiendrait avec les bonzes de l’AMP des relations empreintes d’une courtoisie convenue. Rien de plus.

Depuis l’organisation des élections générales de 2006, c’est la première fois que cette déconvenue arrive à l’Assemblée nationale présidée pourtant, jusqu’au 25 courant, par une personnalité appartenant au sérail kabiliste. Il s’agit de Vital Kamerhe. Ce n’est nullement un scoop de relever que Joseph Kabila et ses zélateurs de l’AMP entendaient priver «Vital» d’une tribune où il pouvait faire passer des messages et décocher des «flèches empoisonnées» en direction de l’Alliance de la majorité présidentielle.

Dans ce Congo-Kinshasa où le fatalisme a fini par rendre acceptable toutes les situations les plus abjectes, L’attitude anti-républicaine affichée par la RTNC est déjà devenue anecdotique. Quelle erreur ? Le comportement de la RTNC étonne pour au moins deux raisons. Primo : la RTNC est une entreprise publique. Elle est investie d’une mission d’intérêt général. A savoir notamment la diffusion des émissions d’informations générales. En censurant la retransmission d’une manifestation d’une haute portée républicaine, la RTNC s’est discréditée. Elle confirme non seulement son manque d’autonomie et d’indépendance mais surtout son inféodation à une famille politique. Secundo : le comportement de la télévision d’Etat étonne par ailleurs quand on sait que le ministère de la Communication et des médias est dirigé par un ancien opposant au «régime dictatorial» de Mobutu Sese Seko. Il s’agit de Lambert Mende Omalanga. Pour avoir évolué des deux côtés de la barrière, Mende n’est-il pas mieux placer que quiconque pour comprendre l’effet boomerang de ce genre d’excès de pouvoir? Le ministre de la Communication et médias a laissé faire. C’est le double langage cher à l’homme politique congolais.

On ne le dira jamais assez que l’homme politique congolais a deux discours. Le premier est usé et abusé lorsqu’il milite dans les rangs de l’opposition. Ici, l’acteur politique tient des propos emprunts d’humanisme. Il fait l’éloge de la démocratie. Bref, des droits et libertés. Le second discours est adopté dès que l’opposant accède aux salons lambrissés du pouvoir. L’ex-opposant devient conformiste voire conservateur. Le confort du pouvoir le rend amnésique au point de trouver des mots pour justifier tout ce qu’il abominait autrefois. En juin 1990, un ancien Premier ministre zaïrois affirmait la main sur le cœur qu’il y a eu une «tuerie massive» à l’université de Lubumbashi. «Je sais où se trouve les charniers», disait-il. En novembre 1991, l’homme est revenu aux affaires. Lors d’un voyage à Bruxelles au mois de décembre, il est interrogé par la presse sur le fameux massacre. «Ce que j’avais dit à l’époque, je l’ai fait en tant qu’homme politique. Aujourd’hui, je suis un homme d’Etat», réagit-il. Le Congo-Zaïre serait-il le seul pays au monde où les politiciens manieraient deux discours, l’un en tant qu’opposant et l’autre en tant que gouvernant ?

En tous cas, la censure imposée aux travaux du Parlement par la RTNC appelle que les législateurs congolais prennent l’initiative de réformer le statut de cette entreprise publique. Il s’agit non pas de se faire justice mais de renforcer la transparence dans la nomination du staff dirigeant et l’autonomie de gestion de cette entreprise d’Etat. Au nom de la mission de service public de la RTNC, ne faudrait-il pas à l’avenir soumettre le recrutement de son Adg à un contrat de gestion qui clarifie non seulement les objectifs mais aussi les droits et obligations? Ne faudrait-il pas également inclure les membres des autres courants politiques représentés au Parlement dans le conseil d’administration de la RTNC afin que le pouvoir arrête le pouvoir ?

B. Amba Wetshi

 
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