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Kamerhe disculpe formellement Joseph Kabila et redit les limites de la Constitution de Liège(suite) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Notre relecture du discours du Président de l’Assemblée nationale ne lui dénie pas sa « beauté formelle ». Elle pose certains problèmes de fond. Des problèmes sur lesquelles la revisitation de notre histoire passée et présente nous exige une vigilance tous azimuts.

Si nous considérons la politique comme une quête de réponse normative aux questions qu’une communauté humaine autonome, située dans le temps et dans l’espace cherche à répondre, les textes fondateurs de cette communauté doivent en porter la marque.

Les beaux discours et le temps du marionnettisme

Notre histoire nous apprend qu’en 1973, Mobutu a prononcé, à New York, un discours très remarquable. Dans ce discours, il dénonçait les fléaux qui n’existaient nulle part au monde, sauf sur le continent africain: l’esclavagisme et le néo-colonialisme. Il affirmait « avoir parlé longtemps de l’Afrique » pour faire cette dénonciation. Pourtant, Monsieur Mobutu participait au néocolonialisme, soutenu par « ses amis » Américains, Belges et Français; avant qu’ils ne le considèrent comme une créature de l’histoire. Sentant sa fin proche, Mobutu a fait certaines révélations dans un livre que plusieurs d’entre nous n’ont pas lu parce qu’ils étaient révoltés contre la dictature mobutienne. Aujourd’hui, avec un peu de recul, il ne serait pas mal de lire ou de relire Mobutu, dignité pour l’Afrique. Entretiens avec Jean-Louis Remilleux, pour connaître « sa part de vérité ». (Il semble que dans tous les livres, il y a des choses cachés à ceux qui ne lisent pas. Pas seulement aux Nègres.) L’une de ses vérités est que la télécratie et/ou le marionnettisme fonctionne pendant quelque temps.

Quand elle et/ou il a atteint son niveau de saturation, la marionnette dit « sa part de vérité » annonçant par-là sa mort politique. Cette hypothèse confirmée par le cas Nkunda risque de l’être à l’Assemblée nationale. L’instrumentalisation des hommes et des femmes politiques, telle qu’elle est pratiquée au Congo, porte en elle-même les germes de son auto-destruction. Telle est l’une des leçons à tirer du feuilleton Kamerhe/AMP. Faire de la politique proprement, chez nous, impliquera une grande dose d’autonomie de la pensée et de l’action. Mais aussi une grande liberté d’esprit.

Plusieurs acteurs politiques Congolais n’en sont pas encore là: le Dieu argent a pris la place du coeur et de l’esprit.

L’autonomie de la pensée et de l’action devraient aussi se manifester dans la confection des textes fondateurs, symbole de la souveraineté d’une communauté autodéterminée. Or, comme dans les années 60, la rédaction de dernière Constitution de notre pays a connu la participation de certains professeurs de Liège dont Bob Kabamba. Si dans les années 60 le manque de juristes de talent pouvait être évoqué comme raison suffisante pour que notre ex-colonie nous lègue nos textes fondamentaux, après quatre décennies d’indépendance nominale, cela ne se justifie pas. « En 1960, nous confie Mobutu, nos colonisateurs belges nous ont légué le multipartisme en même temps que la redingote et le noeud papillon. La loi fondamentale bricolée par la Belgique a fait naître quarante quatre partis et sept syndicats. Résultats: résurgence du tribalisme, rébellions, guerres fratricides, faillite de l’Etat, balkanisation du territoire...Cinq cent mille morts! Un fleuve de sang... ». Mobutu, dignité pour l’Afrique. Entretiens avec Jean-Louis Remilleux, Albin Michel, 1989, p. 88.

Cet héritage correspondait à l’esprit cultivé par le colonisateur. « ...le colonisateur s’était bien gardé de développer la conscience nationale. L’habitant de ce qui s’appelait encore Stanleyville ou Elisabethville ne pouvait avoir aucune conscience « congolaise » et se repliait tout naturellement sur les solidarités éprouvées du cadre tribal. » (Ibidem, p.88. Nous soulignons) Ne pas développer la conscience nationale répondait à l’idéologie coloniale dont l’un des ressorts étaient: diviser pour mieux régner. Ne pas tenir compte de ce précédent historique dans un contexte où les guerres pour l’accès aux matières premières stratégiques sont « les guerres secrètes de la politique et de la justice internationale » selon le sous-titre très évocateur du livre de Florence Hartmann compte parmi les vices de la transition démocratique congolaise.

Au vrai, ces guerres menées sous forme de « crimes organisés » se propagent comme une traînée de poudre dans nos pays des Grands Lacs où les textes fondamentaux bricolés à la tête des clients de l’économie mondialisée de la prédation (candidats aux différentes élections ou déjà élus) jouissent des marges de manoeuvre disproportionnées par rapport à leur responsabilité citoyenne. Tel est le cas de Joseph Kabila. (Après plus de trois décennies de dictature, il aurait été possible que les juristes Congolais de la carrure d’Augustin Mampuya ou de Mukadi Bonyi proposent une Constitution asse exigeante pour le premier des citoyens Congolais.)

Le bricolage de nos textes fondamentaux par « les experts occidentaux »

Quand « les Maître du monde » ne contrôlent pas ce bricolage par experts interposés, ils fragilisent la justice dite internationale (s’ils n’en font pas une justice des vaincus) en brandissant la menace de suspension de financement ou en recommandant des procureurs capables d’obéir à leurs diktats. Carl del Ponte en sait quelque chose dans le dossier Rwanda l’ayant opposé aux financiers anglo-saxons. Lire Florence Hartmann ou Charles Onana sur cette question édifie. (Il serait aussi édifiant de lire Manière de voir le dernier numéro du Monde diplomatique d’ Avril-mai intitulé A qui profite le savoir? La guerre des idées.)

Sans céder à la logique du bouc émissaire, nous avons appris, à nous dépens, que dans le contexte du capitalisme du désastre, « les crimes sont organisés » pour faire plus de profits, les vies humaines étant considérées comme superflues. Quand les médias dominants s’y mêlent, c’est souvent pour couvrir ces crimes, les dénoncer comme violation de droits humains, sans remonter la chaîne de commandement pour en indiquer « les acteurs pléniers ». Financés par ces mêmes acteurs, ces médiamensonges se limitent souvent aux épiphénomènes; « la vérité nue » leur fait peur. La révéler couperait la branche sur laquelle ils sont assis. (On comprend qu’ils fassent beaucoup de bruit sur le préservatif décommandé aux chrétiens africains par le Pape que sur le modus operandi des multinationales du Nord pillant le Sud dont le souverain Pontife a aussi parlé. Ce n’est pas innocent tout ça!)

Quand nous parlons des médias dominants, nous ne voyons pas que ceux du Nord. Le coupagisme au Congo participe du processus de domination des « collabos » des prédateurs et de leurs hommes et femmes liges sur les millions des Congolais.

Heureusement, grâce à Internet, les médias alternatifs interconnectés occupent de plus en plus l’espace déserté par ces médiamensonges et se remettent à donner de « la bonne » information aux citoyens. En attendant qu’Internet se vulgarise au Sud, ils passent par les mouvements citoyens travaillant « au noir » pour que « la bonne information » atteigne les coins et les recoins de nos pays. Ce travail est réciproque.

Pour revenir au feuilleton Kamerhe/AMP, la concentration des médias kinois sur « la beauté formelle » de son discours, de sa demande légale d’un débat politique avant que l’Assemblée nationale décide s’il doit ou pas démissionné, le rôle « des faiseurs de paix » et de leurs supplétifs est à peine évoqué.

Les dessous des cartes ne semblent pas préoccupés nos journalistes. Ils se limitent aux épiphénomènes. De toutes les façons, que Kamerhe démissionne ou pas, tant que notre pays n’aura pas trouver de solution durable à la question de la télécratie, tant que nous n’aurons pas d’institutions politiques citoyennes promotrices de l’autonomie de la pensée et de l’action, de la liberté d’esprit et du respect de la dignité humaine, rien ne pourra changer en profondeur. Des compatriotes ayant compris cela se réorganisent politiquement et humainement. Et malgré la dureté du chemin, ils croient en des lendemains meilleurs pour notre pays. Il est possible que cette foi soulève les montagnes.

Jean-Pierre Mbelu

 
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