La « kabilie » n’ a pas eu d’autre choix que d’abuser de la puissance en utilisant la force brutale pour empêcher le sit-in programmé ce lundi 16 mars devant le siège du parlement à Kinshasa par des citoyens se réclamant de la société civile principalement. 24 heures avant, ce dimanche 15 mars, les sbires de la « kabilie » ont procédé à l’arrestation des organisateurs de la manifestation destinée à dénoncer la tentative de Joseph Kabila de se faire obéir au doigt et à l’œil par le parlement dont les membres du Bureau sont sommés de démissionner pour payer collectivement le crime de lèse-majesté commis par le président Kamerhe pour avoir affirmé qu’il n’était pas au courant de l’entrée des troupes rwandaises en RDC.
Dans le pré carré de la « kabilie », d’aucuns avaient souligné qu’il s’agissait d’une question de stratégie militaire et que le président de l’Assemblée nationale n’avait pas nécessairement à être informé. Seulement voilà ! Didier Etumba, chef d’état-major de l’armée congolaise, était « confiné » dans l’ignorance de mêmes faits comme Kamerhe, lui aussi avait affirmé n’être pas au courant de l’entrée des troupes rwandaises sur le sol congolais. Etumba n’ayant ni l’honneur du soldat, ni l’honneur d’un homme tout court pour démissionner, pourquoi Kabila ne l’a-t-il pas poussé à la démission comme c’est le cas pour Kamerhe ?
Ce à quoi Kabila, son PPRD et son AMP ne s’attendaient pas c’est à la témérité de Vital Kamerhe qui continue à résister alors qu’il parait plus que jamais comme un homme seul ( au Bureau) en dépit du fait que les autres membres du Bureau ont remis leur démission. Car, il semble que par principe bien de députés demeurent opposés à la démission du Bureau de l’assemblée nationale exigée par le président de la République qui ne s’offusque pas de rappeler qu’il est le seul chef. C’est tout juste si Kabila Kabange ne considère pas les Congolais comme ses sujets !
Si Kamerhe peut compter sur le soutien de quelques députés, on se rend compte qu’il a fini par rallier à sa cause une certaine société civile, faite d’étudiants, d’activistes de droits de l’homme et autres acteurs politiques. Ce qui semble unir tout ce beau monde c’est une certaine idée de la politique qui met en exergue la nécessité de sauvegarder tout de même la séparation des pouvoirs même si on est dans une démocratie tropicalisée.
Que non, Kabila Kabange et ses sbires considèrent cette indépendance d’esprit manifestée par Kamerhe et ses soutiens comme un affront. Voilà qui explique l’arrestation ce dimanche 15 mars de Floribert Chebeya, président de la VSV et d’autres organisateurs du sit-in programmé ce lundi 16 mars. Il y a plus, des étudiants de l’aire swahiliphone du Congo à démocratiser, exceptés ceux originaires du Katanga, ont constitué un front commun du refus contre la démission du Bureau de l’assemblée nationale et ne s’offusquent de le déclarer. La « kabilie » entend leur faire payer leur insolence contre le prince. Traqués, nombre d’entre eux ont trouvé le salut en se réfugiant dans la clandestinité. Dans ces conditions, le kabilisme n’imite-t-il pas le mobutisme jusqu’au délire ?
Quant aux députés, après avoir été objet du chantage de la dissolution de l’Assemblée nationale s’ils ne retiraient pas leur confiance, plusieurs semblent avoir regagné les rangs à la suite d’une motivation financière. Ainsi, ceux de l’AMP ne prendraient pas part à la plénière convoquée ce lundi par Kamerhe à qui Kabila n’entend nullement donner l’occasion de remettre son sort ( bien que déjà scellé) entre les mains de la plénière qui l’avait élu.
Quoi qu’il en soit, et quelle que soit la suite de la plénière de l’assemblée nationale de ce lundi, la démission du Bureau de l’assemblée nationale sur décision de Kabila qui considère que personne n’est indispensable à part lui, et la volonté jusqu’auboutiste de Kamerhe de s’opposer à ce que son sort soit scellé sur décision du prince ne sont pas l’expression d’une que quelconque volonté de normalisation politique. Tout « cela ne nous rendra pas le Congo ».Kabila et Kamerhe n’ont pas de vision politique différente, si ce n’est que le premier souhaite que le second lui obéisse au doigt et à l’œil.
Raymond LUAULA