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Le PPRD invite Kamerhe à se démettre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Des «super faucons» de l’entourage de Joseph Kabila auraient envisagé de s’en prendre physiquement à la personne de l’actuel président de l’Assemblée nationale au cas où il persisterait à résister aux injonctions de l’«autorité morale»…

«Les durs du régime de Joseph Kabila menacent de faire subir à Vital Kamerhe le sort infligé jadis à l’ancien vice-président de la RD Congo Jean-Pierre Bemba». C’est l’information qui circulait ce week-end dans les milieux diplomatiques occidentaux à Kinshasa. On peut gager que des «dépêches» ont été envoyées dans les «administrations centrales» respectives. Des diplomates européens contactés à Bruxelles se disent «inquiets» par la «tournure dangereuse» que prend le bras de fer Kabila-Kamerhe. «Le président y va fort», a estimé un diplomate déplorant la «brutalité» et le «mépris des règles juridiques» qui caractérisent le comportement du chef de l’Etat et des membres de son entourage.

Selon une dépêche de l’APA datée 27 février, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, parti présidentiel) «a demandé vendredi 27 février au président de l’Assemblée nationale, sans le citer, de se démettre de ses fonctions.» Et ce, conformément à la décision prise dimanche 22 février par le comité politique présidé par Joseph Kabila. "Le PPRD étant membre de l’Alliance de la majorité présidentielle doit se plier à la décision de cette dernière de procéder au changement des membres du bureau de l’Assemblée nationale mis en place sur sa proposition en 2007", a précité Evariste Boshab, secrétaire général du parti présidentiel. C’était au cours d’un point de presse qui a vu plusieurs intervenants. C’est le cas notamment du ministre du Plan Olivier Kamitatu. Celui-ci a déploré, sans le citer, «le comportement» du président de l’Assemblée, «qui amené dans la rue un débat parlementaire qui devait se dérouler au sein de l’hémicycle». A en croire cet ancien haut cadre du MLC, les déclarations de Kamerhe «ont nui à la cohésion et à la sécurité nationales".

«Sceau de la confidentialité»

Ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, également membre du comité politique de l’AMP, a enfoncé le clou en regrettant le fait que «des hommes politiques congolais aient mis en cause un "acte de sécurisation" signé en 2006 à Nairobi par onze pays de la région des Grands lacs et ratifié en 2007 par le parlement congolais.» Répondant aux questions de la presse sur l’opération militaire congolo-rwandaise, Kamitatu et Mende ont souligné «qu’il s’est agi des informations opérationnelles frappées du "sceau de la confidentialité". Mende de marteler : «Dans aucun pays au monde une telle
opération militaire est communiquée au public au risque de vouer à l’échec sa réussite».

On le sait, plusieurs membres de la coalition pro-kabiliste reprochent à «Vital» de «manquer de loyauté» à l’égard de son camp et surtout de son chef. En l’espèce, d’avoir critiqué sur les ondes de radio Okapi l’entrée des soldats rwandais au Kivu. Il semble bien que le président de l’Assemblée nationale a été informé par le «raïs» en personne. La communication téléphonique aurait eu lieu le matin de ce 20 janvier au moment où les éléments de la RDF (Rwandese Defence Forces) avaient déjà franchi la frontière. Kabila n’aurait fait état que de «quelques membres de renseignements militaires», dit-on. Kamerhe a-t-il été surpris par le nombre des soldats effectivement entrés ? Le député PPRD Jean Mbuyu semble implicitement confirmer cette thèse. Après avoir clamé que le président de l’Assemblée nationale a bel et bien été informé, Mbuyu dira dans la foulée que «Kamerhe a été surpris par l’ampleur».

Chefs de corps

Selon des sources, les chefs de corps n’ont été informés par le chef de l’Etat que lors de la réunion inter-institutionnelle qui s’est tenue le 23 janvier. C’est-à-dire trois jours après le déploiement des soldats de Paul Kagame. Kabila et son entourage continuent à invoquer le «secret militaire» pour justifier cette lacune. Un avis qui ne résiste pas à l’examen, selon un éminent juriste. Celui-ci commence par rappeler le prescrit de l’article 88 de la Constitution qui énumère les institutions de la RD Congo au nombre de quatre : le Président de la République ; le Parlement ; le Gouvernement et les Cours et Tribunaux. «L’information d’institution à institution, dit ce juriste, se fait par écrit et non pas par un simple coup de téléphone.» Pour lui, le «secret militaire» invoqué par Kabila ne serait qu’un «fallacieux prétexte». Au motif que «les chefs des corps sont les dépositaires du secret d’Etat». Il s’agit, outre le président de la République, de : Premier ministre, des présidents des deux Chambres du Parlement, du procureur général de la République et du premier président de la Cour suprême de la Justice.

Au plan politique, on assiste à un «pourrissement» de la situation dans la mesure où Kamerhe reste intransigeant sur sa décision de rester à son poste jusqu’à la prochaine Plénière dont les travaux débutent le lundi 16 mars. «Les kabilistes, remarque un politologue, doivent respecter non seulement le parallélisme des formes mais surtout une Constitution qu’ils ont eux-mêmes fait confectionner.» Et d’ajouter : «L’AMP a intérêt à laisser Kamerhe assumer ses fonctions jusqu’à la prochaine session ordinaire. A défaut, l’Assemblée nationale sera paralysée.»
Il n’est pas exclu, disent des analystes, que la Plénière n’entérine pas les «décisions politiques» prises par le comité politique de l’AMP dont la démission des cinq autres membres du Bureau. A moins que le vote se déroule à main levée.

Commissions parlementaires

On apprenait samedi soir que l’Udemo de Nzanga Mobutu aurait appris tout ce charivari par voie médiatique. Ses partenaires de l’AMP ne l’avaient pas tenu informée de la décision de «défénestrer» les membres du Bureau de l’Assemblée nationale. Les «démocrates mobutistes» ont invité leurs partenaires de l’AMP à des concertations pour examiner cette situation. Notons que le RCD K/ ML de Mbusa Nyamuisi s’était déjà plaint de ce déficit informationnel au sein de la coalition pro-kabiliste.

Partira ? Partira pas ? C’est la question que tout le monde se pose au sujet de Vital. L’homme pourrait devenir un «député indépendant». Les proches de celui-ci n’entendent manifestement pas perdre un combat avant de l’avoir livré. Ils paraissent décidés à croiser le fer. "Le président de l’Assemblée nationale ne va pas rendre le tablier. Nous estimons que Kamerhe va rester légaliste et veut à tout prix sauver la jeune démocratie congolaise. Kamerhe a été élu par la plénière de l’Assemblée nationale et donc par les députés et non par son parti politique", disent-ils.

D’autres voix s’élèvent pour affirmer, à tort ou à raison, que Vital est devenu une «menace» pour les «maffieux au pouvoir» dès qu’il a laissé la Chambre basse mettre sur pied des commissions chargées d’auditer notamment la Banque centrale du Congo et les entreprises publiques. «Cette démarche a été perçue comme une attaque frontale contre son propre camp», commente un membre de l’opposition joint au téléphone à Kinshasa. Les kabilistes vont-ils recourir à une «solution finale» pour faire plier Vital Kamerhe ?

Baudouin Amba Wetshi

 
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