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Tharcisse Loseke : «Il ne faut pas diriger les Congolais comme des moutons. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Nous sommes un peuple intelligent et savons comprendre et analyser les situations»

Professeur d’université et neurologue, Tharcisse Loseke est sorti de son silence après plusieurs années de congé politique. Le Potentiel a réussi à lui arracher une interview dans laquelle il parle de ses débuts en politique en compagnie du lider Maximo de l’UDPS, Etienne Tshisekedi. Il donne aussi son point de vue sur la présence des armées étrangères dans l’Est de la République et sur leur retrait. Sans oublier d’annoncer l’organisation en mai 2009 du Forum national des chrétiens congolais. A noter que cette interview a eu lieu avant le retrait des troupes rwandaises du Nord-Kivu, le 25 février 2009.

Vous avez été une vedette pendant la Conférence nationale souveraine (CNS) et ministre dans le gouvernement Tshisekedi. Puis, vous aviez disparu …

Oui, tout à fait. Je ne suis pas porté disparu. Je suis toujours au Congo. J’ai pris congé de la politique.. Un congé qui s’est, malheureusement, prolongé. Je suis toujours professeur à l’Université de Kinshasa et à celle de Notre-Dame du Kasaï à Kananga. Je viens au moins trois fois l’an. Donc, je n’ai pas disparu. Je suis là et demeure acteur politique.

On dit que vous auriez refusé de signer un faux certificat médical contre Tshisekedi. Qu’en est-il au juste ?

Il s’est passé exactement ceci : en 1987, lorsqu’il y a eu des accords entre le groupe de 13 parlementaires dont Tshisekedi fait partie et Mobutu. Tshisekedi était resté égal à lui-même, toujours le seul radical face à Mobutu. Il n’avait pas accepté certaines des conditions que Mobutu avait, à l’époque, posées. C’est ainsi qu’à un moment donné, je ne sais plus très bien pour quelles raisons, il a fait un long séjour en Europe. Il décida de retourner finalement au pays au mois de janvier 1987.

Il voulait tenir un meeting au pont Kasa-Vubu à l’époque, qu’on appelle communément Pont Gabu. Un message est alors envoyé, pour ce faire, à ses combattants pour la tenue de ce meeting le 17 janvier. Ce jour-là, ses combattants étaient infiltrés par la garde présidentielle de Mobutu pour provoquer des troubles. En fait, c’était l’occasion pour pouvoir l’arrêter et, probablement, le tuer. Parce qu’il avait subi de graves lésions. A titre d’exemple, quelqu’un avait tapé sur sa tête une barre de fer qui aurait pu l’emporter. Voilà qu’il a été en plein meeting le 17 janvier. Et il a été acheminé à la prison de Makala.

Un jour, je me trouvais dans mon bureau, au Centre neuro-psycho-pathologique (CNPP). Comme j’avais l’habitude d’arriver le premier au bureau, j’ai vu le médecin-directeur, Dr Mpanya à l’époque, descendre en catastrophe dans mon bureau pour me dire de ne pas me déplacer, de ne pas aller donner cours. En fait, je devais aller enseigner et qu’on allait amener une personne pour un examen ou une expertise. Je n’ai donc pas bougé. Vers 9H00’, le médecin-directeur m’a appelé dans son bureau pour me dire qu’il y a un émissaire du procureur de la République qui me demande si je pouvais aller me préparer pour examiner M. Etienne Tshisekedi qui arrivait pour un examen. Il avait une lésion au niveau de la tête. Il fallait savoir si son état physique n’était pas en danger. Tshisekedi est arrivé. Comme d’habitude, je lui ai fait passer des examens physique et electro-céphalogramme. Par la suite, je devais lui délivrer un certificat. Les choses traînaient parce qu’il y avait aussi le volet psychiatrique de l’examen auquel devait procéder un autre psychiatre. Cela a pris quelques heures. Et moi, je suis resté dans mon bureau. Tshisekedi m’avait prévenu de revenir après sa visite auprès du psychiatre pour qu’on discute de certaines choses.

Il revient vers midi et me dit que cela fait trois jours qu’il ne mange pas. Alors, je lui ai demandé si je pouvais envoyer quelqu’un pour nous chercher à manger. Ce qu’il a accepté et que j’ai fait. Nous avons mangé dans mon bureau et on y est resté jusqu’à 16H00’. On a échangé sur sa carrière politique et sur sa vie. C’est à ce moment-là que j’ai fait mon rapport sur son état de santé que j’avais considéré comme tout à fait normal. Le rapport a été transmis. De l’autre côté, le responsable de la Garde civile qui était là, puisque le CNPP était entouré d’éléments de la Garde civile, croyait que les combattants allaient venir chercher Tshisekedi. Il était très nerveux. Et c’est seulement vers 16H00’ que Tshisekedi acceptera de quitter le CNPP. Avant de partir, je lui ai posé la question de savoir si le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) qu’il est peut accepter que j’établisse un certificat dans lequel sera mentionné son transfert dans une institution médicale mieux outillée, car la plaie sur la tête peut être déjà infectées. Il m’a répondu : «Non, docteur ! Mobutu a plus peur de moi en prison que dans un hôpital. Dites plutôt que je retourne en prison parce que cela m’effraie d’aller à l’hôpital». C’est sur ce ton qu’on s’est quitté en promettant qu’on allait se voir.

Et je vous dis quand il est sorti de la prison, j’étais la seule personne qui, chaque mercredi, en quittant le CNPP pour chez moi à la Gombe, passait le voir chez lui dans la commune de Limete. Depuis 1987, on était devenu comme des amis et je le voyais régulièrement. Donc, je n’ai pas signé un certificat, je n’ai fait qu’un rapport sur son état de santé comme quoi, il était tout à fait normal.

Par contre, cela n’avait pas plu à certaines personnes de l’époque, notamment le président du Conseil judiciaire de l’époque, comme il voulait plaire à Mobutu. Consultez vos archives. Vous saurez de qui il s’agit. Il est actuellement député au parlement. Donc, d’autres personnes voulaient que Tshisekedi soit mort politiquement le déclarant malade mental. Ce n’est qu’après que j’ai appris tout cela. D’ailleurs, on m’a mis au cachot du casier judiciaire pendant 4 jours. On a dit que je n’avais pas fait le travail que eux voulaient. J’ai gardé mon sang froid jusqu’à ce qu’ils m’ont libéré à la suite de pressions d’organisations des droits humains au niveau international.

Après tant de sacrifices, tant de combats, à la fin, c’est l’Alliance des forces démocratiques pour la libération su Congo (AFDL) qui arrive. Considérez-vous quelque part que vous aviez échoué ?

Non. On n’avait pas échoué. Le problème qui s’est posé après la CNS, c’est le comportement de Mobutu. Il a raté l’occasion de quitter dignement la scène politique puisqu’on le lui a proposé, non seulement par les acteurs politiques de l’intérieur, mais aussi par la communauté internationale. Je vous rappelle que la délégation du conseil de sécurité lui a réussi à plusieurs fois et l’ont promu, une sortie honorable. Evidemment, à un moment donné, nous en avions mare. Nous nous sommes dit que peu importe celui qui arrive, car nous devrions nous débarrasser de Mobutu. C’est à ce moment qu’intervient l’AFDL. C’est dans ces conditions que nous avions vécu tant la fin de transition de Mobutu que de son règne qui s’est terminé de la manière que vous connaissez. Il est parti à la sauvette. Il est arrivé à Lomé, d’après ce qu’on nous a dit, dans une voiture emprisonnée dans un avion. Donc, c’est quelqu’un qui est parti dans de mauvaises conditions alors qu’on lui avait promis une bonne sortie. Nous, acteurs politiques, nous étions en partie responsables parce que les conseillers de Mobutu, qui faisaient de la surenchère, ne nous ont pas permis de sortir dignement de la transition.

Peut-on dire aujourd’hui que c’est parce que l’AFDL est arrivée, que vous tirez les leçons du passé ?

Les forces du changement et la population ont accueilli à bras ouvert l’AFDL. Mais tout ce qui se passe maintenant n’est vraiment pas tout ce qu’on espérait. Nous sommes aujourd’hui dans un pays miséreux. Même si c’est Mobutu qui l’a détruit, mais il l’a encore été davantage. Nous sommes le dernier partout au monde. 178/178, classement du PNUD sur les rapports humains. Nous avons honte de nous appeler Congolais. A l’heure actuelle, il faut qu’on se ressaisisse.

Avec l’accord du gouvernement congolais, les troupes ougandaises et rwandaises sont sur notre sol. Elles étaient venues avec l’AFDL. Elles sont parties. Elles sont revenues sur invitation du gouvernement congolais. Cela ne saute-t-il pas aux yeux qu’après l’AFDL, le Congo ne s’est pas organisé pour éviter que l’histoire se répète ?

Je rectifie d’abord une chose. Je crois que l’AFDL n’a jamais quitté le pays. Nous sommes toujours dans le système AFDL. Sa continuité a été les Comités du pouvoir populaire (CPP). Et, aujourd’hui, c’est l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP).

Mais il y a eu des élections en 2006 ?

Oui, mais c’est l’AFDL qui continue toujours avec des Mobutistes. Ils ont formé une coalition qui est en train de provoquer la descente aux enfers de ce pays. Et je peux leur dire en les regardant en face que c’est eux qui provoquent cette descente aux enfers. Donc, c’est l’AFDL qui continue d’appeler les Rwandais qui sont partis. Ils n’ont jamais quitté le Congo. Il y a eu un repli à l’Est du Congo. Ceux qui étaient avec Kabila-père avec qui ils se sont disputés, pour des raisons que je ne connais pas, sont encore revenus. Certains parlent des accords de Lemera.

Bref, je n’entre pas dans ces considérations-là. Mais ceux-là n’ont jamais quitté le pays. Ils sont allés à l’Est du pays. Ils ont créé deux rébellions : le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et le Mouvement de libération du Congo (MLC). Les Ougandais pour le MLC et les Rwandais pour le RCD. Ils sont restés dans l’Est du pays. Ils ont divisé le pays, à un moment donné, en trois parties. Evidemment, toutes ces rébellions subissent des mutations. Le régime veut faire croire à l’opinion congolaise qu’il n’est pas issu de l’AFDL. C’est faux ! Ce sont les mêmes qui étaient dans l’AFDL qui, pour de raisons qu’il ne nous appartient pas de développer ici, gouvernent le pays. Et ce sont eux qui entretiennent le désordre et les guerres dans ce pays. Le Rwanda et l’Ouganda restent les moteurs de tous les désordres, de toutes les guerres et de tous les crimes que nous connaissons à l’intérieur du pays. Il faut mettre fin à cela. En fait, c’est une importation des problèmes rwandais et ougandais dans notre pays. Il faut que les Congolais se sentent capables de savoir où se trouvent les problèmes en coupant le cordon ombilical avec le Rwanda et l’Ouganda.

Vous me posez la question de savoir pourquoi les troupes rwandaises et ougandaises sont dans notre pays ? Mais c’est parce que les frontières sont poreuses. Officiellement, ils viennent pour chasser les FDLR et les LRA alors qu’ils ont occupé toujours cette partie de l’Est depuis 1996. Avec ces troupes dont vous parlez, les Rwandais sont entrés au Congo avec l’accord bien sûr du pouvoir de Kinshasa. Ils se sont dirigés là où se trouvent Nkunda et les FDLR. Comment pouvez-vous comprendre que le Rwanda aille chercher les FLDR là où se trouvait Nkunda ? Il faut qu’on nous explique cela. Il faut qu’il y ait un débat là-dessus. Qu’on nous explique pourquoi nous ne connaissons pas bien le nombre de soldats, de brigades ou de bataillons rwandais qui sont entrés. La Monuc nous a parlé de 5.000 ou 6.000. Encore que nous ne savons rien. Donc, c’est quelque chose qui est négociée dans les conditions que vous connaissez.

Le parlement ou les institutions qui devraient être informés ne l’ont pas été. C’est quelque chose que nous avons dénoncé. Pas seulement nous, les forces du changement, mais aussi le président de l’assemblée nationale. Il faut qu’il y ait une commission parlementaire qui se rende à l’Est pour constater de visu le départ de ces troupes. Evidemment, c’est cela le vrai problème.

Votre analyse semble incomplète. Vous oubliez que la guerre déclenchée en 1996 par l’AFDL était une guerre d’occupation soutenue par les multinationales parce que le Rwanda et l’Ouganda ne fabriquent pas les armes. Il n’a pas une population plus intelligente ou plus importante que la RDC. Ne voyez-vous pas cette dimension de parrains qui sont derrière pour utiliser le Rwanda et l’Ouganda contre nous ?

Je vais, peut-être vous décevoir. Je ne parlerais pas de la communauté internationale, encore moins de multinationales. Pourquoi ? Parce que les exécutants sont des Congolais et des gens qui vivent dans la région des Grands Lacs. Donc, si nous étions avec des dirigeants sérieux, on n’allait pas connaître cela. Il faut se défendre. Avant de se défendre, il faut former une armée. Chose que nous n’avons pas jusque là. Sur les 49 ans de notre indépendance, 42 ans ont été dirigés par des militaires à la tête du pays. Alors que nous n’avons même pas d’armée convenable.

On est toujours malmené par des armées étrangères, y compris celles des Occidentaux. N’est-ce pas leur responsabilité ?

Cessons de jeter la responsabilité à la communauté internationale et aux étrangers. Nous devons, nous-mêmes, nous organiser, nous avons suffisamment de moyens pour organiser une armée véritablement républicaine pour défendre le pays. Cessons de croire que, pour sortir le pays de l’état où on l’a mis, seuls les étrangers doivent faire des choses à notre place. Il faut cesser avec cette façon de voir les choses. Nous devons nous ressaisir nous-mêmes.

La liste est toujours incomplète. Vous oubliez une autre dimension : celle relative aux plans Cohen, Sarkozy et à d’autres qui circulent en coulisses. Là, il est clair qu’il faut qu’on crée un autre Etat. C’est nous qui sommes responsables et ce n’est pas à eux de demander de comptes. Quelque part, ce n’est pas clair ?

Non, ce n’est pas Sarkozy ou Cohen qui dirige notre pays. Nous avons des dirigeants qui ont été élus pratiquement en 2006. C’est à eux de nous le dire au lieu que ce soient des gens viennent de l’extérieur pour nous montrer comment diriger mieux ce pays. Ce dont nous ne sommes pas d’accord. Les forces du changement qui sont d’accord avec moi ne soutiennent pas cette argumentation. Nous devons dire non aux plans Sarkozy et Cohen. Nous n’en avons pas besoin. Ce pays a besoin d’autres choses comme la paix et les conditions de vie décentes pour notre population.. Ce qui est loin d’être le cas. Il faut que nos dirigeants comprennent qu’ils ont la responsabilité de faire de ce pays plus beau qu’avant. Nous chantons cela tous les jours dans notre hymne national mais nous n’arrivons pas à le faire. Pourquoi ? Qu’est-ce qui manque ? Les moyens, les intelligences…ne font pas défaut. Qu’on se le dise ! Quelque part, il y a un déficit, comme le disent les évêques, de leadership. Il faut qu’on réfléchisse là-dessus et qu’on nous explique pourquoi ça ne marche pas. Pourquoi le pays est-il dans un tel état miséreux ? Nous sommes le dernier de tous les pays dans tous les domaines, même ceux auxquels on ne s’y attendait pas. On doit faire tout pour que la RDC soit un beau pays débarrassé de tous les corrupteurs, de tous les corrompus, de ceux qui, apparemment, n’aiment pas ce pays. Et on doit faire en sorte que le peuple vive heureux.

Dans l’hypothèse où le Rwanda et l’Ouganda font semblant de se retirer, en tant qu’homme politique, que conseillez-vous à la population, au gouvernement, à l’élite de ce pays ?

Jusque-là, ils nous promettent qu’ils vont rentrer, qu’ils vont quitter. Attendons voir. Je ne vais pas faire un procès à ceux qui ont pris la décision de les faire venir en RDC. Mais j’aimerais surtout dire qu’il faut que la gestion du pays se fasse dans la transparence et celle-ci impose l’obligation d’informer le peuple. Il ne faut pas diriger les Congolais comme des moutons. Nous sommes un peuple intelligent et savons comprendre et analyser les situations. Si les Rwandais ne quittent pas le pays, les Congolais le sauront. Parce qu’il y a des Congolais dans la région où ils sont. On pense si cela arrive, nous allons nous prononcer pour prendre publiquement position en disant à ceux qui nous dirigent que les promesses faites n’ont pas été tenues

Vous parlez d’un forum que vous comptez organiser au mois de mai 2009. On en a connu ici de forums, séminaires, ateliers, etc. Les Congolais sont connus dans les discours mais non sur terrain. Les mêmes hommes qui font les séminaires, on le voit demain matin au pouvoir. Ne jouez-vous pas ce même jeu ?

Pas du tout, parce que cela ne sera pas comme avant ! Le Forum national des chrétiens congolais, qui se tiendra du 04 au 10 mai 2009, réunira tous les chrétiens et laïcs de toutes les confessions religieuses. Il a comme objectifs : d’abord de faire l’analyse complète de la situation du pays pour nous poser la première question fondamentale de savoir ce qui fait que nous en soyons-là ? Qu’est-ce qui fait que notre pays soit détruit pratiquement et qu’il devienne un non-Etat. Une fois qu’on a la réponse à cette question, on mettra en place des dispositions pour sortir de-là. L’analyse qui sera faite devra montrer que le peuple se rende compte qu’il mérite vivre mieux que d’autres peuples, d’autres Nations. Il faut que le peuple congolais comprenne cela. Le jour où il le comprendra cela, il ne va plus donner les résultats électoraux comme on en a connu en 2006. Que faut-il faire puisque nous avons l’obligation de résultats jusqu’à la fin de la législature ? Le peuple doit demander à ses élus de rendre de comptes. Il est clair qu’à l’issue de ce Forum, il naîtra une dynamique d’un leadership de type nouveau à tous les échelons. Donc, du sommet à la base. Il faudra un leadership nouveau pour une nouvelle société.

Etes-vous parrainé par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ou les églises ? Pensez-vous qu’on va vous laisser les mains libres de lancer, par exemple, sur la rue des chrétiens pour protester ? Va-t-on vous laisser organiser cela ?

Il y a plusieurs choses à dire. C’est que l’église ou les évêques ne font pas la politique. Ce sont les laïcs qui font la politique. Donc, auprès de politiciens, vous trouvez des chrétiens pratiquants. Ce sont des laïcs qui font la politique dans la doctrine Les chrétiens doivent de manière active s’impliquer dans la politique. C’est la raison pour laquelle nous organisons ce forum. Nous ne disons pas que, demain, on va envoyer les gens à la rue. Ce n’est pas l’objectif du Forum. Mais il est question de poser le diagnostic, d’analyser la situation et de proposer de bonnes stratégies pour que le Congo soit un Congo nouveau, avec un leadership nouveau, crédible, visionnaire et compétent.

Si vous transmettez vos propositions au gouvernement et que celui-ci n’en tienne pas compte. Qu’allez-vous faire ?

S’il y a des chrétiens parmi eux, qu’ils viennent nous voir et nous allons en débattre. Qu’est-ce qui a été fait après les élections ? Nous, nous ne voyons rien. Tous les chrétiens sont invités à ce Forum ainsi que tous les laïcs sont les bienvenus, quelle que soit leur appartenance religieuse. On n’exclut personne. Que vous soyez du pouvoir ou de l’opposition, laïc, chrétien ou simplement citoyen de ce pays, vous êtes le bienvenu.

Mobutu était chrétien. Cela ne l’a pas empêché de fermer la Conférence nationale souveraine et d’éviter que la démocratie s’installe en RDC. Pensez-vous que les autorités vous écouteront ?

Je ne préjuge pas sur ce qu’ils vont faire. Les gouvernants auront certainement les résolutions du forum. Même si ces résolutions ne leur feront plaisir, elles seront prises de toutes les façons. Et c’est à ce moment que nous verrons comment ils vont réagir. Je dis, une fois de plus et j’insiste, qu’ils ont réussi le mandat de ce peuple en 2006 pour conduire le changement positif en RDC. Comme le pouvoir appartient au souverain primaire qui est le peuple congolais, les autorités exercent le pouvoir par délégation. En principe, elles devraient donc se préoccuper plus de l’intérêt de ce peuple que de leurs intérêts égoïstes.

Avez-vous l’espoir que ce pays va rester dans les limites fixées en 1885 ?

Merci pour cette question fondamentale. Tant qu’il y aura des hommes et femmes politiques de ce pays dignes de ce nom, il y a toujours espoir. Il faut que cela se manifeste pour dire comment faire pour reconstruire ce pays. Ce pays que nous aimons tous. Personne n’osera aliéner un seul mètre de notre territoire national. D’où qu’il ne vienne. Notre lutte va continuer car nous ne méritons pas le sort qui nous est réservé aujourd’hui.

Propos recueillis par Freddy Mulumba, Johannesburg (Afrique du Sud)

 
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