Au-delà du cas de la personne de Vital Kamerhe qui est mis en exergue, que reproche-t-on à l’ensemble du Bureau de l’Assemblée nationale ? Les langues commencent à se délier et on signale que l’ensemble du Bureau de l’Assemblée nationale étiqueté PPRD est accusé de n’avoir pas géré en bonne intelligence les interventions des parlementaires susceptibles de mettre en difficulté les cadres du PPRD et affiliés qui assument des responsabilités dans les différentes institutions et autres services publics. Le péché commis par Kamerhe et les autres membres du Bureau c’est de n’avoir pas empêché les résolutions de l’Assemblée nationale créant des commissions parlementaires chargées de procéder aux contrôles sur la gestion du gouvernement, de l’armée, de la police, des services de renseignement, des gouvernements provinciaux …
Il n’est secret pour personne que les différents services concernés par le contrôle parlementaire sont aux mains des membres du Pprd et de l’Amp. Chercher à les auditer risque de conduire à la découverte des irrégularités flagrantes dans la gestion, mieux la mauvaise affectation des ressources financières de l’Etat à travers une drôle d’opération retour dont les bénéficiaires sont des proches de Joseph Kabila dont on dit que le chef de bande se trouve être Augustin Katumba Mwanke.
Pour mettre fin auxdits contrôles parlementaires, ceux qui jouissent des avantages fabuleux de certains autrefois dénoncés par Karel De Gucht au point de gendarmer Kabila Kabange, on en sait un peu plus et on comprend pourquoi, ont juré de faire tomber l’ensemble du Bureau de l’assemblée nationale.
L’occasion pour parvenir à leurs fins leur a été donnée par la sortie de Vital Kamerhe sur la Radio Okapi en marge de l’entrée des troupes rwandaises sur le sol congolais du Nord-Kivu sans l’accord de l’Assemblée nationale. Pour avoir affirmé qu’il n’était pas au courant de l’entrée des troupes rwandaises au Nord-Kivu, Kamerhe a été accusé de haute trahison par les bonzes du PPRD au motif que le président de l’assemblée nationale ne peut ne pas savoir que l’entrée des troupes rwandaises ne pouvait être autorisée que par le président de la République.
Décidé à affirmer son autorité, Kabila Kabange qui recevait début janvier des dignitaires du PPRD dans une ferme à Maluku avait cru bon et juste de leur rappeler qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul chef, en l’occurrence lui. En rapport avec l’entrée de l’armée rwandaise au Kivu, Kabila affirmait à ses hôtes qu’il avait tenu pleinement informé les deux chambres du parlement par le biais de leurs bureaux. Voilà Kamerhe grillé de belle manière quand bien même la contradiction est au rendez-vous quand Kabila ajoute que tout le monde n’est pas spécialiste en stratégies militaires pour être mis au courant de la traque des FDLR par les armées rwandaises et congolaises. Seulement voilà ! Le chef d’état-major général des Fardc, Didier Etumba, a affirmé, comme Kamerhe, toujours sur la radio Okapi, n’avoir pas été au courant de l’entrée de l’armée rwandaise au Nord-Kivu ! Il aurait été logique que Etumba soit aussi accusé de trahison et remplacé. Que non ! Mais pourquoi donc?
Bien que le PPRD a déjà désavoué Kamerhe et l’ensemble du Bureau de l’Assemblée nationale, des candidats à la succession s’étant déjà déclarés même dans les rangs du MCL, le président de l’Assemblée nationale n’a fait aucune déclaration depuis son retour dimanche dernier à Kinshasa. Toutes les tentatives faites par Congoone pour entrer en contact avec Vital Kamerhe sont demeurées sans succès. Ce qui n’a pas empêché un de ses proches contacté ce mardi soir au téléphone de soutenir que le président de l’assemblée nationale n’entend pas démissionner. Et pour cause, Kamerhe affirme n’avoir trahi ni son pays, ni le président Kabila, encore moins le PPRD. S’il refuse de démissionner c’est pour ne pas céder au diktat de ceux qui, en voulant neutraliser l’actuel Bureau de l’Assemblée nationale, cherchent plutôt à mettre sous la coupe réglée tous les autres mandataires publics qui ne pourront plus jamais leur résister. Ce serait un fâcheux précédent.
Un autre proche de Kamerhe relève que la démission à laquelle on veut contraindre le président de l’assemblée nationale ne peut être comparée à celle d’Olivier Kamitatu, président de l’Assemblée nationale pendant la transition post Dialogue intercongolais, qui a été contraint à la démission par le MLC pour vagabondage politique. En plus, si Kamitatu a été désigné président de l’Assemblée nationale pendant la transition par son ancien parti, son ce n’est pas le cas pour Kamerhe qui, bien que secrétaire général du PPRD à l’époque, a été élu par l’ensemble des députés.
Pour autant Vital Kamerhe parviendra-t-il à mettre en déroute ceux qui ont juré d’avoir sa peau ? Ce n’est pas évident étant donné que les autres composantes de l’AMP viennent d’être appelées par Kabila à désavouer le Bureau de l’Assemblée nationale. Quand on sait que des membres du MLC considèrent la chute de Kamerhe et compagnie comme une occasion d’accéder au perchoir de l’assemblée nationale et qu’ils ne peuvent y parvenir qu’en accord avec le PPRD majoritaire, le Palu et autres partis satellites, la résistance dans laquelle Kamerhe s’est retranchée semble être un combat d’honneur.
En tout état de cause, la conjuration contre Kamerhe met à la lumière du soleil le mensonge d’Etat qui a entouré l’entrée sur le territoire congolais du Nord-Kivu des troupes rwandaises au motif de traquer les FDLR.
Alors que le gouvernement avait annoncé avoir autorisé la présence des officiers des renseignements rwandais pour se rendre compte de la traque des FDLR par les seules FARDC, la réalité est que ce sont des troupes combattantes rwandaises secondées par les FARDC qui se sont chargées de traquer les FDLR. Le tollé soulevé par leur présence a fait que leur séjour a été écourté sans que les FDLR aient été totalement neutralisées. Il semble que l’heure est à présent au retour des troupes rwandaises au pays de mille collines alors même que le travail n’a pas été accompli comme annoncé. Kinshasa lorgne à présent sur la MONUC pour continuer la traque inachevée des FDLR. On verra !
Raymond LUAULA