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Depuis l’entrée des troupes rwandaises sur le sol congolais, le climat socio-politique à Kinshasa a viré au vinaigre. Accusé de parjure par la grande majorité de l’opinion congolaise - pour avoir autorisé l’intrusion sur le territoire national des soldats d’un Etat réputé officiellement en guerre avec le Congo, Joseph Kabila et les «super faucons» de son entourage semblent en quête de boucs émissaires. On apprenait lundi 23 février que le Bureau de l’Assemblée nationale présidé par Vital Kamerhe aurait été «désavoué» par une «Commission spéciale» mise en place au sein du parti présidentiel. Mardi, Christophe Lutundula Apala, Brigitte Kalaba, respectivement 1er vice-président et questeur adjoint ont démissionné de leurs fonctions. «Vital» paraît décidé à jouer la carte du légalisme. Il entend remettre son sort entre les mains de la Plénière à l’occasion de la rentrée parlementaire prévue le 15 mars prochain. «La démocratie est un luxe pour les Africains.» Cette déclaration faite par Jacques Chirac, alors chef d’Etat français, avait suscité, manifestement à tort, un tollé d’indignation dans les capitales du continent noir. Organisation périodique des élections, séparation des pouvoirs, impartialité de l’Etat, respect de la vie et de la dignité de la personne humaine, libertés publiques, transparence, tolérance, débat permanent. Ce sont là autant des valeurs propres au phénomène démocratique. Des valeurs que les hommes politiques africains en général, et congolais en particulier tardent à s’imprégner. Les manœuvres politiciennes - d’une médiocrité nauséeuse - qui se déroulent actuellement dans la capitale congolaise en témoigne.
Après plusieurs jours passés notamment en France et aux Etats-Unis d’Amérique, le président de l’Assemblée nationale, le PPRD Vital Kamerhe, est rentré, dimanche 22 février, à Kinshasa. Durant son absence, les rumeurs les plus folles ont couru dans le microcosme politique kinois annonçant la «crucifixion» de cet homme par ses propres «amis politiques». Que lui reproche-t-on? Membre du parti présidentiel, «Vital» est accusé de «déloyauté» à l’égard du «raïs» pour avoir dit à haute voix son «étonnement» de n’avoir pas été informé de la venue des troupes rwandaises sur le sol congolais. "Le président de l’Assemblée nationale n’a pas dit la vérité», avait réagi à l’époque le député PPRD Jean Mbuyu, très proche de Kabila. Le même Mbuyu a déclaré mardi 24 sur les ondes de radio Okapi que l’AMP (Alliance de la majorité présidentielle) «a retiré sa confiance» aux membres du Bureau de l’Assemblée nationale.
Fourberie
Surprenante est la précipitation avec laquelle le premier vice-président Christophe Lutundula et le questeur adjoint Brigitte Kalaba se sont empressés d’obtempérer à un ukase qui heurte le règlement d’ordre intérieur qui régit cette assemblée. Un texte qui a pourtant valeur de loi interne. Lâcheté ? Obséquiosité ? Et si c’était la peur? De son côté, fort de son bon droit, le numéro un de la Chambre basse paraît décidé à faire de la «résistance légale». Et il peut compter sur une bonne partie des députés tant de la majorité que de l’opposition. Il peut compter également sur l’appui d’une certaine opinion congolaise qui continue à maudire la décision présidentielle autorisant l’entrée de l’armée rwandaise.
Selon ses collaborateurs, Kamerhe entend s’en remettre à la Plénière de l’Assemblée nationale. Pour lui, il n’y a que cette instance qui est habilitée à statuer sereinement sur son sort. Un avis qui ne fait guère bondir de joie les kabilistes pur sucre. «Un président de l’Assemblée nationale désavoué n’a pas le droit de s’accrocher à son poste», a répliqué Jean Mbuyu. «Il n’y a plus de confiance», a-t-il enchaîné. Mbuyu n’a pas hésité à qualifier les dénégations du président de la Chambre basse de «fourberie». Au motif que celui-ci avait bien été informé par Kabila au sujet de l’épineux dossier de la Rwandese Defence forces.
Nul n’oserait dire que le président Kamerhe est un homme parfait. Immaculé. Bien au contraire. D’aucuns estiment même que «le premier ennemi de Vital n’est autre que Vital lui-même.» Nombreux sont, en tous cas, des analystes qui reprochent à l’homme une vie privée désordonnée autant que sa propension à se livrer à des coups de gueule dans des magazines internationaux. Des déclarations à l’emporte-pièce qui ont fini par exaspérer les grands manitous de son propre camp politique. «Kamerhe est un homme seul, commente un analyste politique. Il n’a pas une équipe capable de structurer son discours. Il dit souvent une chose et son contraire. Bien que sympathique, l’homme manque cruellement de la méthode.»
La communauté internationale
Chahuté lors de l’élection présidentielle de 2006 au cours de laquelle il a joué un rôle de premier plan dans la «victoire» de Joseph Kabila, Vital s’est révélé un président de l’Assemblée nationale plutôt avenant. Rassembleur. L’homme est apprécié par ses pairs ainsi que par le monde diplomatique. Député étiqueté MLC, Thomas Luhaka estime que certains milieux proches de la Présidence de la République n’acceptent que difficilement la «liberté de ton» qui a lieu au sein de l’hémicycle de la Chambre basse. Pour lui, à travers Kamerhe, l’Exécutif tente de museler l’opposition.
Président de la commission politique et administrative, le député MLC Delly Sessanga Ipungu a déclaré que la démission d’un ou plusieurs membres du Bureau de l’Assemblée nationale n’a pas d’incidence sur les autres. Et ce, dans la mesure où les membres du Bureau sont élus individuellement et non par liste.
Signalons que le député Ernest Kyaviro du RCD/K ML de Mbusa Nyamuisi s’est dit surpris par la décision de défénestrer le Bureau de la Chambre basse. Une décision attribuée à l’AMP. «Nous n’avons pas été informés de cette décision. Notre parti est pourtant membre de l’AMP, s’est-il étonné. Nous dénonçons cette façon de procéder.» Au moment où nous couchons ces lignes, des informations non confirmées laissent entendre que Lutundula se serait rétracté. Il aurait retiré sa démission.
Selon des sources, la communauté internationale, à travers les diplomates présents à Kinshasa, tente de mener des actions de bons offices entre Kamerhe et Kabila. En fait, la marge de manœuvre de «Joseph» est ténue : si Kamerhe sort «vivant» de sa "résistance", le "raïs" pourrait perdre la face. Il risque également de propulser l’actuel «Speaker» au rang de «premier adversaire politique» ; dans le cas contraire, le "président élu" passera plus que jamais, aux yeux de l’opinion congolaise, pour un «agent du Rwanda».
Questions : jusqu’où ira le bras de fer Kabila-Kamerhe ? Kabila oserait-il prendre la gravissime décision de dissoudre le Parlement comme l’insinue l’administrateur directeur général de l’ACP dans une récente chronique? C’est un pari risqué. Dans tous les cas de figure. Baudouin Amba Wetshi |