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Nord-Kivu : les Rwandais se retirent Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Une cérémonie officielle doit marquer ce mercredi le retrait de l’armée rwandaise. Sa mission officielle, désarmer de force les FDLR, est loin d’être remplie. Kinshasa et Kigali en retirent cependant certains gains. Durables ?

Analyse

C’est ce mercredi que, selon les autorités congolaises, une cérémonie officielle doit marquer la fin de l’opération militaire conjointe rwando-congolaise au Nord-Kivu et, donc, le retrait de l’armée rwandaise du territoire congolais.

Un dixième de l’objectif

L’objectif officiel de l’opération n’est pas rempli. Celle-ci devait servir à désarmer de force et rapatrier les FDLR (rebelles hutus rwandais, issus des génocidaires) qui ensanglantent les deux Kivus depuis une décennie. Ils constituent surtout une plaie pour la population kivutienne, à laquelle ils s’imposent généralement par la terreur, mais peuvent, à long terme, représenter une menace pour le Rwanda si la situation dans ce pays venait à se déstabiliser.

Alors que leur nombre est estimé à 6 500 combattants, l’opération militaire conjointe n’a réussi à en pousser que 375 à désarmer et à rentrer au Rwanda, accompagnés d’environ 600 membres de leurs familles. Quelque 2 000 autres Rwandais séjournant au Congo (légalement ou non) ont également décidé d’être rapatriés par l’Onu.

Outre ce «succès», on compte de 100 à 200 FDLR tués lors de l’opération. Soit un total de 500 à 600 combattants neutralisés : moins d’un dixième de l’objectif. Les 6 000 combattants FDLR restants se sont retirés temporairement dans la forêt, attendant que l’orage passe : l’opinion congolaise - qui ne peut supporter l’idée que l’armée rwandaise, l’ennemie d’hier, entre légalement au Congo - a obligé Kinshasa à limiter à cinq semaines la durée de l’opération. Trop court.

Autre résultat de l’opération : la désorganisation du dispositif FDLR au Nord-Kivu. Plusieurs de leurs camps abandonnés ont été détruits, qu’ils voudront sans doute reconstruire une fois le danger passé. Mais à quel coût pour la population locale ?

En outre, l’armée congolaise, à la faveur de l’opération militaire conjointe, a été rétablie dans plusieurs localités congolaises sous contrôle FDLR. Mais sera-t-elle capable de les garder, alors que l’offensive de l’automne dernier contre le CNDP (rébellion congolaise de Laurent Nkunda) a abouti à sa déroute et, donc, à son affaiblissement ?

Un échec, mais des gains

On peut donc conclure à l’échec de l’opération conjointe. Mais à mieux y regarder, Kinshasa et Kigali ont tout de même des raisons de s’en satisfaire.

Ainsi, Kinshasa est débarrassée de Laurent Nkunda, aux arrêts au Rwanda après y avoir été attiré dans un piège. Kinshasa en demande l’extradition mais celle-ci tarde et les deux capitales ont des raisons de se contenter du statu quo. Kigali parce que l’idée de livrer Nkunda à Kinshasa «passe» très mal dans les rangs de son armée, que le détenu avait aidée à prendre le pouvoir en 1993-1994. Kinshasa parce qu’un procès de Nkunda au Congo pourrait être très déstabilisateur : comment expliquer que ce rebelle soit poursuivi pour des massacres à Kisangani durant la guerre (mai 2002) et pas son supérieur de l’époque, le général Gabriel Amisi, aujourd’hui commandant de l’armée de terre de Kinshasa ?

Le Rwanda retire lui aussi un bénéfice de l’opération militaire conjointe ratée : celle-ci lui a permis de démontrer à la communauté internationale qu’il n’était pas le complice de Nkunda, alors qu’un rapport d’experts de l’Onu prouvant le contraire, publié fin 2008, avait provoqué la suppression d’une partie de l’aide des Pays-Bas et de la Suède à Kigali. Le Rwanda dépend de l’aide extérieure pour la moitié de son budget - tout comme le Congo.

L’ironie de l’histoire est que c’est sur pression du Rwanda qu’une nouvelle direction a été installée au CNDP pour remplacer Nkunda. Il est dirigé désormais par Désiré Kamanzi, qui négocie l’intégration de ses hommes à l’armée congolaise. Le hic : seule la moitié des troupes CNDP se prêtent à cette intégration. Que réserve demain ?

Marie-France Cros

 
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