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L’ANR vu de l’intérieur par un ancien détenu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Qui est cet homme? Est-ce John Lumbala photographié dans le cachot de l’ANR? 


Arrêté par des agents du département intérieur (contre-espionnage) de l’Agence nationale de renseignements (ANR), un Kinois décrit ce qu’il a vécu durant plusieurs jours de détention. Dépendant de la «Présidence de la République», l’ANR est un Etat dans l’Etat. Elle n’est soumise à aucun contrôle démocratique. L’administrateur principal Kalev Mutond, en charge de la «Sécurité intérieure», n’a des comptes à rendre qu’à Joseph Kabila. Kalev est redouté par des magistrats du Parquet auxquels il donne des injonctions alors qu’il n’est qu’un Opj (Officier de police judiciaire). Quand il ne «traque» pas les adversaires politiques du «raïs», cet officier de renseignements opère dans des "affaires juteuses" impliquant des commerçants ouest-africains. Toute libération se monnaye. Un mystérieux correspondant a fait parvenir à la rédaction de Congoindependant.com une photo prise dans le cachot de l’ANR. La personne photographiée pourrait être John Lumbala.

Enquête

Depuis l’accession du Congo à l’indépendance, il y a bientôt 49 ans, la Sûreté nationale est perçue, plus à raison qu’à tort, comme un Etat dans l’Etat. Mieux, un rouleau compresseur dont la mission essentielle est de laminer toutes les têtes qui dépassent. Il s’agit bien entendu des têtes appartenant à des individus considérés comme «dangereux» non pas pour la sécurité intérieure ou extérieure de l’Etat mais surtout pour les puissants du moment. La traque des opposants a commencé en 1960 sous le président Joseph Kasa Vubu. Elle s’est poursuivie, à partir de 1965 sous Mobutu Sese Seko.

L’arrivée au pouvoir des Kabila père et fils, respectivement en 1997 et 2001, n’a apporté aucun changement. Bien au contraire. Les méthodes restent les mêmes. Les arrestations ont lieu sans aucun mandat. La garde à vue dépasse généralement les 48 heures légales (article 18 de la Constitution). Le détenu ne dispose d’aucun recours. Aucun contact n’est autorisé entre lui et sa famille. La torture est couramment pratiquée pour arracher des «aveux». Etrangement, les personnes interpellées sont impliquées dans des affaires privées qui sont loin de menacer l’ordre, la paix, l’indépendance nationale et le bon fonctionnement des institutions. C’est le cas de notre témoin.

Composée de deux grands départements (Intérieur et Extérieur), l’ANR est, depuis juin 2007, dirigée par Jean-Pierre Daruwezi Moboke qui porte le titre d’Administrateur directeur général (Adg). «Daruwezi ne détient que l’apparence du pouvoir. L’administrateur principal Kalev Mutond, en charge de la Sécurité intérieure, est le véritable patron de l’ANR», dit notre témoin.

Un conflit financier

«J’ai été détenu durant une cinquantaine de jours dans le cachot de l’ANR situé à un jet de pierres du cabinet du Premier ministre dans la commune de la Gombe. Je n’ai jamais attenté à la sécurité intérieure ou extérieure de l’Etat congolais, raconte notre interlocuteur. Pour recouvrer la liberté j’ai dû débourser une somme de 5.000 USD.» Pour des raisons de sécurité, notre «témoin» a préféré garder l’anonymat. Nous l’appellerons «Gérard».

Gérard est un homme d’affaires spécialisé dans l’import-export. Pendant plusieurs années, il était associé à quelques «amis» libanais. Depuis un certain temps le courant ne passait plus entre eux. «Mes associés me devaient une importante somme d’argent en dollars. Faute d’obtenir une solution à l’amiable, j’ai saisi la justice.» Convoqués par le magistrat en charge du dossier, les associés libanais, eux, font appel à leurs «amis» de l’ANR. Ceux-ci se font remettre le dossier judiciaire . C’est le chemin de croix qui commence pour notre témoin qui est convoqué au siège de l’ANR. «Un jour, je suis convoqué. Après audition par un certain Monsengwo qui jouait le rôle de conseiller juridique, j’ai été enfermé dans un cachot où il y avait une quarantaine de personnes. Sans savoir pourquoi.» Selon Gérard, les procès-verbaux d’audition sont établis au nom de l’Adg Daruwezi en sa qualité d’officier de police judiciaire. Après le cachot de l’ANR, le détenu est transféré à Makala. Dans cette prison, son dossier est toujours vide.

Durant son séjour carcéral, Gérard s’est informé sur l’organisation interne du département Intérieur de l’ANR. Dès sa nomination dans ses fonctions actuelles en 2007, Kalev Mutond a viré tout le monde. Il s’est entouré de ses fidèles dont son propre neveu «Eric» qui est son premier assistant. Le deuxième assistant répondrait au nom de Banza. «Max» dirige le cabinet de l’administrateur principal. On apprend ainsi qu’un certain Lukusa serait le «directeur» du geôle de l’ANR. «Il porte le titre de «Revor». Ce staff est assisté par une dizaine d’agents aux noms assez pittoresques : Samy, Vieux juif, Kasongo, Gemena , Mbaya, Mazambe alias «trois hommes» et John.

Correspondant mystérieux

Selon Gérard, les agents de l’ANR roulent carrosse. Durant son séjour au cachot, il a eu à côtoyer plusieurs commerçants ouest-africains. «Ils étaient accusés d’avoir fabriqué de la fausse monnaie. Après arrestation, ces commerçants ont été dépouillés de leurs biens meubles et immeubles au profit de Kalev et ses collaborateurs. Il suffit de voir les limousines garées dans le parking de l’ANR. Tous ces véhicules appartiennent au personnel.»

A en croire notre témoin, l’interpellation des commerçants ouest-africains est considérée comme une «affaire juteuse» à l’ANR. Ces commerçants sont généralement torturés afin qu’ils dénoncent leurs «complices». «Après plusieurs mois de détention, ils sont souvent expulsés à l’insu des autorités judiciaires.» Selon Gérard, les agents de l’ANR s’approprient par la suite les biens laissés par les «Ouestafs». Indigné par sa longue détention, Gérard a eu cette réponse : «Nous dépendons de la Présidence de la République et non du Parquet. Il n’y a pas de délai légal de détention à l’ANR. Nous avons le pouvoir d’arrêter, d’instruire et d’exécuter la peine ou de libérer le détenu.»

Au moment où nous couchons ces lignes, un correspondant mystérieux a fait parvenir à la rédaction de Congoindependant.com une photographie prise dans le cachot de l’ANR. L’homme photographié pourrait être John Lumbala, cet ancien directeur des Ressources humaines de la Banque Congolaise. Arrêté le 11 décembre dernier par des agents de Kalev Mutond, «John» n’a plus été revu. Selon des sources, la famille Lumbala continue à être harcelée par des agents de l’Agence nationale de renseignements qui sont détournés de leur véritable mission.

Madeleine Wasembinya/B.A.W

 
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