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La grande manipulation Kabila-Kagame Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Lors de sa conférence de presse, samedi 31 janvier, Joseph Kabila avait annoncé le départ des troupes étrangères avant la fin du mois de février. «C’est le délai à ne pas dépasser», déclarait-il. Sans convaincre. Vendredi 20 février, le porte-parole militaire de l’armée rwandaise (Rwandese Defence Forces), le major Jill Rutaremara, a créé un petit événement en annonçant que les soldats rwandais déployés depuis le 20 janvier dernier dans les provinces du Kivu en général et dans le Nord-Kivu en particulier, devaient, dès samedi 21 février, entamé leur retour au Rwanda. Motif invoqué : «les objectifs ont été atteints». Vraiment ? Les miliciens hutus des FDLR et autres Interahamwe estimés à 6.000 âmes ont donc été désarmés et rapatriés ?

Qui ne pourrait se réjouir du déclenchement de l’«opération retour» des soldats de l’armée rwandaise après le semblant d’accalmie qui règne au Kivu? On le sait, l’entrée des militaires de Paul Kagame sur le sol congolais avait provoqué un «choc psychologique» aux conséquences encore imprévisibles. Force est cependant de relever que l’annonce faite par le porte-parole de l’armée rwandaise laisse apparaître quelques zones d’ombre.

Il y a quelques jours, les parlementaires rwandais exprimaient le désir de voir les éléments de leur armée nationale bénéficier d’une prolongation de leur séjour afin de «terminer le travail». Prenant le contre-pied des Rwandais, le patron de la police nationale congolaise, John Numbi affirmait, mercredi 18 février, avec l’arrogance qu’on lui connaît, que «les objectifs ont été atteints à plus de 95%». Il a reconnu, malgré lui, que les miliciens traqués ont été «dispersés». Question : Quelle est la motivation du revirement des dirigeants rwandais? Et si ce n’était qu’une haute farce, une «grande manipulation» montée par Joseph Kabila et son homologue rwandais ? Le mobile paraît évident : créer un écran de fumée et permettre au «raïs» d’apaiser une opinion congolaise qui contient à peine une sourde colère.

Autres questions : Quel est le nombre exact de soldats rwandais entrés au Congo depuis le 20 janvier ? Qui a pu les compter ? Le ministre congolais de la Communication avait parlé de la venue de «quelques éléments» appartenant aux renseignements militaires rwandais. Il précisait que la «traque» sera menée par les FARDC (Forces armées de la RD Congo) appuyées par les soldats onusiens. Ces contrevérités ont été démenties par la Mission onusienne. Les experts de la Monuc ont, par contre, vu 4 à 5.000 hommes de la RDF entrés au Nord Kivu. Cette estimation avait provoqué l’ire de la Présidence rwandaise. "C’est une pure manipulation d’estimer le nombre de soldats rwandais déployés en RDCongo à un tel effectif", déclarait Joseph Mutaboba, l’envoyé spécial du président Paul Kagame. Etrangement le même Mutaboba restait muet sur le nombre exact. Plus loquace, le major Jill Rutaremara invoquait le "secret défense" pour justifier cette lacune.

Notons que plusieurs éléments du CNDP ont été intégrés dans les rangs des Forces armées de la RD Congo au lendemain de la déclaration de fin des hostilités faite par Bosco Ntaganda. Cette intégration s’est déroulée au mépris des règles les plus élémentaires de la sélection des personnes devant appartenir à l’armée d’un Etat. Il n’y a eu ni enquête sur la citoyenneté encore moins sur la moralité de nouvelles unités. Des éléments appartenant à ce mouvement ont été affectés dans les directions provinciales des organismes névralgiques. C’est le cas notamment de l’ANR (Renseignement), l’Ofida (Douanes) et la DGM (Immigration). Ici aussi, les nouveaux agents publics n’ont été soumis à aucun contrôle préalable.

C’est un secret de Polichinelle d’affirmer que des démobilisés de la RDF ont été déversés dans les forces combattantes du CNDP. Lors d’un reportage réalisé à Kiwanja en novembre dernier, le journaliste Arnaud Zajtman de la télévision publique française «France 24» a pu noter que les miliciens du CNDP rencontrés ne pratiquaient que l’Anglais et le Kinyarwanda. Les experts onusiens avaient déjà détecté la présence de citoyens rwandais se réclamant du mouvement cher à Laurent Nkunda lors des opérations de «mixage».

Questions finales : Pourquoi l‘accord signé entre Kinshasa et Kigali reste-t-il encore et toujours «secret». Pourquoi entourer de tant de discrétions une convention censée servir l’intérêt général par la restauration de la paix et de la sécurité dans les provinces du Kivu ? Pourquoi, le chef de la police congolaise continue à gérer ce dossier en lieu et place du chef d’état-major général des FARDC ? Pourquoi un des «chefs coutumiers du Kivu» reçus jeudi 19 février par Kabila a-t-il osé déclarer que «la grande préoccupation pour les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu n’est pas le retour au Rwanda des militaires rwandais» ? Pur hasard ou ballon d’essai?

Les contradictions contenues dans les déclarations successives faites tant à Kinshasa qu’à Kigali dissimulent mal une grande manipulation. Les dirigeants rwandais ont sans doute raison de dire que leurs objectifs ont été atteints. La preuve est ainsi faite que la traque des FDLR n’était qu’un fallacieux prétexte. Le but non-avoué semble être l’infiltration des agents de Kigali, affublés du masque du CNDP, dans les institutions provinciales kivutiennes. Civiles et militaires. Cet objectif est effectivement atteint. Quelle sera la prochaine phase ? Les institutions nationales ?

Il faut espérer que les Congolais vont sortir de leur torpeur en passe de devenir légendaire pour faire échec à cette grande manipulation qui menace leur destin collectif.

B. Amba Wetshi

 
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