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Kivu: Kabila recourt à "l’arme de manipulation massive" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Sondage d’opinion bidon, chefs coutumiers véreux, manipulation médiatique. Depuis l’entrée des troupes rwandaises dans les provinces du Kivu, Joseph Kabila et son entourage recourent à des subterfuges pour détourner l’attention de l’opinion congolaise sur une opération militaire qui menace gravement l’intégrité du territoire de la RD Congo. En grattant un peu sur les propos d’un des chefs coutumiers non autrement identifié, Joseph se prépare à prolonger la présence des troupes rwandaises sous le prétexte que tel serait le vœu exprimé par les «chefs coutumiers du Kivu». Une manière de contourner la très frondeuse Assemblée nationale.

«Le président Joseph Kabila congratulé par les chefs coutumiers des deux Kivu pour sa stratégie du retour de la paix à l’Est de la RDC.» C’est le titre d’une dépêche de l’Agence congolaise de presse datée lundi 16 février. Selon ce média d’Etat, Kabila a reçu samedi les chefs coutumiers des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Au nombre de vingt, ces derniers sont arrivés mercredi 11 février par un vol spécial de la Monuc. Quel était le but de ce voyage? Ils sont venus à Kinshasa afin - au nom «de leurs bases respectives» - de «remercier» le «raïs» «d’avoir pris une décision courageuse destinée à ramener une paix durable et la stabilité dans cette partie du pays (…)», indique la dépêche.

Ballon d’essai

A en croire l’ACP, l’un des «chefs» aurait bredouillé ces mots : « Nos populations ne peuvent qu’être contentes, elles ne peuvent qu’apporter leur soutien à celui qui a pris cette décision». Et d’ajouter une phrase sous forme de ballon d’essai selon laquelle «la grande préoccupation pour les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu n’est pas le retour au Rwanda des militaires rwandais». Mais «de mettre fin à la présence des FDLR dans le Nord-Kivu, de ramener une paix durable et la stabilité dans cette contrée.» Et de conclure : « A quoi aura servi cette opération si l’insécurité revenait après le départ des troupes rwandaises ?»

Qui sont ces chefs coutumiers dont les identités n’ont pas été divulguées jusqu’au moment où nous couchons ces lignes ? Qui a initié ce déplacement et pris en charge les frais de voyage de cette délégation ? Quelle est la légitimité de ces «chefs» dans un Etat doté d’une Assemblée nationale et d’un Sénat ? Joseph Kabila cherche-t-il à contourner la Représentation nationale laquelle a pris ses distances par rapport aux négociateurs du fameux «accord secret»? «Joseph» a-t-il voulu, avant d’aller «plus loin», tester la perspicacité et surtout la réaction de l’opinion nationale en laissant dire que «la grande préoccupation pour les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu n’est pas le retour au Rwanda des militaires rwandais» ?

Crise de régime

Depuis que le président de l’Assemblée nationale a dit n’avoir pas été informé de l’entrée des soldats rwandais au Congo, on assiste à un véritable crise de régime. Le chef d’état-major général des FARDC n’avait pas dit autre chose avant de «nuancer» son propos. Le mal était fait. Malgré les apparences, ces deux prises de positions ont lézardé le socle moral du système Kabila. En fait, le «raïs» a commencé à prendre conscience de sa solitude après la déclaration publiée le 17 janvier dernier par les députés nationaux du Sud Kivu. Une déclaration très volontariste, interdite dans les médias kinois.

Ces élus ont, en termes fermes et résolus, désapprouvé «avec la bénédiction de nos populations, tout accord négocié d’où qu’il vienne, de nature à entamer, à brader ou tendant à hypothéquer notre indépendance, notre souveraineté ainsi que l’intégrité de notre espace vital.» Et de fustiger au passage le «mixage, de triste mémoire, ayant permis aux troupes fidèles à Laurent Nkunda d’accroître ses effectifs, son armement et son champ opérationnel sans combats et sans efforts.» Une allusion à peine voilée sur le «général» John Numbi qui a été le négociateur côté congolais. En janvier 2007, le même Numbi a été négocié les opérations de «mixage», dérogeant au brassage en vigueur, avec le «Chairman» du CNDP.

Les députés des deux provinces du Kivu soutiennent, eux aussi, de n’avoir «jamais, ni de près, ni de loin, été approchés, même à titre consultatif, sur les termes et l’évolution des négociations ayant trait au sort de nos populations et de nos entités électorales.» Aussi considèrent-ils que l’accord contesté couvre «délibérément le transfert du conflit ougandais ainsi que celui des Hutu – Tutsi rwandais sur le sol congolais, mais aussi l’éloignement de tous ces rebelles (LRA, ex-FAR/Interahamwe…) des frontières respectives du Rwanda et de l’Ouganda pour leur implantation vers l’intérieur profond de la République Démocratique du Congo.»

«Arme de manipulation massive»

C’est ici que les officines à barbouzes de la Présidence de la République ont imaginé de sortir le grand-jeu par le recours à l’«arme de manipulation massive». Comme dans une pièce de théâtre, l’opération se déroule en plusieurs actes. Premier acte : l’institut kinois des sondages «Les points» publie début février son «baromètre» sur l’état de l’opinion. On apprend ainsi que 65% des Kinois ont approuvé la décision de Kabila de faire appel aux soldats rwandais pour «traquer» les miliciens hutus des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda). La décision présidentielle est qualifiée de «courageuse» par les interviewés. Ce qui relève de la supercherie. En vérité, les Congolais manquent des canaux pour clamer leur indignation. Tout en souhaitant le retour de la paix dans les deux Kivu, l’opinion reste circonspecte par rapport à la démarche kabiliste. Etrangement l’enquête d’opinion ne donne aucun détail sur les personnes interrogées. Combien sont-elles? Quelle est la tranche âge ? Leur statut socio-professionnel ? Leurs appartenance politique ? Etc.

Deuxième acte : c’est le voyage des chefs coutumiers du Nord et du Sud Kivu à Kinshasa. Certaines sources ont pu identifier quelques membres de la délégation. On parle de Willy Mishiki ainsi que des chefs Ngulu, Kabuto et Bonane du «Grand Nord» (Beni-Lubero). Il importe d’ouvrir la parenthèse pour signaler que, selon des sources à Goma, le gouvernement provincial du Nord Kivu aurait été remanié lundi 16 février. Trois membres du CNDP y ont fait leur entrée. Fermons la parenthèse.

Pétition

Troisième et dernier acte : Joseph Kabila paraît décidé à «mouiller» le Premier ministre Adolphe Muzito et son équipe dans le dossier militaire congolo-rwandais. Comment ? Rappelons que l’accord secret mis en cause n’a pas été délibéré en Conseil des ministres. Encore moins au Parlement. L’affaire a été géré d’un bout à l’autre par deux hommes : Joseph Kabila et John Numbi. Dans un article mis en ligne lundi 16 février, «MMC», la branche éditoriale du très kabiliste site Internet «Digitalcongo.net», écrivait notamment : «Au moment où on attendait le juger sur ses premiers 100 jours, Muzito multiplie en effet des initiatives qui ne manquent ni d’audace ni de séduction. Résultat : alors qu’ils restent pleinement engagés sur le front de l’Est à travers les opérations conjointes, avec le Rwanda dans les Kivu et avec l’Ouganda dans la province Orientale, Muzito et son gouvernement se déploient tout aussi puissamment sur la voie de la reconstruction, (…).» Kabila tente de se mettre en retrait en exposant Muzito.

A Kinshasa, la pétition lancée par des députés nationaux a pu récolter plus de 260 signatures. Le quorum est plus qu’atteint pour obtenir la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale. Les députés pétitionnaires attendent le retour du président de la Chambre basse, Vital Kamerhe. Celui-ci est attendu également par des «kabilistes» purs et durs. Pour d’autres motivations…

B. Amba Wetshi

 
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