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«Kadogo», un phénomène «made in» Ouganda et Rwanda Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Ancien chef de la milice UPC (Union des patriotes congolaises) dans le district de l’Ituri (Province Orientale), arrêté à Kinshasa en 2005, le Congolais Thomas Lubanga Dyilo, 48 ans, est jugé actuellement du chef de «crimes de guerre» notamment pour «enrôlement des enfants âgés de moins de quinze ans» dans les rangs de son mouvement. Le phénomène «Kadogo» n’est pas une invention congolaise. Il a vu le jour en RD Congo avec la guerre dite de «libération» 1996-1997. C’est en Ouganda de Yoweri Museveni et au Rwanda de Paul Kagame qu’il faut rechercher les «racines» du recrutement des enfants-soldats.

Coupable ou bouc émissaire ? C’est la question qu’on ne peut s’empêcher au regard du procès qui se déroule à La Haye dans l’affaire Thomas Lubanga contre le procureur de la CPI (Cour pénale internationale). Il ne viendra à l’idée de personne d’affirmer que l’accusé est blanc comme neige. N’empêche. Lors de l’audience du mercredi 28 janvier, un jeune témoin à charge, dont ni le visage ni l’âge n’ont été révélés, assure qu’il a été recruté par l’UPC avant de se rétracter.

Mardi 3 février, le même «témoin masqué», a pris son courage avec ses deux mains pour décrire ses souvenirs d’enfant-milicien. "Si quelqu’un tentait de s’enfuir, dira-t-il, il était battu ou il était tué". Et d’ajouter : "J’en ai été témoin". A une question du procureur, le témoin de poursuivre : "Les enfants étaient en tenue militaire et portaient des armes, comme tous les militaires de l’UPC". Il aurait vu de ses propres yeux des «Kadogo» «tirer sur l’ennemi» sur ordre du commandant.

Les faits mis à charge de «Thomas» sont graves. Ils heurtent la morale universelle. Qui accepterait décemment que son enfant soit transformé en nervi au moment où d’autres usent leurs culottes sur le banc de l’école ? Inutile de dire que l’accusé risque de subir une peine assez sévère.

On ne peut, dès lors, que comprendre l’ire de la partie défenderesse qui reproche au procureur près la CPI de prendre des libertés avec le principe sacro-saint de respect des droits de la défense. Lubanga est-il déjà condamné avant d’avoir été jugé? La tentation est forte de répondre par l’affirmative.

Une condamnation de Lubanga pourrait-elle dissuader à l’avenir les "maîtres-recruteurs" d’enfant-soldat ? Rien n’est moins sûr.

D’où vient le mot «Kadogo»? Ce terme vient de l’adjectif «Kidogo» qui veut dire «petit» en Swahili, une langue parlée dans la partie orientale et australe du Congo et dans toute l’Afrique de l’Est. Kadogo veut dire «petit enfant». Par extension, Kadogo est devenu synonyme d’enfant-soldat.

C’est en octobre 1996, au lendemain de la naissance de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) que les Zaïrois d’alors en général et les Kivutiens en particulier ont, pour la première fois, entendu parler et vu des «Kadogos». Ces enfants-soldats portant des tenues de camouflages et des bottes en caoutchouc. D’où viennent-ils ? Qui les a recrutés ? Dans une interview accordée au quotidien américain «Washington Post», en juillet 1997, Paul Kagame, alors vice-président de la République et ministre rwandais de la Défense déclarait que toutes les opérations militaires ont été «conçues et exécutées» à partir de Kigali. Après l’Ouganda, le Rwanda et le Congo, le "fléau" Kadogo a atteint le Burundi.

Le phénomène «Kadogo» n’est pas une «invention» congolaise. C’est un phénomène né en Afrique de l’Est et particulièrement en Ouganda. C’est par la lutte armée que Yoweri Museveni avait conquis le pouvoir avec la NRA (National resistance army). Le Front patriotique rwandais n’a-t-il pas été créé en Ouganda?

C’est le 17 mai 1997 que les Kinois ont découvert ces enfants-combattants à peine plus grands que leurs fusils, à l’entrée des «libérateurs» dans la capitale. Qui oublira le cas de Mulume, ce enfant-soldat âgé de 13 ans qui a été condamné à mort pour meurtre. Une peine qui commué en détention à perpétuité en 1999.

Après la rupture entre le Mzee et ses anciens mentors rwandais et ougandais en août 1998, les troupes rwandaises ont occupé les deux provinces du Kivu. L’Ouganda, lui, a envahi la Province Orientale. Des officiers affairistes ougandais ont mis en place dans le district de l’Ituri un réseau d’exportation frauduleuse des minerais d’or et du bois.

L’armée de Museveni est venue attiser la haine ethnique entre les Hema (apparentés aux Tutsis hima) et les Lendu. C’est en juillet 2001 qu’a vu le jour l’«Union des patriotes congolais». Ce que l’histoire ne dit pas c’est que Lubanga a été proche d’Antipas Mbusa Nyamwisi, président du RCD-K/ML. L’homme a été soutenu et manipulé successivement par les autorités de Kampala et de Kigali.

Les dirigeants rwandais et ougandais pouvaient-ils ignorer le recrutement d’enfants-soldats ? Il semble d’ailleurs que Joseph Kabila s’était, lui aussi, rapproché du chef de l’UPC. A preuve, celui-ci a été appréhendé à Kin où il était l’invité du "raïs".

En février 2005, neuf Casques bleus du Bangladesh sont tués. Qui les a tués ? Pourquoi ? Les meurtres sont imputés à la milice de Thomas Lubanga, accusée d’avoir commandité ce massacre. C’est à la demande du Conseil de sécurité des Nations unies que l’ancien leader de l’UPC a été arrêté à Kinshasa où il attendait sa nomination à un poste. C’était le 19 mars 2005. Lubanga a été littéralement enlevé et emmené à La Haye à bord d’un avion militaire français. Et ce pour avoir recruté des enfants-soldats.

La Cour pénale internationale est parfaitement fondée de poursuivre les recruteurs d’enfants-soldats. Il faut casser cette spirale infernale. On ne pourrait s’empêcher de s’interroger s’il faille s’attaquer aux «menus fretins» du genre Lubanga, Katanga et Gundjolo en épargnant les «gros poissons», autrement dit les commanditaires que sont les Kabila, Kagame et Museveni ...

B.A.W

 
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