Museveni réplique ainsi aux critiques formulées par John Holmes sur cette offensive militaire conjointe qui devrait au préalable se pencher sur les « causes profondes de toutes ces rébellions armées. Ce qu’a dit l’homme de l’Onu était absurde, nous ne pouvons pas accepter le chantage », a réagi vivement Museveni. Mais ce que le président de l’Ouganda n’a pas dit qu’il n’y aurait jamais eu cette opération si, par deux fois en 1996 et 1998 jusqu’en 2002, les soldats ougandais s’étaient lancés réellement aux trousses de la LRA. Plutôt que d’occuper les zones minières de la RDC pour s’enrichir et consacrer la partition du Congo.
Néanmoins, le chef d’Etat ougandais a reconnu la mauvaise préparation de cette offensive et déploré « qu’il n’y avait pas de plan adéquat sur la manière de protéger les civils quand l’opération a été lancée». Sur cet aspect précis du problème, Museveni accuse Kinshasa et la Monuc. « Comme il n’y a pas eu de consultation détaillée au début, les forces zonales n’ont pas été mises en place à temps par le Congo et la Monuc », avant de promettre d’éliminer le groupe rebelle malgré les critiques. Il a qualifié la mort des civils, 900, « de sacrifices pour la paix dans le Nord-Est de la RDC ».
Nulle part, au cours de ce point de presse, Museveni n’annonce le retrait imminent de ses troupes qui doit intervenir demain samedi 14 février. Moins encore la suite du plan portant élimination de la LRA.
Les craintes de Congolais se confirment
Selon des observateurs avertis, ce point de presse de Museveni vise à étouffer le malaise observé ces jours-ci dans les rangs des officiers ougandais déçus par la manière dont cette offensive militaire est menée. Il reproche aux proches du président ougandais d’avoir confié la préparation de cette opération conjointe au fils de Museveni, Lieutenant-Colonel de son état (qui n’a pas réussi à neutraliser Joseph Kony), sans associer l’Etat-major général de l’armée ougandaise. Bien plus, l’ancien président mozambicain, Joachim Chissano, avait mis en garde Museveni contre la banalisation de la capacité militaire de la LRA. Face à cette situation, alors que l’armée ougandaise dispose d’une force de frappe redoutable, Museveni cherche des boucs émissaires pour justifier l’échec ou le maigre résultat, c’est selon. Il verse dans des subterfuges pour imposer la présence des troupes ougandaises au Congo.
A l’image d’une démarche synchronisée, les députés rwandais estiment, à leur tour, qu’il faut prolonger la durée de l’opération « Umoja wetu » (Traduisez ; notre unité). Malgré les explications fournies par le ministre rwandais de la Défense, Marcel Gatsinzi, faisant état de 90 membres des FDLR tués, 200 combattants et 2600 non combattants qui se sont déjà rendus à la force conjointe RDC-Rwanda, en plus de la destruction de principales bases des FDLR comprenant un centre de formation des sous-officiers, une école d’officiers et une université, les députés rwandais affirment que le temps initial fixé pour la fin de cette opération ne saurait garantir son succès total.(Sic)
Encore des subterfuges pour imposer la présence des soldats rwandais au Congo. Les craintes des populations congolaises sont en train de se justifier.
Bien sûr que Kinshasa, par la bouche du ministre de la Communication et des médias, Porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a réagi à cette exigence des parlementaires rwandais : « Les choses sont claires, la semaine dernière, il y a eu une évaluation avec le gouvernement rwandais et tous deux nous sommes tombés d’accord qu’ à la fin du mois de février, quel que soit l’état d’avancement du travail que nous avons débuté ensemble, les troupes rwandaises quitteraient la République démocratique du Congo, et elles quitteront la RDC. Maintenant, on ne peut pas empêcher les membres du parlement rwandais de trouver cela efficace ou pas. Et en tout état de cause, le Rwanda n’a effectué jusqu’à ce jour, aucune démarche vis-à-vis du gouvernement congolais pour que nous soyons à mesure de réagir ».
C’est bien beau de le dire. Mais cela ne peut pas empêcher d’analyser cette attitude des députés rwandais comme si en RDC, il n’existait pas un « gouvernement responsable et fort ». Les Congolais, et c’est légitime, se demandent de quel droit les députés rwandais doivent décider de la prolongation de la présence de leurs troupes en RDC dans une mission conjointe ? Succès total, serait-ce en termes d’anéantissement physique des rebelles rwandais ou de leur retour au Rwanda ?
La réponse se trouve dans le code de l’opération « Umoja Wetu », « Notre unité ». Loin d’être un simple slogan, c’est tout un programme, un plan, un mot d’ordre. Et les députés rwandais, bien au courant de cette opération et de ses vrais objectifs, viennent de faire une « recommandation » à leur gouvernement. Comprenne qui pourra.
Le compte à rebours
Au demeurant, le moment est crucial pour la République démocratique du Congo. L’échec de ces opérations, force est de le souligner, et du fait que l’Onu n’ait pas été associée, aura un effet « boomerang » tant à Kinshasa, à Kampala et à Kigali. Les signes avant-coureurs en provenance de ces deux dernières villes sont là, perceptibles. Il faut bien les lire et les analyser dans l’intérêt supérieur de la nation.
Effectivement, le compte à rebours a déjà commencé. Ce week-end sera sûrement révélateur. L’on sera fixé si les troupes ougandaises ont commencé à quitter le sol congolais et si Kampala est satisfait de résultats obtenus de ses opérations menées sur le sol congolais. Ensuite, ce sera le tour de Kigali de se prononcer. L’on se rapproche donc de ce moment fatidique pour établir le bilan. Surtout pour justifier le bien-fondé de ces deux opérations conjointes militaires.
Le Potentiel