Les « guerres » n’en finissent pas en République démocratique du Congo. Elles sont de toutes les formes. Les prochains jours risquent d’être marqués par un bras de fer entre le Gouvernement de Kinshasa et la Cour pénale internationale, CPI. Pomme de discorde ; l’exécution du mandat d’arrêt international contre Bosco Ntaganda. A ce sujet, le président Kabila a dévoilé l’option levée par Kinshasa. Dans l’immédiat, c’est la paix contre la décision de la CPI. Une solution politique pourrait également être prise, selon la même logique, en faveur de Laurent Nkunda en voie d’être extradé à Kinshasa.
Le dernier point de presse du président de la République continue à faire l’objet de plusieurs commentaires. Ils portent entre autres sur le mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale contre le général Bosco Ntaganda au regard des atrocités commises en Ituri lorsqu’il commandait la troupe de Thomas Lubanga.
Effectivement, ce point a été évoqué au cours de ce point de presse et le président de la République a rendu publique l’option levée par Kinshasa. Dans l’immédiat, a-t-il dit, l’essentiel consiste à consacrer la paix, la sécurité. En d’autres termes, il n’est pas question de livrer Bosco Ntaganda à la justice internationale, nonobstant le mandat d’arrêt international émis pour son arrestation. Kabila est conscient que la « paix obtenue est encore fragile » et les premiers efforts doivent consister à la consolider. Des efforts d’abord des Congolais qui paient un lourd tribut face à une communauté internationale souvent passive, si pas complice.
Un choix difficile, comme l’a reconnu lui-même le chef de l’Etat. Mais une décision qui suscite de nombreux commentaires quant aux conséquences qui en découlent. Et ce, tant sur le plan national qu’international.
La première réaction est celle de la Monuc qui a décidé de ne pas coopérer dans cette opération militaire en cours à côté de Bosco Ntaganda, chef adjoint des opérations militaires. Ce qui ne facilité pas les choses tant l’appui logistique de la Monuc est utile. Réaction compréhensible dans la mesure où la Monuc n’est rien d’autre que l’Onu qui demeure « l’autorité morale, politique et juridique de la Cour pénale internationale ». Il y a aussi les réactions des organisations non gouvernementales des droits de l’homme qui élèvent la voix et réclament l’arrestation de Bosco.
Bosco Ntaganda n’est pas Bechir
Il faut évidemment reconnaître que le président de la république a fait un choix difficile, dans la mesure où la RDC est signataire du Statut de Rome. Contrairement au Rwanda, aux Etats-Unis, pour ne citer que ces deux pays qui n’ont pas signé ou ratifié le Statut de Rome. Dans ce cas, Kinshasa est appelé à exécuter le mandat d’arrêt international si jamais la CPI le lui demandait officiellement.
Aussi, le moment est venu d’enclencher une campagne d’explication auprès de la CPI pour qu’elle saisisse tous les contours de cette paix difficile derrière laquelle la RDC est en train de courir. Car, si aujourd’hui l’Union africaine, même plusieurs pays de l’Union européenne sollicitent auprès de l’Onu la « suspension du mandat d’arrêt international » contre El Béchir, c’est tout simplement parce qu’il est président en exercice du Soudan. Et que s’il faut faire la paix effective au Soudan, on la fera maintenant avec El Béchir. Voilà pourquoi il se dégage une unanimité autour du report du mandat d’arrêt international contre El Béchir. Certes, la CPI a été créée pour pallier la défaillance des cours et tribunaux nationaux. L’objectif est de ne pas laisser impunis les chefs de guerre, les tortionnaires, les petits et grands dictateurs ou fossoyeurs du peuple. Donc, la CPI a été créée pour tout le monde bien que c’est le continent africain lui donne la matière. Ce qui laisse penser qu’elle est là uniquement pour l’Afrique pendant que d’autres crimes sont commis ailleurs sans que les auteurs soient inquiétés pour cela.
Raison valable pour ne pas tomber dans l’erreur d’apprécier sélective. Il convient alors en ces instants précis d’engager des pourparlers avec toutes les parties concernées pour ne pas fragiliser la « paix » en Rdc si jamais Bosco Ntaganda passait pour une des pièces maitresses de cette paix. Car, avec la signataire du Statut de Rome, la RDC sait à quoi s’en tenir si elle ne tient pas à affecter ses avantages dans le cadre des relations internationales. Il ne s’agira nullement d’une compromission mais des avis et considérations d’un Etat souverain qui tient à respecter ses engagements, mais confronté aux exigences de sortie d’une situation complexe. Ensuite, donner le temps au temps afin de mieux apprécier la suite des événements.
A en croire de nombreux observateurs congolais, il ne faut pas que ce choix difficile du président de la République se transforme en un « piège ». Lequel se refermerait sur la RDC tant que toutes les hypothèses, mieux toutes les supputations et suspicions sur les opérations conjointes militaires avec le Rwanda et l’Ouganda ne seront pas encore écartées.
Solution politique pour Nkunda
De ce qui précède, il ne serait pas du tout surprenant que cette logique de paix, de sécurité profite également à Nkunda. En détention actuellement au Rwanda, Nkunda est en voie d’être extradé à Kinshasa. Le chef de l’Etat a certifié que les démarches sont en cours tant sur le plan politique que diplomatique avec le Rwanda.
Mais ce dernier pays a déjà fait savoir qu’il préfèrerait que le cas Nkunda aboutisse à un compromis politique. Or, si Nkunda a été amnistié conformément à l’ esprit de l’ Acte d’engagement de la Conférence de Goma, la relance des hostilités en août 2008 a obligé les instances judiciaires de l’armée de dresser un mandat d’arrêt contre lui. Acte judiciaire posé par l’Auditeur militaire des FARDC.
D’autre part, si l’on se permettait d’interpréter la réaction de Washington au lendemain de l’arrestation de Nkunda, l’accusant d’être à la base « de nombreux abus », Kinshasa est placé devant cette alternative de la procédure judiciaire. Un autre choix difficile s’impose.
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