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Dans sa conférence de presse, Joseph Kabila soutient la thèse d'une paix sans justice Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

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Samedi dernier (31 janvier 2009), Joseph Kabila a tenu une conférence de presse sur les questions brûlantes de l’actualité congolaise: l’entrée des troupes rwandaises au Congo, l’arrestation (ou la mise au frais de Nkunda) au Rwanda, la participation de Bosco Ntaganda à la coalition rwando-congolaise dans la traque contre les FDLR, la mise en route des cinq chantiers, etc.

Une curieuse conférence de presse...

Cette curieuse conférence de presse n’a fondé l’invasion du Congo par les troupes rwandaises supplémentaires sur aucun texte juridique. Elle a éludé la question du contenu de l’accord secret signé le 5 décembre 2008. Pour « le raïs congolais », les questions militaires étant délicates, elles relèvent du domaine de la confidentialité et non de la publicité. Mais il avoue quand même en avoir tenu les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat au courant.

S’il ne ment pas, il n’arrivera pas facilement à nous expliquer le comment du choix tactique de la date de cette opération: quelques jours après la fin de la session parlementaire et le jour où l’attention des compatriotes était concentrée sur l’investiture du Président américain Barck Obama...

Cette curieuse conférence de presse a quand même retenu l’attention de l’ONG HRW à cause de l’une des thèses qu’elle a défendue: la paix sans la justice. Elle y fait allusion dans une lettre adressée à Joseph Kabila le 01 janvier 2009.

Et pour cette ONG, il ne peut y avoir de paix durable sans une justice équitable; sans un maximum de respect des textes et des conventions que l’on signe. Posant le problème de Ntaganda poursuivi par la CPI et adulé par Joseph Kabila et son gouvernement en rappelant au « raïs congolais » que « le Congo est un Etat partie au Statut de Rome qui a établi la CPI, et a donc une obligation légale de coopérer avec la cour, notamment en appréhendant les personnes sous mandat d’arrêt et en les remettant à la cour », HRW pose le problème éternel de notre pays depuis « la libération de l’AFDL »: la navigation à vue sans aucune référence aux textes. Ces derniers sont souvent rédigés pour la consommation extérieure!

Habitués à qualifier les rapports de cette ONG de fantaisistes, Joseph Kabila et son gouvernement se moquent des faits au point de faire croire à HRW qu’ils ont opté pour l’impunité. Elle note: « Les efforts des autorités congolaises pour légitimer Ntaganda comme un «partenaire pour la paix» renforcent l’impression dominante que ceux qui commettent des crimes abjects contre les civils au Congo seront récompensés au lieu d’être punis. Au lieu d’encourager le respect pour l’Etat de droit, de telles pratiques nourrissent la culture cruelle de l’impunité qui ravage le Congo depuis longtemps.»A quelques exceptions près, quand le principe de « deux poids deux mesures » est d’application.

Cette impression pourrait être confirmée par la loi d’amnistie que la majorité parlementaire votera bientôt, à en croire Raymond Tshibanda, Ministre congolais de la coopération internationale et régionale.

Ce n’est plus qu’une impression

Au Congo et dans les Grands Lacs, les criminels de guerre, les criminels économiques et les criminels contre l’humanité soutenus par « les maîtres du monde » sont impunis. Ainsi ont-ils transformé cet espace vital africain en une jungle. Cette impunité entretenue participe de la réalisation d’un plan de la transformation des pays des Grands Lacs en un Tutsiland où les matières premières stratégiques peuvent être exploitées et exportées vers l’Occident, vers certains pays arabes et asiatiques, etc. Donc, la question, si elle se limite à la CPI pour Bosco Ntaganda et à la justice congolaise (?) pour Nkunda, elle est beaucoup plus profonde qu’on ne le croit. Elle se pose en ces termes: « Comment débarrasser l’Afrique des Grands Lacs de ces réseaux des criminels et prédateurs qui y sévissent depuis que les guérilleros Tutsis réfugiés en Ouganda ont aidé Museveni à renverser le gouvernement de Milton Obote et qu’à son tour, il les a aidés à renverser le président Habyarimana en planifiant l’attentat du 06 avril 1994 ? »

Répondre à cette question majeure exige qu’on ait constamment présent à l’esprit que Museveni et Kagame ont, pendant longtemps, joui de l’appui militaire et financier des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d’Israël. Ce soutien est toujours d’actualité. Il s’explique simplement: « En tant que pays, ni le Rwanda, ni le Burundi, (ni l’Ouganda) n’intéressent personne. Ce sont des petites pays agricoles, surpeuplés, dont le sous-sol, jusqu’à présent, n’a révélé de ressources importantes. En revanche, affirme un officier militaire français à la retraite-ayant participé à l’opération Turquoise- au journaliste Alain Chevalérias, ils sont proches des provinces congolaises du Shaba, l’ancien Katanga, et du Kivu, que les scientifiques s’accordent à qualifier de ‘scandale géologique’ tant ils recèlent de richesses minières. Récemment, l’intérêt pour le Kivu s’est vu encore croître avec la découverte de l’uranium et du coltan, un métal très apprécié par les industriels pour ses qualités de résistance à la corrosion. » (Lire l’interview intitulé Rwanda: que justice soit faite!)

Et comme le Congo n’exploite presque pas ces minerais pour le bien de ces populations, les petits voisins en profitent et cyniquement. « Certes, dit encore Jacques Hogard, l’ex-officier militaire français, il y a le petit Rwanda, avec à sa tête Kagame, l’élève de Museveni qui tend à dépasser son maître. Mais je vois derrière cet acteur de premier plan l’ombre des Etats-Unis, du Royaume-Uni et, je le crois aussi, d’Israël. Ces trois puissances, ai-je compris sur le terrain, ont une vision très claire des possibilités de cette région et des enjeux de la guerre, qui s’y déroule pour le contrôle des matières premières. » (Ibidem. Nous soulignons)

Nous ne le dirons jamais assez: « la question actuelle du Congo est celui d’un vol organisé des matières premières. Des gangs rwandais, burundais, ougandais et congolais sont armés, financés et protégés juridiquement pour dévaliser la maison-Congo à leur propre profit et au profit de leurs parrains. » L’ultralibéralisme dévalise la maison-Congo en soutenant « le terrorisme africain ». De petites arrestations de Nkunda ou de Rose Kabuye servent comme de la poudre à jeter aux yeux de ceux et celles qui ne connaissent pas jusqu’où peut aller le mode de production ultralibérale. Les pseudo-justifications mettant dans un même sac tous Congolais comme étant des fumeurs de chanvre et des malades mentaux parlant toujours à haute voix, des coureurs de jupons et des ivrognes viennent couvrir ce vol à main armée par les bandits de grand chemin interposés.

Chaque fois que nous oublions ces données fondamentales de la guerre d’agression que notre pays subit depuis plus de dix ans, nous nous empêtrons dans une auto-flagellation nous empêchant de penser à la répartition des rôles dans l’exécution de ce plan cyniquement orchestré par « les maîtres du monde » et leurs supplétifs Ougandais, Rwandais, Burundais et Congolais.

Présentement, Joseph Kabila participe à ce plan et cherche à la parachever au grand jour. Il applique les règles des Etats voyous au Congo. Des Etats qui, au nom de « leur souveraineté théorique », refusent d’honorer leurs engagements légaux tout en participant à la violence faite aux peuples qu’ils sont censés protéger contre l’insécurité. Donc, au Congo, récompenser les criminels de tout bord n’est pas simplement une impression. C’ est un fait.

Le départ officiel des militaires rwandais -les autres ayant infiltré toutes les institutions- de notre pays ne coïncidera pas nécessairement avec l’arrêt du vol de nos matières premières par des bandits de grand chemin interposés. Sans un marché fondé sur les règles d’un commerce équitable, sans une grande intégration économique des pays des Grands Lacs (et une grande union africaine) et une justice équitable,réparatrice de l’holocauste congolais, la paix véritable risque d’être un leurre.

Et quand, Joseph Kabila, lors de sa conférence de presse, affirme que le Congo est un pays souverain qui ne subit les pressions d’aucun autre pays du monde, il sait que « certains compatriotes se contentent de trop peu ». Qu’ils le croient ou font semblant de le croire sur parole.

Heureusement, plusieurs autres ont compris le jeu! Ils sont sûrs que la vérité est en train d’éclater au grand jour: les dénégations et les démentis des faits ne pourront plus tenir pendant longtemps.

Jean-Pierre Mbelu

 
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