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Depuis l’entrée, le 21 janvier dernier, des troupes rwandaises sur le sol congolais, les Citoyens de la RD Congo - contrairement à la majorité de gouvernants - contiennent une sourde colère. Au Congo, le droit de manifester pacifiquement ses opinions est devenu l’apanage des membres du parti présidentiel, le PPRD et alliés. C’est ainsi que les Congolais de la diaspora ont pris le relais pour combler le vide laissé par l’opposition intérieure.
Samedi 31 janvier, plus d’un millier de «Compatriotes congolais de Belgique» ont manifesté à Bruxelles. Une seule exigence fusait dans les cris et slogans : «La démission de Joseph Kabila». Démission pour haute trahison.
La rapidité de la "nouvelle alliance" tissée entre Kinshasa et Kigali est au centre de toutes les conversations. Il en est de même de l’intégration précipitée des anciens combattants du CNDP dans les rangs des FARDC. Cette opération est suivie avec stupeur. Il faut dire que le contentieux existant entre la RD Congo et le Rwanda est tellement profond que tout en souhaitant le retour d’une paix durable dans les provinces du Kivu, les Congolais entendent rester vigilants face à ces initiatives énigmatiques autant qu’inconstitutionnelles.
Samedi 31 janvier, l’opinion congolaise attendait de la conférence de presse présidentielle au moins quatre réponses sur la question relative à cette présence des soldats de la Rwandese Defense Forces. Primo : Quel est le contenu de l’accord signé avec le Rwanda de Paul Kagamé ? Secundo : Pourquoi cette convention n’a-t-elle pas fait l’objet d’un débat public à l’Assemblée nationale avant sa mise en exécution ? Tertio : Quid de l’extradition ou rapatriement de Laurent Nkunda Mihigo? Quarto : Quid du transfert de Bosco Ntaganda à la CPI ? Face à une presse nationale obséquieuse, le "raïs" a esquivé les questions.
Joseph Kabila a parlé. En revanche, il n’a rien dit. Il n’a fait aucune annonce mémorable. Ce genre d’annonce qui fait date. A preuve, les médias internationaux n’ont épinglé de cette rarissime sortie médiatique - qui a duré pas moins de deux heures - que l’échéance relative au départ des troupes rwandaises. Kabila n’a répondu ni à la première ni à la deuxième question. Déjà, les soldats rwandais, venus initialement pour passer dix à quinze, selon Lambert Mende, vont rester jusqu’au plus tard fin février. Que fera le gouvernement congolais au cas où ce "deadline" n’était pas observé? A-t-on les moyens de les forcer à déguerpir?
S’agissant de la troisième interrogation, le «président élu» a semblé croire en ses propres mensonges en prétendant que la procédure au double plan politique et diplomatique était en cours. Une manière de prendre les Congolais pour des naïfs. Joseph sait très bien que Nkunda ne sera pas livré à la justice congolaise. D’abord parce que l’appareil judiciaire congolais a la fâcheuse réputation d’être inféodé à la Présidence de la République. Ensuite, "Laurent" qui n’est pas n’importe qui, constitue une sorte de bombe à retardement tant pour les dirigeants congolais issus de l’AFDL que du régime de Paul Kagame. Enfin, l’homme fort de Kigali subirait des pressions de la part de ses officiers afin que le «Chairman» ne soit pas extradé. Que fera Kabila ? Va-t-il rompre la nouvelle alliance nouée avec «l’ami Paul» ? Quelle nouvelle pirouette va-t-il invoquer pour endormir les Congolais?
S’agissant du cas Ntaganda, le "raïs" congolais, connu pour ses réponses à l’emporte-pièce, a raté l’occasion de se taire. En effet, la RD Congo est co-signataire du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale. Les Etats souscripteurs sont tenus à des obligations notamment celle d’apporter la collaboration policière en ce qui concerne les justiciables présents sur leur territoire. La réponse donnée par le conférencier à savoir que la RD Congo est un «pays indépendant et souverain» pour justifier que l’extradition de ce chef milicien n’était pas une priorité du moment est tout simplement loufoque voire infantile.
Absents de la scène politique congolaise, Etienne Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba manquent cruellement aux forces de l’opposition. Que sont devenus les contre-pouvoirs que sont l’Eglise, les médias, les syndicats, la société civile ? Jusqu’à quand les forces du changement et du progrès vont-ils assister sans réagir face au mauvais spectacle auxquels se livrent Joseph Kabila et son «gouvernement parallèle»?
En attendant que les forces politiques et sociales sortent de leur profond sommeil, il ne reste plus qu’à saluer Joseph Kabila, le nouveau Roi du Congo-Zaïre… B. Amba Wetshi |